Goya

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goyaParmi les peintres de l’école espagnole, Francisco de Goya est l’un des plus connus et des plus malheureux si l’on considère sa fin. Il naquit dans l’Aragon en 1746. Après une existence remplie des aventures les plus extraordinaires, il fut frappé de terribles infirmités, d’abord de la surdité, puis, mal plus horrible encore pour un peintre, de la cécité.

Son père était cultivateur, mais cette profession ne pouvait convenir à un caractère artistique et exalté comme celui du peintre. Sa jeunesse fut des plus bruyantes. Il fut le héros de mille aventures, de duels, de querelles à coups de couteau. Impliqué dans une affaire où trois hommes avaient été tués, il se réfugia à Madrid où on le retrouva une nuit, inanimé, percé d’un coup de navaja. Il guérit et, pour échapper à la police, s’engagea dans une quadrilla de toreros et figura avec éclat dans de nombreuses courses de taureaux. Cependant son talent de peintre lui acquérait une grande réputation et d’illustres amitiés; il se lia, avec tous les grands seigneurs sans négliger ses amis plus humbles, les toreros qu’il préférait à tous. goya taureauIl était aussi à l’aise dans les palais qu’il fréquentait que dans les tavernes où il était fort connu et très aimé.

Sa peinture est l’image exacte de sa vie : colorée, pittoresque, brutale quelquefois, montrant les sujets les plus divers, scènes de religion, tableaux d’histoire, caricatures, traits de mœurs empruntés à la populace, courses de taureaux, tout ce qui caractérisait l’Espagne à cette époque défile sous ses pinceaux. La guerre contre les Français lui fournit les sujets les plus émouvants et les plus terribles. 

Sa manière de peindre même est bien conforme à son caractère; on dit qu’il délayait ses couleurs dans des baquets et qu’il les appliquait avec des balais, des éponges, des torchons, tout ce qui lui tombait sous la main. Lors de l’entrée des Français à Madrid, pendant que la population silencieuse regardait passer les conquérants, Goya avisa un mur blanc et à l’aide de son mouchoir trempé dans la boue y représenta une scène terrible : des Espagnols fusillés par des Français.francisco de goyaSes œuvres ont un caractère de hardiesse, de grandeur, d’originalité, de violence qui ne peuvent laisser indifférent aucun spectateur. Un sang impétueux circule en ses héros, et souvent coule de leurs blessures à larges flots. Les couleurs crues éclatent. C’est tout le génie pittoresque et grandiose de l’Espagne qu’il a fixé sur ses toiles.

Il sentait comme il peignait, sans mesure. Un jour, le général Wellington dont il faisait le portrait sembla étonné à la fin de la première séance d’un genre de peinture qui n’est pas familier sur les bords de la Tamise et hasarda une légère critique. Le vieux maître, sans répondre, saisit une arme et faillit tuer l’imprudent qui n’eut que le temps de fuir. Goya dut quitter Madrid à la suite de ce mouvement de.vivacité et se rendit à Bordeaux. La fin de sa vie fut cruellement tourmentée. Il devint sourd, puis il sentit sa vue baisser par degrés; ce fut une douleur atroce.

Il travailla cependant jusqu’au dernier moment, tant que ses yeux purent lui permettre de distinguer ses couleurs. Sa fougue ne l’avait pas abandonné, et ses derniers dessins montrent des combats de taureaux. Il mourut à Bordeaux en 1828.

« Les grandes infortunes. » par MM. P.-A. Changeur et A. Spont, Paris, 1897.

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Un miracle

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loterieEt l’on dit que la chance est aveugle !

Cette fois, du moins, elle a bien vu clair. Et elle a su placer au bon endroit le gros lot de la Loterie de la Presse. Ce sont, vous le savez, deux ouvriers lillois, chargés l’un et l’autre de famille, qui ont empoché le million, il y a un célibataire, il est vrai, mais celui-là même a cinq frères et sœurs auxquels il va pouvoir assurer une honnête aisance.

Les gagnants s’appellent François G…, ouvrier peintre, père de cinq enfants, et Georges M…, ouvrier mouleur en cuivre.

