Les Chinois et la bicyclette

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bicyclette.Deux jeunes Américains, cyclistes intrépides, ont, au cours de l’année 1894, parcouru l’Asie à bicyclette.

Les habitants des provinces du Céleste-Empire qu’ils ont traversées appelaient leurs machines tantôt des yang-ma, ou chevaux étrangers; tantôt des feichaï, ou machines volantes; tantôt des tzun-tzun, ou voitures qui vont toutes seules. Mais la plus amusante définition fut trouvée par un vieux paysan chinois :

« C’est, disait-il, un petit mulet que l’on conduit par les oreilles et que l’on fait marcher en lui donnant des coups de pied dans le ventre. »

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Salaires ministériels

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ministère RibotLes ministres ont un avantage : on les paie au mois et non à la journée.

C’est-à-dire que chaque fois qu’un cabinet est renversé, en vertu du vieux principe qui dit que tout mois commencé est entièrement dû, on aligne aux ministres leurs 5.000 francs mensuels, et aux sous-secrétaires d’Etat leurs 2.500 francs. Et on les « règle » même le jour de la cessation de leurs fonctions.

Quant aux ministres nouveaux, toujours en vertu du même principe, on leur paie le mois tout entier.

Voyez-vous que la Chambre renverse un ministère toutes les semaines ? Cela finirait
par coûter cher…

« Le Pêle-mêle. » Paris, 1918.
Photo : « ministère Ribot. »Agence Rol. 1914.

Les Anglais sur la Riviera

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rivieraEn souvenir des Anglais qui firent sa fortune, Nice a donné le nom de ceux-ci à sa plus  belle promenade. Mais un second hommage plus pittoresque et plus artistique vient de leur être rendu par la capitale de la Riviera.

Au Musée Masséna, le public peut en ce moment voir évoqués les souvenirs de la vie britannique sur la Côte d’Azur depuis un siècle et demi. Une merveilleuse suite de Lawrence, de Peter Lely, de Gainsborough, de Reynolds, de Romney, de Morland, de Thurner, des toiles anglaises contemporaines, des vues de la Promenade des Anglais aux diverses époques de son développement constituent une anthologie illustrée du paradis méditerranéen.

Sans doute, dans un excellent article, M. A. Augustin Thierry a-t-il raison de rappeler la première installation des Britanniques à Nice en 1748, au lendemain du traité d’Aix-la-Chapelle. Mais déjà un des aïeux lointains de ces nouveaux hivernants écrivait au XIVe siècle que la Provence était l’Arcadie de la France et de toute l’Europe.

La Riviera doit sa vraie vogue à ceux qui, au début du siècle dernier, venaient, par felouques ou par berlines, jouir de ce climat enchanteur. C’est en 1822 que le Révérend Lewis Way créa la célèbre promenade en traçant un chemin à travers les galets pour réunir l’embouchure du Paillon au quartier de la Croix de Marbre. Il trouva un auxiliaire précieux en la personne du roi Charles-Félix qui concéda à Nice la jouissance perpétuelle de la Colline du Château, puis les terrains sablonneux et la partie de la plage comprise entre l’embouchure du Paillon et celle du Var.raoul dufyMais l’argent manquait à la ville : le révérend utilisa (sic) les nombreux mendiants de la ville à construire la nouvelle promenade. Il mit avec son beau-frère les premiers fonds, puis fit appel au crédit public. La route s’allongea en 1852 jusqu’au pont Magnan. Après l’annexion, l’allée fut surélevée et un trottoir de trois mètres de large s’illuminait le soir, grâce à trente becs de gaz rangés tout le long de l’allée de dix-huit kilomètres.

1882 voit la promenade étendue jusqu’à Callar; en 1891, le trottoir est cimenté; en 1903 la chaussée rejoint l’hippodrome.

Les Rois adoptèrent cette Reine de la Riviera, dont le Musée Masséna présente au public les belles lettres de noblesse. Les terrasses ne furent-elles pas les lieux de prédilection des habitués du Grand Seize et de la Loge Infernale ?

La radieuse gaieté du ciel et de la mer qui étourdissait les lions et les biches, était seule capable de calmer la pauvre tête de Nietzsche luttant contre la folie dans sa maison du quai des Phocéens, dont le nom évoque les premiers hivernants de cette mare nostrum. au bord de laquelle Paul Valery a fondé son merveilleux foyer spirituel d’études méditerranéennes.

