La poule

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gaby.deslysAprès ses ennuis avec les autorités religieuses de Londres, Mlle Gaby Deslys vient de s’embarquer pour l’Amérique.

Elle ne voyage point seule. Elle est accompagnée de sa blanche amie, une gracieuse wyandotte. On a pu voir sur le quai de la gare l’une portant l’autre. Mlle Gaby Deslys, avec des soins infinis, tenait dans ses bras sa petite compagne. La petite wyandotte est et sera bien soignée, car on attend beaucoup d’elle. Elle doit pondre les œufs que gobera Mlle Gaby Deslys. 

 Je n’aime pas les œufs américains, dit Mlle Deslys. J’aurai ainsi sous la main une fabrique digne de ma confiance. 

Et la jolie danseuse couve du regard la petite poule étonnée.

« La Renaissance : politique, littéraire et artistique. » Paris, 1913.
Illustration : photo truquée (c’est honteux !).

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Concours de chiens 

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chien de policeNous venons d’avoir un concours de chiens de police. Très réussi. M. Clemenceau présidait, assisté de M. Lépine. Il faisait un temps tout à fait de circonstance : un temps de chien. Les bonnes bêtes nous ont donné des exemples admirables. A tel point que M. Clemenceau, ne trouvant pas de termes pour exprimer son admiration, ne leur a pas adressé de discours.

Songez donc ! Il y avait là des chiens français, allemands, suisses, belges, hollandais, et ils n!ont pas cherché un seul moment à s’entre-dévorer ! Quelle leçon pour les hommes ! On leur a fait une distribution de prix, médailles et diplômes, et il n’y a pas eu, parmi eux, la moindre protestation contre le jury : songez pourtant à ce qui se passe, tous les ans, aux concours du Conservatoire ! 

Cependant il faut bien constater, qu’une des épreuves du concours a laissé à désirer.  D’après le programme, l’on devait tendre aux concurrents des gâteaux, et les chiens ne devaient pas les prendre. Raté sur toute la ligne ! Il n’y a pas un chien qui ait hésité à happer le morceau, sans aucune espèce de pudeur. Mais, n’était-ce pas assez que les chiens se conduisissent en hommes, que dis-je ! bien mieux que des hommes ? Pourquoi exiger qu’ils se conduisent aussi en héros ? Or, je vous le demande, y a-t-il beaucoup d’hommes capables de refuser le gâteau qu’on leur offre,  même lorsque c’est un gâteau défendu ? Passons donc cette faiblesse à ces bons chiens, ils en ont tant à nous pardonner ! décrotteurEt ils nous rendent tant de services, n’est-ce pas ? Tenez, l’on a écrit des volumes sur  l’ingéniosité des chiens, mais j’en ai connu  un, moi, dont on n’a jamais parlé. C’était le chien (un mauvais cabot, aussi bon que laid) d’un décrotteur de Marseille. Il s’était fait pour son maître un rabatteur de clients. Son procédé était simple. Il se tenait, sur la Canebière, près d’un grand café très fréquenté. Dès qu’il voyait sortir un monsieur dont les bottines étaient propres, il y courait, et il s’arrangeait, comme par hasard, à lui salir les bottines en y passant ses pattes qu’il venait de mouiller dans le ruisseau. Le monsieur pestait, mais aussitôt un décrotteur était là, qui s’offrait à réparer le désastre. 

 Sale cabot ! grognait le client, en se faisant décrotter.
— Ne me parlez pas de ces vilaines bêtes ! répondait le décrotteur.  

Le chien, aux aguets, n’entendait rien à ces paroles, mais il voyait le regard que lui adressait son maître en dessous, et ce regard était sa récompense. 

Véranet.  « Ma revue. » Paris, 1908.
Illustration affiche. : « Concours de chiens de défense et de police » par Groulier, Bibliothèque municipale de Lyon.
Photo : décrotteur.

Le filet  miraculeux

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henry fondaEnfin, « les combinards » sont traqués par la Justice. Le nettoiement commence. Tel est le à propos qui circulait cette semaine dans le Palais surpris.

