Question de goût ! 

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sortie-artistesDe même qu’à l’issue des grands mariages on trouve sur le seuil de l’église une foule de trottins et d’apprentis (le garçon pâtissier et sa tourte ayant disparu de la circulation) de même, au Théâtre Français, à l’heure où finit la matinée, devant la porte des artistes, un même public curieux et recueilli attend pieusement la sortie de nos Pensionnaires et Sociétaires nationaux.

Il les admire, il les cite au passage, se trompant même parfois de nom, prenant M. Grand pour M. Fenoux. Mais peu importe ! Or, jeudi dernier, sur le dernier coup de cinq heures, la belle, élégante, sémillante, ravissante Mlle… apparaissait telle une hérissonne dans le poil de ses fourrures. Aussitôt une jeune gouape, de s’écrier :

C’ que t’es chouette, la môme ! 

Elle, de répondre avec afféterie, comme à la réplique :

On me l’a déjà dit souvent ! 

Mais une autre gouape, spontanément, comme avec indignation, de décréter :

Ben ! On s’est rien foutu de toi, la vieille ! 

« La Pomme cuite : concerts, théâtres et autres spectacles. » Paris, 1916.
Peinture de Jean-Luc Forain.

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Economie et fortune

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new-yorkUne des caractéristiques du millionnaire américain est de dépenser sans compter pour les affaires et de compter sans dépenser pour les obligations courantes.

Il pousse l’épargne dans les petites choses jusqu’à la plus incroyable avarice. M. John Rockefeller regrette un pourboire donné à un domestique. Il pèse longtemps la menue pièce de monnaie dans sa main avant de la mettre dans celle d’un garçon de restaurant. Aussi, quelqu’un qui ne le connaissait pas lui dit un jour :

Gardez ça, mon pauvre homme, vous en avez sans doute plus besoin que moi.

M. Carnegie, pour qui le temps est de l’argent, regarde consciencieusement sa montre quand un solliciteur vient lui demander une audience. Il se croit volé lorsque l’entretien se prolonge au-delà de quelques minutes.

MM. Vanderbilt et Morton ont les yeux fixés sur le compteur électrique lorsqu’ils donnent une soirée. Le dernier invité n’est pas parti qu’ils éteignent les lampes et n’en laissent brûler qu’une.

M. Belmont ramasse les épingles dans la rue et les rapporte à ses bureaux pour s’en servir. Il a soin de garder les feuilles blanches des lettres qu’on lui écrit et n’emploie pas d’autre papier pour sa correspondance personnelle.

M. Charles Schwab se vante de porter une année entière la même cravate et n’a jamais acheté qu’une seule paire de boutons de manchettes.

M. Hettie Green, qui possède tout un quartier de splendides maisons, se loge dans un appartement du prix le plus médiocre et, pour ne pas payer de voitures, il va toujours à pied.

M. Henry Clews ne fume que des cigares du prix le plus modeste, et fait remarquer judicieusement que, s’il en prenait de plus chers, ils passeraient tout aussi bien en fumée.

Tous ces millionnaires semblent des disciples de Mark Twain, qui s’appliquait à n’employer que des monosyllabes très courts parce que sa prose lui était payée un franc cinquante le mot.

C’est ainsi qu’on fonde les grandes fortunes. Mais alors les pauvres diables se demandent à quoi elles servent.

« Nos lectures chez soi. » Paris, 1910. 

La confrérie du célibat

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blanchisseusesLe « sexe faible » ne comptait guère jusqu’ici que des célibataires malgré elles. Voici que  pour la première fois, en Hollande du moins, s’affirment en groupe des amoureuses du célibat.

Une société en commandite vient de se constituer en effet parmi les jeunes blanchisseuses de la rue Gérard-Dou, à Amsterdam.

Le premier article des statuts de cette confrérie féminine déclare que les membres  de l’association s’engagent à perpétuer le célibat et à ne jamais consentir à aucune liaison amoureuse, si passagère fût-elle, sous peine de perdre tous leurs droits et de cesser immédiatement de faire partie de la société.

L’une des conditions les plus originales exigées des candidates, c’est qu’elles doivent être « jolies a et bien faites ». On parle même d’un concours trimestriel de blanchisseuses rosieres.

« La Presse. » Paris, 1896.
Peinture de Alice Mary Havers.

Un petit encouragement…

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anton-rubinsteinDe ses pérégrinations artistiques en Russie, Mlle Nikita a rapporté une jolie anecdote sur les premiers concerts de Rubinstein, anecdote qui a le mérite d’être absolument authentique et confirmée par M. le général Smirnoff à Saint-Pétersbourg, lequel a joué un rôle dans cette historiette.

Antoine (Anton) Rubinstein avait treize ans à peine et étudiait à Nijni Novgorod, où le fils du gouverneur, actuellement M. le général Smirnoff, de quelques années plus âgé que le petit artiste, s’était lié intimement avec lui et le protégeait. Rubinstein était très pauvre et le jeune Smirnoff, pour lui venir en aide, imagina d’organiser un concert. Grâce à l’influence de son père,il obtint la salle de spectacles de la ville moyennant sept roubles argent, qui représentaient les frais d’éclairage, et le concert, dont Rubinstein remplissait tout seul le programme, rapporta un bénéfice net de 4 roubles 75 kopecks.

