Six doigts à la main droite

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On vendait l’autre jour une collection de tableaux dans l’ancienne résidence Longford Hall, près de Derby (Angleterre), et parmi les oeuvres proposées au public figurait un tableau de J. Highmore : Portrait de Lady Jane Coke, fille de Lord Wharton.

L’oeuvre n’était ni bonne ni mauvaise, mais le commissaire-priseur eut l’heureuse idée d’annoncer :

« On remarquera que cette dame a six doigts à la main droite. J’ajoute que, selon une légende locale, son fantôme reparaît souvent dans cette maison, et dans cette chambre même. » 

La nuit tombait. Il neigeait. Le vent soufflait, et les chandelles n’étaient pas encore allumées. On frissonna un peu, et comme le tableau était le dernier à passer aux enchères, il fut prestement poussé jusqu’à 44 livres 2 shellings. Après quoi, on se dépêcha de s’en aller.

On ne saura jamais si le portrait fut si bien vendu parce que la dame avait six doigts à une main ou parce que son ombre rôdait à deux pas, dans les couloirs.

« Le Bulletin de la vie artistique. » Paris, 1921.

Suivant que vous serez

ministres

Ministres et députés compromis dans des scandales sont pour la plupart libres comme l’air. Mais…

Extrait des condamnations prononcées par le tribunal correctionnel de Saint-Lô dans la seule journée du 12 janvier 1934.

Joseph L….., 32 ans, et sa femme, née Berthe A….., 39 ans, ont été arrêtés à Saint-Martin-de-Bonfossé, le 9 janvier, en flagrant délit de mendicité.

J’avais envie de manger de la galette, déclara l’épouse qui est sur le point d’être mère.

Chacun quinze jours de prison.

Aurélie L………., 61 ans, a mendié à Tessy. Une dixième condamnation d’un mois de prison lui est infligée.

Emile L……., 55 ans, a été arrêté le 5 janvier à Torigny pour mendicité : quinze jours de prison.

Qui donc disait que la justice n’était pas ferme et expéditive ?

Monsieur le comte

mirabeau.

C’était dans la nuit du 4 août, nuit où toutes les distinctions nobiliaires furent abolies. Mirabeau arrive chez lui, il entre dans un enthousiasme facile à se figurer :

Ah! mon ami, dit-il à M. Duveyrier, un jeune avocat patriote, qui l’attendait. Ah ! quelle nuit ! Plus d’abus ! plus de distinction ! Les villes, les états, les plus grands noms, Montmorency, La Rochefoucauld, nous avons tous fait le sacrifice de nos privilèges sur l’autel de la patrie !

Tout en parlant et en gesticulant, il entre dans son bain, qu’il trouve glacé. Il sonne violemment. Le valet de chambre, que le cocher avait mis au courant dans l’office, accourt et veut naturellement s’excuser :

Je puis assurer à monsieur, dit-il, que le bain est au même degré qu’hier.
— Monsieur! s’écria Mirabeau. Ah ! drôle !… Approche ici…

Il lui saisit l’oreille, et lui plongeant le visage dans l’eau :

Ah ! bourreau… j’espère bien que je suis encore monsieur le comte pour toi !

Changement de menu

 

 

chasse-au-tigre

Le tigre commencerait-il à se dégoûter de la chair humaine ? On serait tenté de le croire en lisant la publication, par le gouvernement des Indes anglaises, de la liste des victimes de ces félins.

En 1883, les tigres ont mangé beaucoup moins de gens que les années précédentes.

Dans les districts de Chandrapur, de Hoshangabad et de Raipur, 59 personnes, au lieu de 100, moyenne ordinaire, ont été dévorés, et, dans les provinces du centre, les tigres n’ont tué que 349 personnes au lieu de 637 l’an dernier.

Par exemple, il se sont rattrapés sur le bétail, 5933 têtes de bétail, au lieu de 4260, ont été la proie des princes du désert.

