Sermon d’adieu

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mitchumUn pasteur américain, en fonction depuis plusieurs années dans un petit village de l’Etat de Milwaukee, prenant congé de ses ouailles, leur exposait en ces termes les motifs de son départ :

Mes bien-aimés, ma séparation d’avec vous ne me chagrine pas beaucoup, et cela pour trois raisons :  Vous ne m’aimez pas, vous ne vous aimez pas les uns les autres et le Seigneur ne vous aime pas. Premièrement, si vous m’aimiez, vous m’auriez payé mon traitement que je n’ai pas reçu depuis deux ans. Deuxièmement, vous ne vous aimez pas les uns les autres, sans quoi j’aurais eu plus de mariages à célébrer. Troisièmement, le Seigneur ne vous aime pas, car il vous laisse ici-bas… s’il vous aimait, il vous rappellerait à lui en plus grand nombre et j’aurais eu ainsi plus d’enterrements à faire.

On dit qu’après ce discours les auditeurs n’ont pas cherché à retenir davantage le pasteur au milieu d’eux.

Paris, 1904.
Illustration : « La nuit du chasseur« , de Charles Laughton, 1955.

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Le financier psychologue  et l’épingle de Laffitte 

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perregaux-laffitteLe 17 février 1808 mourait le sénateur Perregaux, souvenir qui vous laisse sans doute indifférents. Ce régent de la Banque de France, ce financier dont le rôle historique fut très effacé, serait à peu près autant connu que beaucoup d’antiques académiciens si, un jour, il n’avait eu un heureux regard à travers sa fenêtre.

Ce fut lui qui s’intéressa au geste de Laffitte ramassant une épingle. Vous connaissez tous cette anecdote, assez banale en somme. 

Jacques Laffitte, jeune provincial, riche surtout d’illusions, était venu, au commencement du premier Empire, tenter la fortune à Paris. Il se présenta dans les bureaux du financier Perregaux qui le reçut très mal. Le jeune postulant se retirait, fort marri de cet accueil plutôt glacial, quand il vit une épingle tombée entre deux pavés dans la cour de la banque. Il la ramassa. Jean-Frédéric Perregaux vit dans le geste du quémandeur éconduit l’indice de l’esprit d’ordre et d’économie d’un bon employé. Il le prit dans ses bureaux. Laffitte, qui évidemment avait d’autres aptitudes et un plus sérieux talent que celui de dénicheur d’épingles, devint par la suite un grand financier, ministre et président du conseil sous Louis-Philippe. 

Certes, cette anecdote, sans doute apocryphe, comme beaucoup de légendes historiques, ne prouve pas qu’un chercheur d’épingles fût forcément un grand homme. Certains en ont cueilli des milliers sur le macadam des trottoirs, et sont devenus tout bonnement… ramasseurs de bouts de cigarettes. 

Vous me direz qu’ils n’ont pas été remarqués par un Perregaux, et que s’ils avaient eu cette bonne fortune, d’aucuns seraient peut-être devenus sénateurs ou académiciens. Assurément, et c’est toujours l’histoire du nez de Cléopâtre. S’il eût été moins long, Auguste se fût épris d’elle et l’histoire romaine aurait peut-être été changée. 

Si des combinaisons financières avaient absorbé Perregaux à cet instant propice, si  l’épingle n’était pas tombée à terre, ou même si elle eût été rouillée, Laffitte serait peut-être devenu tout modestement… commis épicier. 

Peu importe la portée philosophique de cette anecdote, la courbette, probablement machinale, d’un homme qui ramassé une épingle pour remplacer un boulon absent, suffira sans doute pour faire passer à la postérité le nom du financier Perregaux. Erostrate, lui, avait été obligé de brûler le temple d’Ephèse.

« Ma revue. » Paris, 1908.

Le danger de l’absinthe

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jean d'esparbesM. Bondargent avait été interné, voici un an, à Bicêtre près de Paris, où il avait été classé comme « fou alcoolique ». Avec le temps, ses accès de fureur devinrent de moins en moins fréquents. On finit par l’estimer complètement guéri, et la clef des champs lui fut donnée avant hier.

A peine libre,  M. Bondargent , repris par sa funeste passion, s’offrit de fort nombreuses absinthes. Puis, un peu vacillant sur ses jambes, mais fermement résolu, il se rendit acquéreur d’un sabre et se dirigea directement vers le commissariat de la Villette, d’où était parti son ordre d’internement, dans l’intention de tuer l’inspecteur Soriot. Ne le rencontrant pas, Bondargent tourna sa fureur contre son collègue, M. Rajat. Une lutte s’engagea, au cours de laquelle M. Rajat fut assez gravement contusionné.

Bondargent réintégra Bicêtre et, sans nul doute, il ne pourra plus, avant un certain temps, conter fleurette à la « fée verte ».

« Le Nouvelliste. » Paris, 1904.
Peinture : Le buveur d’absinthe, Jean d’Esparbès.