Le premier, François G…, quand la peinture en bâtiments chômait, s’en allait bravement à travers les rues de Lille, poussant devant lui une petite charrette pleine de menu bois, en criant :

 Via du p’tit bois cassé, deux sous la « bouse*»

Son beau-frère, Georges M…, habile ouvrier mouleur en cuivre, sérieux et rangé, donnait à ses heures de loisir, aux enfants du quartier, la comédie avec des marionnettes. Car Lille a encore son guignol. Des- rousseaux, le poète lillois, l’a chanté dans sa « Ganchon dormoire » : le P’tit Quinquin, dont la renommée a passé les limites du Nord. Pour endormir « chin p’itit garçon qui n’ faisot qu’ braire », la « pauv’ dintellière lilloise » lui promet, entre autres plaisirs, de le mener aux marionnettes :

Nous irons dins l’ cour Jeannette à Vaques
Vir les marionnettes, comme te riras
Quatre! l’entendras dir’ un doup’ pou’ Jacques
Par l’ polichinelle qui par l’ maga…
Y l’ dira merci
Vet’ comme on ara du plaisi.

Un « doupe », c’est un liard, un sou, en patois de Lille, et Jacques est le comique des marionnettes. C’est le personnage légendaire, dont les saillies et tes bons mots patois, prononcés avec le pur accent du terroir, mettent en gaieté toute la salle.

La comédie se donne dans une chambre ou dans une cave. Le directeur est, à la fois, le caissier, le contrôleur, l’imprésario et l’acteur. Parfois, comme M…, il confectionne lui-même ses marionnettes, Et la place coûte un sou ! Le voilà, le vrai théâtre populaire !

Tels sont les deux heureux gagnants. Nul ne les jalouse de leur bonne fortune. Dans les deux petites maisons sans étage, au rez-de-chaussée en contre-bas du sol, qu’ils occupent allée de la Vieille-Aventure, à Lille ce ne fut, vendredi dernier, qu’un défilé de complimenteurs et d’amis heureux.

C’est là que le million est venu trouver les deux beaux-frères, dont un François G…, n’a su que tout dernièrement l’achat fait par sa femme, de moitié avec son frère, du fameux billet. Chacun avait mis dans l’affaire, en cachette, dix francs, péniblement économisés. C’était un placement de père de famille, pourtant.

Et dame Fortune, n’est-ce pas ? mérite d’être avec eux complimentée…

*Mot qui veut dire panier, en patois du Nord. 

« Les Annales politiques et littéraires. » Paris, 10 décembre 1905.
Illustration : « Le Petit journal. » Paris, 13 août 1905.

3 articles des années 20

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Le record de… l’écrasement

automobiles 1920Il est détenu incontestablement, — peut-on s’en étonner beaucoup ? — par l’Amérique, plus précisément par l’Etat de New York.

Pendant le seul mois d’août, trois cent cinquante personnes ont été envoyées à toute vitesse dans un monde meilleur. En juillet, le funèbre bilan avait été moins énorme : seulement deux cent vingt et un décès avaient été causés par MM. les chauffeurs.

Et dire que nous nous plaignons, à Paris, pour quelques pauvres petits accidents

« L’Éclaireur du dimanche » et « La Vie pratique, Courrier des étrangers. » Nice, 4 novembre 1923.

Hyper-inflation 

inflation_allemagne_1923La vie doit être difficile en Allemagne. Les annonces des journaux jettent des lueurs sur tout ce que l’avilissement de la monnaie peut apporter d’embarras aux Allemands. On nous communique, par exemple, cette annonce :

« Lunettes (verres avec monture corne) perdues. Cent millions à qui les rapportera. »

On ne se donnerait pas, en France, la peine de publier une annonce pour récupérer une paire de lunettes à monture de corne.

Cette autre :

« Jeune fille ordonnée et capable est demandée pour entrée immédiate. Salaire en relation avec les temps présents. »

Ce salaire doit augmenter de jour en jour s’il suit les difficultés des temps présents. Quant au ressemelage d’une paire de chaussures, il est annoncé comme une occasion à 150 millions seulement.

« L’Éclaireur du dimanche » et « La Vie pratique, Courrier des étrangers. » Nice, 4 novembre 1923.

Le redresseur de nez

fannie_briceMiss Fannie Brice, célèbre actrice américaine, possède un nez bourbonien qu’elle voudrait absolument remplacer par un nez grec de Pallas-Athénée.

Pour cette rectification de son profil, elle s’est adressée au docteur Henry S. Scherison. éminent chirurgien d’Atlantic City, qui s’est fait une spécialité de modifier complètement et à volonté la ligne du nez de ses clients.

Le praticien a promis de réussir en quelques séances. Il joue sa réputation dans cette expérience de « rhinoplastie » qui peut, si elle est couronnée de succès, lui valoir une fortune considérable.

En attendant, toute l’Amérique est, si l’on peut dire, fébrilement suspendue… au nez de Miss Fannie Brice.