Ce résultat mirifique invitait naturellement à une nouvelle tentative le futur auteur de Néron. Mais son second concert n’attira qu’un seul amateur qui loua, moyennant 75 kopecks, un fauteuil des premières.

Le petit Rubinstein, pour récompenser ce noble dilettante, se surpassa. Toutes les primeurs de Mendelssohn et de Chopin, alors encore vivants,furent jouées par lui sans provoquer un seul applaudissement. Après deux heures d’une course prodigieuse sur le clavecin, Rubinstein s’arrêta, et s’adressant poliment à son « public », lui demanda humblement si son jeu ne méritait pas un petit encouragement. Le dilettante présent tendit l’oreille d’une façon significative pour saisir les paroles du petit artiste.

Anton Rubinstein constata alors, avec stupéfaction, que son unique auditeur était… sourd comme un pot. Ce singulier dilettante, fonctionnaire en retraite, fréquentait les concerts pour masquer son infirmité !

« Le Ménestrel. » Paris, 1894.
Peinture : Ilia Répine.

Mauvais esprit

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cartomancie.Une bien bonne histoire que nous lisons dans le Courrier de Bayonne. 

Le vendredi 15 juin 1891, de très bonne heure, 5 heures et demie du matin environ, une femme étrangère, accompagnée d’une jeune fille d’environ 14 ans, se présenta chez la dame Anchorena, 53 ans, ménagère à Anglet, et lui proposa de lui tirer les cartes. Mme Anchorena, qui a souvent des malades chez elle, accepta.

Le mauvais esprit est dans votre maison, lui dit alors la cartomancienne. Pour l’en chasser, faites ce que je vais vous dire. Enveloppez un œuf avec une somme de 13 fr. dans un châle de soie et placez le tout sous l’oreiller de votre lit. Je viendrai chez vous demain matin à 5 heures. Je vous ferai casser l’œuf et vous y trouverez des aiguilles à coudre.  

Mme Anchorena suivit ces prescriptions à la lettre. La cartomancienne revint le lendemain comme elle l’avait dit. L’œuf cassé, 5 aiguilles en sortirent. Aucun doute n’était possible sur la véracité et le pouvoir occulte de la sorcière. Aussi, quand elle demanda à Mme Anchorena de lui confier le châle et la somme de 13 fr, dont elle avait besoin pour combattre le mauvais esprit, disait-elle, Mme Anchorena y consentit volontiers, d’autant que la tireuse de cartes lui promettait qu’elle reviendrait dans neuf jours et que, pendant ce temps, la personne qui avait causé du mal à sa famille viendrait lui demander pardon à genoux. 

Inutile de dire qu’on n’a revu ni la cartomancienne, ni les 13 fr., ni le châle. La naïve Mme Anchorena, désabusée, a confié son déplaisir à la gendarmerie qui cherche encore inutilement la sorcière. 

Dr Ch. Lavielle, 1895.

Compromis

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mary-todd-lincoln-abraham-familleM. Roosevelt a décidé de faire repeindre et redécorer l’intérieur de la Maison Blanche. Cette décision rappelle l’anecdote dont le président Lincoln, un des premiers occupants de la  Maison-Blanche, fut le héros.

Il s’agissait de repeindre le grand salon. Le président le voulait bleu, Mrs Lincoln le voulait jaune. Pendant trois jours le président parut ennuyé. Au matin du quatrième, son secrétaire, le voyant de nouveau souriant, se hasarda à lui demander si la question était tranchée. 

Certainement, répondit Lincoln. Nous en sommes arrivés à un compromis : le grand
salon sera jaune. 

Paris, 1939.

Les petites farces  de l’Assistance Publique 

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bonneLa femme enceinte a droit à une indemnité journalière de 1 fr. 75 (qui n’a pas été augmentée du fait de la vie chère) et ce pendant les quatre semaines qui précèdent et suivent l’accouchement (Loi du 17 juin 1913). Mais dans cette indemnité on ne tarife qu’à 0 fr. 75 les 11 jours d’hôpital que nécessite la période d’accouchement, ce qui ramène, tout compte fait, l’indemnité à 80 francs environ. 

Pour donner un enfant à son pays ce n’est vraiment pas trop payer. C’est de la maternité au rabais. 

Il y a mieux. Il advint qu’une fille-mère, pour ne pas être renvoyée de la maison où elle travaillait, obtint sous un tout autre motif un congé de six mois, pendant lequel elle vécut à la grâce d’un Dieu dont l’inhospitalité fait parfois concurrence à celle de l’Assistance Publique. 

Délivrée, la jeune maman demande à l’A.P. son indemnité priant l’Administration de ne pas faire d’enquête chez son patron auprès de qui elle avait si difficilement ménagé son retour. L’A.P. accède à son désir, mais, en revanche, lui adresse le « poulet » suivant : 

« Prière d’apporter un certificat de la maison qui vous occupe, prouvant que votre période de repos n’a pas été payée par cette maison« . 

Le bureaucrate humoriste, qui a fait cette petite farce à la pauvre fille doit, en ce moment, se frotter les mains. Nous, nous trouvons cette véridique anecdote infiniment triste. 

Et voilà comment l’Assistance Publique encourage la repopulation en France !

« La Pomme cuite. » Paris, 1919.
Peinture de Léon Delachaux.