Jean Bever. « Le Monde illustré. » Paris, 1934.
Peintures : Raoul Dufy.

Songe

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reveurLe fait suivant nous semble digne d’insertion, en ce qu’il démontre à quel parfait dégagement de la matière peut arriver l’Esprit lorsque celle-là est plongée dans le sommeil. Nous extrayons ce qui suit d’un petit opuscule intitulé : Histoire des songes célèbres qui se sont réalisés. 

Un savant de Dijon s’était fatigué tout le jour sur un passage difficile d’un poète grec, sans y pouvoir rien comprendre. Rebuté de l’inutilité de sa longue application, il se couche, son chagrin l’endort. Comme il est dans le fort du sommeil, son génie le transporte en esprit à Stockholm, l’introduit dans le palais de la reine Christine, le conduit dans sa bibliothèque. Il suit des yeux tous les livres et les regarde. Etant tombé sur un petit volume dont le titre lui paraît nouveau, il l’ouvre, et, après avoir feuilleté dix ou douze pages, il y aperçoit dix vers grecs dont la lecture lève entièrement la difficulté qui l’a si longtemps occupé.

La joie qu’il ressent à cette découverte l’éveille, son imagination est si remplie de cette poésie grecque, qu’elle lui revient et qu’il la répète sans cesse; il ne veut pas l’oublier, et, pour cela, il bat le briquet, et avec le secours de sa plume, il soulage sa mémoire sur le papier; après quoi il tâche de rattraper son sommeil. Le lendemain, à son lever, il réfléchit sur son aventure nocturne, et la trouvant des plus extraordinaires, il se résout à la suivre jusqu’au bout. 

René Descartes était alors en Suède auprès de la reine, à qui il enseignait sa philosophie. Notre savant Dijonnais le connaissait de réputation, mais il avait plus de liaison avec M.Chanut, qui y était ambassadeur pour la France. C’est à ce dernier qu’il s’adressa pour faire tenir une de ses lettres à Descartes, et, pour l’engager à lui répondre, il le supplie de lui marquer précisément si la bibliothèque de la reine, son palais et la ville de Stockholm sont situés de telle manière; si sur une des tablettes de cette bibliothèque, et qui est dans le fond, il y a un livre de telle grosseur, de telle couverture, et avec tel titre sur la tranche; et enfin, si, dans ce livre, qu’il le conjure de lire exactement pour l’amour de lui, il n’y a pas dix vers grecs, tout semblables à ceux qu’il a mis au bas de sa lettre. 

Descartes, qui était d’une civilité sans pareille, satisfit bientôt notre savant, et lui dit que le plus habile ingénieur n’aurait pas mieux tiré le plan de Stockholm qu’il l’avait fait dans sa lettre; que le palais et la bibliothèque y étaient parfaitement bien dépeints; qu’il avait trouvé le livre en question sur la tablette désignée; qu’il y avait lus les vers grecs mentionnés; que ce livre était très rare, mais néanmoins qu’un de ses amis lui en avait promis un exemplaire qu’il enverrait en France par la première occasion; qu’il le suppliait d’agréer le présent qu’il lui en faisait d’avance, et de le garder comme une marque de l’estime particulière qu’il avait pour sa personne. 

Cette histoire est accréditée et il y a peu de gens de lettres qui l’aient ignorée. 

« La Vérité : journal du spiritisme. » Lyon, 1863.

Plus fort que la fable

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vieillardLe bon La Fontaine s’étonna jadis et nous transmit son étonnement qu’un vieillard, que les ans courbent vers la tombe, pût songer à planter un arbre. Notre distingué contemporain, M. Alfred Capus dont l’optimisme, est proverbial, aurait pu lui aussi dernièrement s’étonner bien plus que La Fontaine, sur le même sujet, mais il ne s’étonne de rien. 

Capus passe tous ses étés dans un riant village de Touraine, non loin de Vouvray. Cette saison, il reçut, en attendant d’être reçu par lui  (à l’Académie) un collègue en art dramatique, qui s’intéresse particulièrement aux mœurs paysannes. Dans leurs promenades matinales, les deux confrères s’arrêtaient souvent, avec curiosité, devant une chaumière basse, où une pauvre vieille toute tordue, toute racornie, s’occupait d’élever un corbeau.