Une belle publicité

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julien caretteL’acteur Julien Carette devait commencer les répétitions d’une nouvelle pièce, et le directeur du théâtre lui avait dit qu’il était nécessaire, pour une fois, qu’il fût bien habillé… 

Carette, fort embarrassé, s’en va voir les plus grands tailleurs qui, tous, après examen de sa petite personne, ne trouvent aucun intérêt à l’habiller en lui faisant une réduction. 

Mais Carette est patient et ne s’émotionne pas pour si peu ! Il continue à chercher. Enfin, il trouve un tailleur qui lui fait 50 % de réduction, et lui réussit fort bien son costume. 

Ce tailleur s’appelait Carette et lui avait fait cette réduction rien que pour voir imprimé sur le programme « Carette habillé par Carette ». 

Et c’est une histoire authentique… (mais si, voyons)

« Les Ondes. » Paris, 1941.

Rex tibicen

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gerome-frederic 2Le tableau de M. Gérôme qui représente le roi Frédéric II jouant de la flûte au retour de la chasse, et pour lequel le maître de notre jeune école a obtenu la médaille d’honneur du Salon de 1874, prête de l’à-propos aux détails suivants que donnait M. Eugène Gauthier, dans un article de l’Officiel, sur le royal virtuose.

L’artiste couronné, abusant du pouvoir suprême, se faisait écouter longuement par ses courtisans. A ses soirées musicales on devait arriver de bonne heure et attendre, dans un salon touchant à la salle de concerts du château de Potsdam, que le roi, dont on entendait les préludes et les exercices, se sentît, comme disent les flûtistes : en doigts et en lèvres. Lorsque ce moment était arrivé, on ouvrait les portes, et chacun gagnait silencieusement sa place; les musiciens, conduits par Benda, remplissaient l’orchestre. Quantz, le professeur de flûte de Frédéric, se tenait à côté de son élève, pour remédier à tout accident qui aurait pu survenir à l’instrument sacré que le roi animait de son souffle. Quantz fabriquait lui-même, avec les bois et les métaux les plus précieux, la flûte à deux clefs seulement dont se servait Frédéric.

Le roi jouait trois concertos entiers, jamais plus, jamais moins; il était expressément défendu de l’applaudir, sous peine d’expulsion immédiate. Le roi qui fut l’ami de Voltaire ne croyait pas à l’enthousiasme des courtisans; il voulait devant lui un public, mais à ce public soumis et satisfait d’avance, il ne demandait ni applaudissements ni avis. 

« Almanach de France et du Musée des familles. » Paris, 1875.
Illustration : Rex tibicen, Frédéric II de Prusse, Gérôme, Eau Forte.

La longueur des hymnes nationaux

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la marseillaiseUn statisticien anglais s’étant demandé quel était le plus long des hymnes nationaux, a fait à ce sujet une étude des plus consciencieuses et des plus étendues, dont voici les résultats.

La palme doit revenir à l’hymne national chinois, dont l’exécution dure au moins vingt minutes et qui comporte près de trois cents mesures. Tandis que celui de la république de Saint-Martin,  presque aussi long, en comporte deux cent cinquante-huit et dure seize minutes.

L’hymne siamois a soixante-seize mesures, l’hymne urugayen soixante-dix, l’hymne chilien quarante-six, l’hymne grec quarante-cinq, l’hymne serbe trente-huit, la Marseillaise vingt-neuf, l’hymne américain Hail Columbia ! (1)  vingt-huit, le Bojé Tsara Krani seize, et le God save the King quatorze mesures seulement.

« Le Nouvelliste. » Valais, novembre 1904.

(1) Hail Columbia ! a, à l’origine, été joué pour l’inauguration du Général George Washington (avec le titre The President’s March, la Marche du Président en Français) et est resté l’hymne non-officiel des États-Unis jusqu’à ce que The Star-Spangled Banner ne soit déclarée comme hymne officiel en 1931.

La manière forte

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gandhiL’Irlande a connu le fouet anglais. Et pire encore. L’Angleterre a perdu l’Irlande. La leçon n’a pas profité, car voilà que cela recommence de plus belle aux Indes. 

Gandhi montre une tendance à abandonner la politique de « désobéissance civile ». 

Au lieu de considérer ce geste comme une offre de rapprochement, les autorités britanniques, aux Indes, ne veulent voir là qu’une faiblesse de l’ennemi. Elles y répondent par un nouveau Bill qui légalise la peine du fouet pour ceux qui commettent ou tentent de commettre des actes de violence. 

On se rappelle à quels abus (et à quel désastre) une telle politique a conduit en Verte Erin. 

La cause hindoue a des partisans dans les milieux les plus insoupçonnés. Sait-on par exemple, que miss Sankey, la sœur du lord Chancelier, est une admiratrice de la politique de non-violence de Gandhi et qu’elle considère comme un crime de maintenir le Mahatma en prison ?

« Marianne. » Paris, 1933.