Assurance contre l’appendicite 

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chirurgieNous avions l’assurance contre l’incendie, contre la grêle, contre le vol, contre le bris de glaces… Voilà qu’on vient de fonder, en Angleterre, une compagnie d’assurance contre l’appendicite. 

Il suffit de payer 5 shillings pour être assuré contre la terrible maladie. Assuré… financièrement, parlant, bien entendu, car on n’a pas encore trouvé le moyen de s’assurer contre la maladie elle-même. Bref, tout assuré, dès qu’il est atteint par l’appendicite, touche 5.000 francs,et s’il en meurt (perspective charmante pour ses héritiers) ceux-ci touchant 5.500 francs. 

D’où il résulte qu’il y a tout avantage à mourir, puisque le bénéfice est de 500 francs. 

Paris, 1904.

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Papier buvard

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bureauLe papier buvard fut, comme tant d’autres inventions, obtenu par l’effet du hasard.

L’aventure arriva dans le Berkshire, en Angleterre, à une époque antérieure à 1675. Un ouvrier papetier avait un jour négligé de mettre dans la pâte destinée à être transformée en papier ordinaire, la dose de colle nécessaire. Ce papier sans colle fut jugé, au premier abord, inutilisable, et l’ouvrier fut immédiatement renvoyé.

Mais, quelques jours plus tard, alors qu’on allait jeter ce papier au rebut, on s’aperçut qu’il avait la propriété d’absorber l’encre sans l’étendre et sans effacer l’écriture. Ce papier obtint bientôt un succès mérité et remplaça avantageusement le sable et la poudre dont on se servait alors.

L’histoire ne dit pas si l’ouvrier fut réintégré avec félicitations, mais les écoliers furent joliment contents de cette découverte.

« Jeunesse : organe de la Section de la jeunesse de la Croix-rouge française. » Paris, 1934.

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mexicoIl a été beaucoup question cette semaine, à propos d’un article de revue, de la façon dont les Américains comprennent la publicité.

On a cité des chiffres colossaux donnant le total de ce que certains industriels dépensent là-bas pour leurs annonces. Nous ajouterons à ces statistiques une anecdote authentique qui nous a été contée par un témoin oculaire, laquelle anecdote donne le la de la réclame de l’autre côté de l’Atlantique.

Dans une des républiques de l’Amérique du Sud, où les révolutions sont à l’état chronique, un complot venait d’avorter. Le président fait pendre les trois principaux meneurs, et ordonne que pour l’exemple leurs corps resteront attachés pendant quinze jours au-dessous de la façade du palais de justice.

Le lendemain matin, un Barnum de l’endroit avait trouvé moyen de faire suspendre aux jambes des trois pendus de grandes pancartes annonçant la mise en vente de je ne sais quel produit !

Nous ne sommes pas encore de cette force là !

« Le Journal amusant. » Paris, 1874.

Jack l’embrasseur

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oeil-espion.Si les Anglais ont leur Jack l’éventreur, les Américains avaient depuis quelques temps leur Jack l’embrasseur.

Tout bien pesé, celui-ci est moins macabre que celui-là, mais n’empêche qu’il était la terreur des jeunes femmes et des jeunes filles d’Astoria, de Long Island City et des environs, et que, comme son homonyme l’éventreur, il avait su jusqu’à présent déjouer toutes les recherches, pourtant très actives, dont il était l’objet de la part de la police. 

Or, Jack l’embrasseur, nous dit le Courrier des Etats-Unis, vient d’être appréhendé.

L’embrasseur a été pris en flagrant délit, de sorte qu’il ne lui a pas été possible de nier son identité. Miss Bell Ryan, une jeune et jolie fille de dix-neuf ans, institutrice dans une des écoles publiques de Long Island City, traversait un terrain vague de Nott avenue, vers huit heures et demie du matin, pour se rendre plus vite à l’école, lorsque Jack, qui l’attendait probablement au passage, lui a sauté au cou et l’a embrassée à bouche que veux-tu, avant même qu’elle ait pu pousser un cri ou se rendre compte de ce qui lui arrivait. 