Chaque jour, la vieille paraissait apporter un plus grand soin, à cette éducation. Rien ne parvenait à l’en distraire. L’académicien observait scrupuleusement ce manège, et, longtemps son regard suivait la vieille, courbée vers l’oiseau, lui parlant, lui donnant du pain, et jouant avec lui.

Un matin, comme l’animal égarait sur la route ses petits sauts claudicants, à cause de ses ailes coupées,  il manqua d’être écrasé par une auto. 

La vieille poussa un tel cri d’effroi que l’académicien s’approcha et lui demanda bienveillamment :

— Mais, enfin, ma pauvre femme, pourquoi tenez-vous tant à cette bête ? 
— Hé ! mon bon  môssieu, je sais-t-y, moué. On m’a dit que ça vivait cent ans, je veux m’ rendr’ compte par moué-même si ça serait pas encore une blague ed’ Parisien.

 Vous voyez, mon cher ami, murmura Capus, comme tout s’arrange dans la vie, et que cette vieille est bien plus optimiste que moi, ou tout au moins que ma réputation.

« La Semaine politique et littéraire de Paris. » Paris, 1912.
Illustration : Charles-Alexandre Coëssin de la Fosse.

La jeune fille qui se faisait passer pour un garçon 

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julien_dupréIl y a quelque temps, un jeune ouvrier agricole d’Escaudain, près de Valenciennes, connu sous le nom d’Yvon Leblon, tombait malade chez son patron, M. Caulliez.

Leblon avait fait une chute de vélo et la plaie s’était envenimée. Malgré les instances de ses compagnons le jeune homme ne voulait pas se laisser soigner. Le Dr Laurette vint examiner la plaie et prescrivit 15 jours de repos. Il voulut faire au blessé une piqûre antitétanique mais Yvon poussa les hauts cris quand il sut que la piqûre devait être faite à l’aine.

— Rien à faire, docteur, dit le valet. Je n’enlève pas mon pantalon pour une piqûre. Il y a huit jours, le dentiste m’a arraché une dent; il m’a fait une piqûre et j’ai eu la tête enflée pendant trois jours. Pour ce que ça réussit vos sérums !

Le docteur eut beau insister rien n’y fit. Yvon passa quinze jours de repos à la ferme. Son patron, un jour, le tourna en risée, en disant :

— Mais tu as des pieds de fille, mon garçon !
— Enlève donc ta veste et ton foulard, tu auras moins chaud ! raillèrent ses compagnons.

C’était en vain. Yvon Leblon était sur ce point intraitable, il « craignait le mal de gorge ».

Hier, lorsque, devant la gravité de son état, sa mère vint le rechercher, une discussion s’éleva et un ouvrier entendit la mère crier :

— Il faut que ça finisse. Je ne veux plus que tu te fasses passer pour un garçon.

Ce fut un trait de lumière pour tout le monde. L’ouvrier Yvon s’appelait en réalité Yvonne. La dernière lettre avait été grattée il y a deux ans sur la carte d’identité de la jeune fille, qui, solide comme un vrai garçon, avait imaginé cette substitution pour être engagée dans les fermes, à un salaire plus élevé.

Le plus piquant de l’histoire, c’est qu’une jeune fille de Lecelles s’était amourachée d’Yvon et qu’elle prétendait l’épouser.

« Le Journal. » Paris, 1933.
Peinture : Julien Dupré.

L’impôt au poids

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laurel_hardyQuel philosophe a partagé les hommes en deux camps rivaux ? D’un côté les gens gras, de l’autre, les gens maigres. Ils se mesurent du regard et sont prêts à s’entre-dévorer. Les maigres sont les plus redoutables, car ils sont les plus nombreux et ils ont besoin de manger.

C’est pourquoi, en Suède, d’éminents et faméliques économistes proposent un impôt à la fois ingénieux et productif : l’impôt au poids. Jusqu’à 60 kilos, le contribuable ne payerait rien; de 60 à 90 kilos, il payerait un droit proportionnel : au-dessus de 90 kilos, la taxe serait double.

L’idée a du bon. Sans la pousser à de fâcheuses extrémités, il serait politique d’en retenir le principe sinon la lettre. Qu’on appliqué des tarifs spéciaux aux hommes lourds et aux dames fortes partout où leur voisinage cause un véritable préjudice à de malheureux voyageurs : en omnibus, en chemin de fer, en métro.

Et ce sera justice. comme on dit au Palais.

« Le Journal du dimanche. » Paris, 1903.
Illustration : « Laurel et Hardy of Marseille. » photo DR.