« L’Éclaireur du dimanche » et « La Vie pratique, Courrier des étrangers. » Nice,11 novembre 1923.

Sitting Bull, le Napoléon indien

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sitting_bullLa Pall Mail Gazette donne un récit détaillé de la fin tragique de Sitting Bull et rappelle sa vie héroïque, tout entière consacrée à une lutte inégale avec l’homme blanc, son ennemi naturel, devant lequel il n’a jamais désarmé.

La police indienne au service du gouvernement américain surprit Sitting Bull dans son camp au moment où il se préparait avec sa troupe à rejoindre les Indiens révoltés qui pillaient les bords du fleuve Blanc. La police ayant réussi à cerner le camp, sans jeter l’alarme dans les rangs, put capturer sans trop de peine Sitting Bull et l’emmener dans la direction du poste de Standerdy Rock Agency. Mais le fils de Sitting-Bull, Blackbird (oiseau noir), un grand gars athlétique et courageux comme son père, entraîna ses compagnons à la rescousse du vieux chef.

Les femmes et les enfants se cachèrent dans les buissons, tandis que les hommes, avec des cris de guerre, fondaient sur la police et tiraient dessus à bout portant. La fusillade fut longue et nourrie, puis un combat corps à corps suivit; Sitting Bull, qui n’était pas bâillonné, donnait ses ordres à haute voix. Pendant plusieurs minutes les coups de feu se succédèrent sans interruption, abattant chaque fois un homme. Sitting Bull fut tué raide par une balle et tomba de cheval. On ignore si le coup vint des hommes de police ou si une balle égarée lancée par un des siens l’atteignit par ricochet. Le fils de Sitting Bull avait été tué par le premier feu des gendarmes.sitting_bullLa mort du chef et de son fils ne mit pas fin au combat, les Indiens se battirent avec fureur et mirent la police en fuite : un cavalier de gendarmerie courut au poste chercher du renfort, en route il rencontra une troupe de cavalerie sous les ordres du capitaine Souchet et une troupe d’infanterie commandée par le colonel Dunn, qui se portèrent au secours de la police. Il était temps, le peloton de gendarmerie aurait été massacré du premier au dernier homme. Les soldats s’avancèrent à genoux et un feu nourri eut raison des derniers combattants. Les Indiens survivants s’enfuirent de toute la vitesse de leurs chevaux dans la direction de Badlands, ou un autre chef, Start Dull, s’est retranché avec 200 Indiens d’Ogallala. 

Les corps de Sitting-Bull et de son fils Blackbird sont restés aux mains des ennemis.

Sitting-Bull avait à peu près cinq pieds huit pouces de haut; il avait reçu il y a quelques années une balle dans la hanche et resta légèrement boiteux. Quand il parlait, il avait l’habitude de s’asseoir sur ses talons, ce qui lui a valu son nom de Sitting-Bull (Assis). Ses yeux étaient profondément enfouis dans l’orbite, et il ne regardait jamais un ennemi en face, sauf quand il était en colère; dans ces occasions ses yeux flamboyaient comme des tisons ardents, Il est mort à l’âge de cinquante ans. 

Ce « Napoléon des Peaux-Rouges » était né pour commander, et pour vaincre, ainsi qu’il l’a prouvé dans plus d’une héroïque sortie. Il était hardi, indépendant, et méprisait l’homme blanc. En 1869 il attira l’attention du gouvernement des Etats-Unis. Un Indien de sa tribu ayant été assassiné par les Blancs de « sang-froid », selon son expression, il alla trouver le général Morrow pour un « pow-wow », c’est-à-dire pour demander satisfaction de l’outrage fait aux siens. Le général, pour aplanir les difficultés, offrit de « couvrir » le corps; il empila sur le cadavre des couvertures et d’autres présents, jusqu’à ce que le chef indien se déclarât satisfait.sitting_bull (1)A partir de ce moment la renommée de Sitting-Bull fut établie et alla toujours grandissant; il devint le chef d’une des plus puissantes tribus de la plaine. Il campait dans les pampas et ne permettait jamais à un étranger de mettre les pieds sur son territoire. Il n’attaquait personne et demandait simplement qu’on le laissât tranquille en retour. Il considérait les bords du Yellowstone et de ses tributaires comme formant son territoire. Il ne lui est jamais arrivé de solliciter une faveur du gouvernement. De 1875 à 1876, pour un léger malentendu, il entra en lutte avec les Américains. Ceux-ci, concentrés dans le Fort-Pease, se virent assiégés et menacés par la famine. Ils parvinrent pourtant à faire parvenir un message pour demander des secours.