Mais le capitaine de police Kavanagh, dont la maison est située tout près des terrains vagues et dont la fille avait été elle-même récemment victime d’une mésaventure du même genre, ayant aperçu de chez lui Jack embrassant miss Ryan, s’est élancé à sa poursuite et n’a pas tardé à l’arrêter. 

Traduit peu après devant un juge de police, le prisonnier a déclaré se nommer Rudolph Wolf, et être âgé de dix-neuf ans. Il a prétendu ne pas savoir à quel propos il avait embrassé miss Ryan, disant qu’il avait obéi à « une impulsion spontanée, inexplicable et irrésistible » … mais il n’en a pas moins été condamné à six mois de prison, sans plus de formalités. 

Ce Jack l’embrasseur était assez bien mis et se disait peintre en bâtiments de son métier; mais « il avait plutôt l’air, ajoute la feuille américaine, d’un de ces jeunes gens dont la  santé et la raison sont compromises par l’abus effréné des cigarettes« . 

Recommandé à la société contre l’abus du tabac.

« L’Impartial. » Bône, 1891.

Langue vivante 

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homme-ecritureLe français, tel que le parlaient et l’écrivaient les Anglais en 1858, était chose savoureuse à en juger par cette lettre que nous retrouvons dans un journal de l’époque. 

Comme j’ai fait le jurement de parler français tant que je ne saurais pas parfaitement  ce langage, ne trouvez pas méchant, mon ami, que je m’en serve pour vous écrire. 

J’ai d’abord percé la Belgique, puis j’ai eu des dissemblances avec les commis entrant en France à propos de quelques tomes de tabac pour lesquels j’ai dû payer le noyau. Il ne nous est rien abordé ensuite, si ce n’est qu’en sortant d’une poitrine de montagnes, un troupeau de bouillis ont effrayé nos chevaux qui ont pris le trépas aux dents et qui ont manqué de nous répandre

Je me satisfais beaucoup à Paris. J’ai déjà vu le Louvre, Notre-Femme, le Panthéon, le Luxembourg et autres beaux tombeaux. A cinq heures, je vais chez le réparateur, et ensuite au théâtre de la joie où je ris comme un insensé. Demain, si je n’ai pas encore, comme aujourd’hui une tristesse à la jambe, j’irai visiter les hôpitaux, où les malades ont des sœurs ivres pour sentinelles

Je me peins que vous serez bien étonné de mes avancements quand vous saurez que j’ai enseigné le français tout solitaire

Ce devait être l’auteur même de cette lettre qui, quelques années plus tard, invité chez un fin gourmet lui répétait d’un air convaincu : 

Il est bon ce Tartuffe, il est bon ce Tartuffe aux fines herbes.  

Et comme son hôte le regardait effaré, l’insulaire ouvrit son manuel de conversation à la lettre T et lut triomphalement : 

Tartuffe : faux dévot. 

Foie de veau, faux dévot, notre Anglais n’y regardait pas de si près. 

« La Pomme cuite. » Paris, 1919.

Rafraichissements

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marchand de cocoQuand le soleil répand ses rayons sur la terre avec une profusion tout estivale, les hommes ont soif. Alors ils se divisent en catégories d’assoiffés et se classent selon leurs moyens et leurs goûts.

Certains s’attablent à la terrasse des cafés ou des brasseries, devant le marbre, protégés par le store confortable qui grince, s’abaisse et se relève suivant les indications du temps. D’autres se laissent choir en sueur à la devanture des marchands de vin ou dominent le zinc du comptoir. Il y a aussi des mortels plus modestes qui demandent aux fontaines Wallace le rafraîchissement de leur gosier brûlant. C’est pour ceux-là ou pour beaucoup d’entre eux, dont la bourse mal garnie contient tout de même quelques pièces de cuivre, que circulait jadis beaucoup plus que maintenant, le marchand de coco, coiffé d’un casque inénarrable, vêtu d’une cuirasse d’Opéra-Comique, promenant sur son dos un énorme cruchon dont une clochette, inlassable, annonçait le contenu. 