Parmi les victimes humaines, la proportion est de 39% de noirs et de 11% de blancs.

« Le Pays de Montbéliard. » Montbéliard, 1900.

Fête des mères

fetes-des-meres.

Afin d’assurer le succès de cette fête, il nous faut partout des Comités de Patronage, composés des maires, conseillers, députés, sénateurs, représentants de tous les groupements religieux, familiaux, sportifs, des sociétés musicales, artistiques, etc. Toute personne de bonne volonté y aura sa place pour donner plus d’éclat à cette belle manifestation d’union en l’honneur des mères.

Là où il existe des Associations de Chefs de Famille, les présidents de ces Associations sont les organisateurs naturels des Comités locaux ou régionaux. Ils pourront procéder comme il suit :

Tout d’abord s’adresser au maire de la commune, lui demander un local, qui pourra être la salle des fêtes dans les grandes localités, et, partout, la salle où se font habituellement les mariages. 

Le maire étant le représentant officiel de tous ses administrés et surtout des familles, lui demander de-présider les réunions de l’après-midi; lui faire connaître, ou mieux encore, choisir d’accord avec lui les membres du Comité de la Fête, en les prenant autant que possible dans tous les groupements favorables à la famille.

Eviter toute coterie et tout froissement : programme d’union. Pressentir les présidents des sociétés diverses de la commune.

Voir surtout les instituteurs et institutrices de toutes les écoles, qui, connaissent la plupart des parents, et parleront d’avance de la fête des mères à tous leurs élèves. 

Voir d’autre part les ministres du culte qui seront tous très favorables à cette idée. Leur annoncer ce qu’il sera possible de faire officiellement à la Mairie. Leur demander pour les offices du matin toute la solennité qu’il sera possible de donner à la partie religieuse de la Fête des Mères : groupement par familles, glorification des vertus familiales, etc.

Réunions de l’après-midi.

Les cérémonies comporteront la remise solennelle des décorations et des diplômes aux mères citées à l’Officiel pendant l’année; le concours des sociétés musicales et artistiques apportera la joie et l’enthousiasme.

Les écrivains, les poètes, les orateurs et les artistes s’appliqueront volontiers à célébrer la Fête des Mères.

Ce jour-là, également les mères recevront des lettres de tous leurs enfants absents, des compliments et des souvenirs de fête. Les familles s’arrangeront autant que possible pour que ce soit un jour de repos pour celles qui travaillent beaucoup en temps ordinaire.

Toute cette sympathie joyeuse, cette vénération spontanée leur fera oublier un moment les fatigues, les veilles et les privations qu’elles se sont imposées pour assurer l’avenir de leurs enfants. 

Mais, pour que cette solennité soit-bien la fête de toutes les mères, il faut que celles qui sont dans le besoin soient aidées :

1°  Par des « marraines » qui leur procureront tout le nécessaire.
2° Ou par des primes que les associations et les comités locaux leur remettront très discrètement, sans les humilier !  

Les comités recueilleront des fonds sous forme de cotisations régulières de membres actifs ou honoraires. Ces cotisations auront l’avantage de se retrouver tous les ans à la même époque, pour le même usage : couvrir les frais d’organisation et offrir des primes aux mères médaillées. Les cotisations étant centralisées et leur emploi étant réglé par une association, il sera plus facile d’en faire un bon usage en invitant les comités riches à aider fraternellement les comités actifs pauvres qui ont beaucoup de mères médaillées.

« Les Mères françaises. » Paris, 1927.

Conscience littéraire

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Dans sa Seconde Semaine, Guillaume de Salluste du Bartas a essayé d’imiter le galop du cheval dans ces vers :

« Le champ plat bat, abat, détrappegrappeattrape
Le vent qui va devant… »

Gabriel Naudé rapporte, à ce propos, que le poète, claquemuré chez lui, se mettait à quatre pattes, soufflait, gambadait et caracolait, comme pour entrer dans la peau du cheval, et trouver l’harmonie imitative dont il avait besoin.