Chacun pensait : les honnêtes gens vont éprouver une sensation bien douce lorsque à leurs oreilles retentira cette étonnante nouvelle :  La Justice vient de naître, la Justice est vivante.  Il y eut aussitôt une animation inaccoutumée dans les couloirs : avocats et journalistes se précipitaient, questionnaient, voulaient savoir et ils apprenaient tout à coup, ô dérision, que la justice avait jeté en prison un petit ingénieur gagnant 1.500 francs par mois, attaché à une importante maison d’automobiles, coupable d’avoir fait bénéficier d’une commande un marchand d’outillage et d’avoir pour cela touché une rémunération.

Voilà, c’est tout. Ainsi, à sa naissance, la justice se mourait ! Que les honnêtes gens demeurent découragés : Topaze n’est pas abattu, la pratique des pots-de-vin continue et se développe. Des jouisseurs, des tarés poursuivent leur enrichissement en des affaires louches, et en cette société où la corruption s’étale, l’honnêteté fait sourire, quand elle ne fait pas pitié. Lorsque la justice donne un coup de filet dans la mare, les « gros » s’échappent à travers les mailles, si fines pourtant, et les « petits » restent : c’est un filet miraculeux.

L’humble ingénieur est pris, bien pris. Dans son malheur, il a une chance, il est défendu par Me Suzanne Grinberg dont le talent et l’expérience ne sont plus discutés. Lorsque le Tribunal apprendra de la bouche de l’éminente avocate tous les détails du procès, présumons qu’il n’infligera pas une peine exemplaire à cet inculpé sans envergure.

Celui-ci, un jour, est chargé de dessiner des outils dont sa maison a besoin. Il en confie l’exécution à un fabricant qu’il connaît, il obtient de son usine qu’un marché soit conclu. Le fabricant, pour le remercier, lui donne une somme d’argent, d’ailleurs modeste. Tels sont les faits.

Une loi du 16 février 1919 punit ces agissements. Le Tribunal, au moment où il se prononcera, voudra-t-il penser à ceux qu’on dénomme les « rois de la combine », à tous ces forbans qui sont impunis ? Si l’ingénieur est coupable d’avoir touché un pot-de-vin, combien plus coupables et plus méprisables sont ceux dont l’immense fortune n’est édifiée que sur les combinaisons les plus cyniques. Que le tribunal veuille bien ne pas oublier qu’il y a un grand nombre d’individus vulgaires et ignorants dont les richesses proviennent de pots-de-vin aux chiffres astronomiques et qui triomphent avec insolence, tandis que sur le banc de la correctionnelle pleure sur sa vie brisée un vaillant petit artisan de France.

« Marianne. » Paris, 1932.

Note historique sur la pomme de terre

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millet glaneusesCinquante ans auparavant, la pomme de terre, ce précieux tubercule si nécessaire dans l’art culinaire, était à peu près ignorée en France. Originaire de l’Amérique, la pomme de terre fut apportée en Europe vers le milieu du XVIe siècle.

Les Espagnols la trouvèrent cultivée dans le haut Pérou et la transportèrent dans leur pays. L’amiral anglais Walter Raleigh en rapporta de l’Amérique septentrionale en 1585.  A partir de cette époque, la pomme de terre se répandit dans toute l’Europe, non sans difficulté toutefois. Des préjugés absurdes empêchèrent longtemps, surtout en France, d’apprécier à leur juste valeur, les avantages qui devaient résulter de sa culture et ceux que l’art culinaire devait en retirer pour son propre usage. On disait, on croyait que l’usage de cette substance devait produire des maladies nombreuses. C’était même au dire de certains médecins, un aliment malsain, dangereux : le peuple le regardait comme un mets grossier à peine bon pour les bestiaux et se privait ainsi d’une ressource précieuse, sans avoir l’air de s’en douter. 

Les choses en étaient à ce point, vers la fin du XVIIIe siècle, lorsque l’incomparable philanthrope, le savant agronome Parmentier attaqua ces préjugés avec courage et persévérance : il en démontra la fausseté et lâcha par une suite de travaux théoriques et pratiques, de ramener à la culture de la pomme de terre. Et malgré les obstacles qu’il rencontra, les désagréments qu’il eut à endurer, comme il arrive d’ordinaire à ceux qui se dévouent au bien de la société, il eut le bonheur d’y parvenir, l’on dit même que pour mieux y réussir, il fit usage d’un tout singulier stratagème. 