Les verres assujettis à sa courroie, un broc d’eau fraîche à chaque main, le marchand de coco passait dans les rues, et désaltérait la foule.On le voyait aussi aux musiques militaires, aux fêtes du Champ-de-Mars, à la foire du Trône à celle de Neuilly. Aujourd’hui, son industrie se perd. Ce n’est plus du coco que l’on vend au peuple pour calmer sa soif. L’ingéniosité commerçante a répandu dans les masses une boisson plus aristocratique, sinon plus inoffensive. 

Cette boisson, c’est la glace. La glace en loterie. Le plaisir de la gagner précède celui de la dégustation. On a la roulette en plein faubourg, à un sou le coup, et l’on gagne au moins une glace. Or, on peut en gagner vingt-cinq. Puisse la divinité qui préside aux hasards de la vie préserver de cette chance excessive le client altéré. marchand de cocoLa glace populaire commença par une timide apparition. Elle s’est généralisée au point que pas une rue passante n’est privée de son petit établissement, installé généralement dans une boutique à louer. Les enfants, les grooms en course, les petites ouvrières aux heures du repas s’arrêtent et tournent la roue, qui n’a rien de commun avec celle de la fortune. La glace où les glaces gagnées, on part, après l’absorption, et la place est laissée à d’autres consommateurs. Le manège recommence plusieurs centaines de fois dans une journée. Le métier, comme on le voit, n’est pas mauvais. 

Les clients heureux, ceux que la veine a favorisés et à qui le sort a alloué plus de liquide congelé qu’un estomac même robuste ne peut en absorber, se livrent à un commerce lucratif qui est tout bénéfice pour eux. Ils revendent au marchand et quelquefois à des tiers la marchandise qui leur appartient et qu’ils n’ont pas consommée. 

On a la chance de réaliser un profit en se désaltérant, ce qui n’existe pas, il faut l’avouer, dans les cafés du boulevard, où les boissons coûtent cependant plus cher. Sont-elles meilleures ? Il y a tout lieu de croire que oui. Ces rafraîchissements populaires inspirent peu de confiance, étant donné que la glace est un des véhicules favoris du microbe. 

Peut-être vaudrait-il mieux, pour les gens aux poches indigentes, s’adresser tout simplement à la fontaine Wallace que d’avaler des glaces multicolores, ou même des glaces sans teint à la menthe, au citron, à la vanille. 

Marcel De Bare. « La Presse. » Paris, 1896.

Le dernier guerrier

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red cloudPuisque les élégantes ornent leurs chapeaux de plumes qui ressemblent à s’y méprendre à celle qui couvrent le chef des plus illustres chefs Peaux-Rouges, qu’ils soient Sioux, Apaches ou Comanches, peut-être est-il d’actualité de dire quelques mots sur l’un de ses guerriers.

Il s’agit de Red Cloud, qui fut jadis le plus redouté des chefs, celui qui, en 1876, dirigea l’insurrection indienne. Il est paraît-il à l’agonie, terminant dans la plus atroce misère une existence qui ne fut pas sans gloire.

Il y a quelques mois, lorsqu’il crut sa dernière heure venue, il distribua à ses enfants tout ce qu’il possédait : dix acres de terre et 600 dollars, ce qui représentait la misérable indemnité que lui avait accordée le gouvernement des Etats-Unis, quand le guerrier s’était décidé à aller faire la paix avec le président à Washington.

Mais la mort était longue à venir, aussi les enfants de Red Cloud, une fois en possession de son avoir, abandonnèrent-ils le vieux chef à son sort. Il en fut réduit à vivre des maigres subsides que lui fournissaient quelques-uns de ses fidèles compagnons de jadis.

L’agent du gouvernement, apprenant son triste état, lui envoya un médecin qui s’en revint, déclarant que la science était désormais impuissante à prolonger les jours du vieil homme.

Avec Red Cloud, va bientôt disparaître le dernier des chefs indiens, le dernier de ces guerriers qui disputèrent avec tant de vaillance leur territoire aux soldats américains.

« Nos lectures chez soi. » Paris, 1910.