Lorsque Sitting Bull apprit que des troupes venaient pour délivrer les blancs, il s’engagea à laisser sortir saine et sauve toute la garnison, pourvu que pas un coup de fusil ne fût tiré. Cette promesse fut fidèlement tenue par le chef indien; seulement, dès que les Américains furent partis, il mit le feu au fort et n’en laissa pas une pierre debout. Après cet exploit, Sitting Bull fut attaqué avec témérité par le général Custer, qui trouva la mort sur le champ de bataille de Little Big Horn, le 25 juin 1876. Il se battit comme un lion, mais, écrasé par le nombre, il fut contraint de chercher un refuge au Canada sous la protection du drapeau anglais. Cependant, il regrettait toujours son ancien territoire et profita d’une amnistie pour rentrer sur la terre américaine.general_custerLe gouvernement des Etats-Unis fit beaucoup d’avances à Sitting Bull, et les autorités locales avaient l’ordre de le ménager; mais rien ne pouvait l’empêcher de regarder l’homme blanc comme son ennemi naturel. Il accusait les Blancs de toujours fomenter sournoisement des révoltes, afin d’avoir un prétexte pour tirer sur les Peaux-Rouges et pour s’emparer de leurs possessions. Il n’accepta qu’à contre-cœur les libéralités du gouvernement américain.

Jusqu’à son dernier souffle il resta le type de l’Indien des pampas, sauvage et réfractaire à toute civilisation. Il vécut et mourut en brave.

Il est peu probable que Sitting Bull, ait un successeur de sa taille. Il restera dans l’histoire comme la personnification d’une race qui s’éteint, et une des figures les plus originales de notre siècle.

« Le Pays. » Paris, 25 décembre 1890.

Mme de Montedour

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guerisseuseOn nous demande parfois des nouvelles de Mme de Montedour « la bonne dame d’Harfleur ». Nous l’avions perdue de vue. Les journaux de Belgique viennent de la rappeler à notre souvenir. Voilà ce qu’on lisait, ces jours derniers » dans l’Indépendance belge :

Mme de Mesnard de Montedour, lorsqu’elle habitait la France, était connue sous le nom de la « bonne dame d’Harfleur ». Elle guérissait tous les maux de l’espèce humaine, grâce à une faculté spéciale dont la nature généreuse l’avait dotée. Toute jeune, elle voyait, dans l’infini du ciel, aller et venir les lumières qui éclairaient, pour elle seule, des choses inconnues de tous : des personnages, des fantômes liaient avec elle des conversations instructives — et lui enseignaient la façon de guérir les malades.

Mme de Montedour, âgée de 50 ans, mariée et mère de famille, vint s’installer à Bruxelles, il y a un an environ. Elle habita une maison, rue de Neufchâtel, maison qui, bientôt, devint le but des pèlerinages de beaucoup d’estropiés et de malades. Elle recevait tous ces pauvres gens; avec amabilité et générosité, vêtue de blanc, ayant autour de la taille une ceinture bleue, et « ressemblant à la vierge Marie », disent ceux qui l’ont vue. Elle guérissait tout le monde, sans distinction de classe par la simple apposition des mains sur les parties du corps atteintes par la maladie. Des gens huppés venaient la voir, et la réputation de Mme Montedour s’étendit…

Elle s’étendit trop. Les esculapes professionnels virent dans les actes de la bonne dame d’Harfleur une concurrence dangereuse. Ils déposèrent une plainte au parquet, et celui-ci assigna la « guérisseuse » devant le tribunal correctionnel sous la prévention d’avoir exercé illégalement l’art de guérir. La bonne dame d’Harfleur devait comparaître vendredi matin devant les juges, mais elle a fait défaut pour l’excellente raison qu’un arrêté d’expulsion avait été pris contre elle. L’instruction à l’audience a été faite néanmoins, et elle a été intéressante.

On a entendu, notamment, une petite fille de 9 ans que la « bonne dame » avait guérie d’une anémie très  prononcée. Puis un autre client, M. L… , ancien chef de gare, est venu faire cette déclaration :

 J’étais aveugle. J’appris la puissance de Mme de Montedour et allai chez elle. Elle appliqua les mains sur mes yeux; rien que cela. Pendant ce temps, elle causait d’art, de littérature, de musique, de cuisine même… Cela dura plusieurs heures. Le lendemain j’éprouvai un mouvement dans les yeux et, depuis, je vois clair !…
— Vous avez payé cette dame ?
— Non. Elle n’a pas voulu, sachant que je suis une victime de l’administration des chemins de fer.

Le témoin entre dans des détails relatifs à sa situation vis à vis de l’Etat, duquel il se plaint vivement. Mais le président l’empêche de continuer…

Un autre, témoin, un vieillard, demi-paralysé, vient déclarer qu’il peut marcher grâce à l’intervention de la bonne dame.

 Ces auditions suffisent. Le ministère public se déclare satisfait : je demande l’acquittement, dit-il. D’abord parce que Mme de Montedour n’est pas ici et ne peut se défendre, et ensuite parce qu’elle ne tombe pas sous l’application de la loi, n’ayant pas exercé la médecine au sens strict du mot.

Et le tribunal acquitte… à la satisfaction générale.

« L’Écho du merveilleux. » Paris, 15 avril 1901.

Mort tragique de M. Lockhart

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éléphant_LockhartDans le supplément illustré du Petit Journal (N° du 7 février), est ainsi relatée la vengeance d’un éléphant :

Aux Indes, au Siam et dans certaines de nos colonies d’Extrême-Orient, où les éléphants servent de bêtes de somme, on les voit dans les campagnes, sur les routes et par les rues, marchant d’un pas lent et grave, et écartant de leur trompe avec sollicitude les gamins imprudents qui jouent sur le chemin.

Si pour eux le maître est doux et bienveillant, ces animaux s’attachent généralement à lui et lui marquent leur reconnaissance. Au contraire, s’ils sont battus, rudoyés et mal nourris, les instincts de la bête sauvage se réveillent subitement en eux ou bien couvent jusqu’au jour où ils trouvent l’occasion de satisfaire leur vengeance.

C’est à la rancune d’un de ces pachydermes, qu’il avait sans doute traité avec sévérité, que Georges Lockhart, le célèbre dresseur d’éléphants que toute l’Europe a applaudi, vient de devoir une fin cruelle et affreusement tragique.

Lockhart surveillait à la gare de Walthamstow, en Angleterre, le débarquement de cinq éléphants énormes, lorsque le plus grand d’entre eux s’avisa de quitter le quai et de s’aventurer sur la voie ferrée. Lockhart, voyant le danger que courait l’animal indocile, s’élança pour le ramener. Mais celui-ci, furieux d’être dérangé dans sa promenade sur les rails, saisit, l’infortuné dresseur avec sa trompe et, le poussant contre un des wagons placés sur la voie, pesa sur lui de tout son poids.

Des cornacs, des employés, témoins du drame, se précipitèrent au secours de Lockhart, mais il était trop tard. Ils ne ramassèrent qu’un cadavre, horriblement écrasé.

« L’Écho des jeunes. » Paris/Asnières, 1 mars 1904.
Illustration : « Le Petit journal. » Supplément du dimanche, 7 février 1904.

Le gagnant du gros lot

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gagnant_loterieDe même que nos confrères, nous avons annoncé dans un de nos précédents numéros, l’heureuse aventure d’un jeune homme de Villerupt, en Lorraine, qui vient de gagner le gros lof de 500.000 fr. au dernier tirage des Bons de l’Exposition.

On nous a aussi appris que ce jeune homme s’appelle Ferry, qu’il est ouvrier lamineur, honnête et laborieux, mais très pauvre; qu’il attendait pour se marier, d’avoir mis quelque argent de côte, et que la chance inattendue qui vient de lui advenir lui permettra de réaliser son projet et d’entrer en ménage tout de suite.

Les chroniqueurs louent le hasard d’avoir accordé ses faveurs à ce brave artisan; la presse entière félicite Ferry de sa bonne fortune.

Cependant, un de nos confrères du matin vient de recevoir de son correspondant de Lorraine, une nouvelle étrange : il existe bien à Villerupt, un jeune homme appelé Ferry, ouvrier lamineur, honnête, laborieux, etc. Seulement, il n’a jamais gagné le gros lot des Bons de l’Exposition pour cette raison bien simple qu’il n’a pas acheté de Bons de l’Exposition.

N’empêche que le pauvre garçon est, depuis deux jours, assailli de lettres et de visites importunes. Une foule de gens lui demande l’aumône. Les journalistes du cru, les correspondants des journaux parisiens, même des rédacteurs de journaux allemands ou belges accourent voir quelle est la tête que peut faire le gagnant d’un gros lot de 500,000 fr. Et le prétendu gagnant, qui n’a rien gagné du tout, est exaspéré.

II y a encore de beaux jours pour les mystificateurs.

« Le Progrès de Bel-Abbès. » Bel-Abbès,  18 mars 1899.