Parmentier fit planter à ses frais des pommes de terre dans une assez vaste étendue de terrain : aux approches du mois de novembre, époque où l’on en fait la récolte, pour mieux montrer aux habitants quel prix il y attachait, il les fit garder pendant le jour par beaucoup de monde, et pendant la nuit il faisait retirer les gardes afin que dans l’obscurité ces mêmes habitants, qui étaient en observation, pussent librement, et comme s’ils y fussent tacitement autorisés, arracher de la terre ce fruit, s’en nourrir et en planter dans leurs champs, si cela leur était agréable. Ce que le philanthrope désirait, arriva, puisque dans la suite ces personnes aimèrent et cultivèrent la pomme de terre, toutes imbues qu’elles étaient auparavant du préjugé de l’époque.  

Parmentier fut encore assez heureux pour en faire agréer quelques magnifiques pièces à Louis XVI, ce protecteur éclairé de l’agriculture, qui se piquait aussi d’être un gourmet assez connaisseur. Le roi les admira, s’en fit apprêter et les ayant trouvées d’un goût fort agréable ordonna de lui en servir tous les jours. 

Grâces donc à la constance du célèbre Parmentier, depuis ce moment cette fécule fut mise au premier rang parmi les richesses agricoles de la France. La cour entière se fit un plaisir, un devoir même de suivre en cela l’impulsion donnée par le roi, en faisant usage comme lui de cet aliment, en le faisant varier sous mille formes de ragoûts et en le transformant même en beignets. 

L’enthousiasme pour les pommes de terre arriva à un tel point, que les dames de la cour, non seulement en mangeaient avec délice à tous leurs repas, mais encore plaçaient dans leurs parures des bouquets formés des feuilles et des fleurs de cette plante, et les merveilleux, les fashionables du temps, en portaient à la boutonnière de leurs habits brodés. 

Les résultats obtenus alors par cet ami de l’humanité furent si universellement reconnus et accueillis avec gratitude, que François de Neufchâteau  proposa d’appeler cette solanée la Parmentière

Honneur donc ! mille fois honneur à la mémoire de Parmentier, de cet homme qui, par la philanthropie et sa constance, donna la santé et l’aisance à des milliers de malheureux destinés à mourir de faim et de misère, procura aux gourmands un met délicieux et mérita la gratitude de ses semblables, riches ou pauvres. 

« La Gastronomie : revue de l’art culinaire ancien et moderne. » Paris, 1840
Peinture de Jean-François Millet.

Controverse  sur l’amour en Chine 

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chineVienne, 4 novembre. — L’Opéra représente actuellement un drame intitulé M. Wu. Le ministre de Chine dans la capitale autrichienne a protesté, contre certains épisodes de cette œuvre qui ne tiennent pas assez compte des véritables coutumes chinoises.

C’est ainsi qu’un mandarin tue sa fille parce qu’elle aime un Européen.

Le ministre de Chine dit que cette version est absolument contraire à la vérité, car une jeune Chinoise, en la circonstance, se tuerait elle-même.

« Le Journal. » Paris, 1935.

Molière et les pommes cuites

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comedie françaiseDans une édition des Caractères de 1845, au chapitre Ier, sous le titre : Des ouvrages de l’esprit, on lit cette opinion de La Bruyère que certains prétendent devoir s’appliquer à Molière. 

« Il réussit si mal la première fois qu’il parut à la tragédie d’Héraclius dont il faisait le principal personnage, qu’on lui jeta des pommes cuites qui se vendaient à la porte; et il fut obligé de quitter. Depuis ce temps-là, il n’a plus paru au sérieux et s est donné tout au comique, où il réussissait fort bien. » 

Taschereau, son meilleur biographe, dans son Histoire de la vie et des ouvrages de Molière (1825), réfute cette assertion; pourtant l’essentiel est de savoir si Molière, jouant dans Héraclius, reçut ou non des pommes cuites. 

Cela n’est peut-être pas invraisemblable. En effet, le Registre de La Grange, mentionne quatorze représentations d’Héraclius par la troupe de Molière, de 1659 à 1680, dont sept pour l’année 1661. La malheureuse représentation où Molière aurait subi un affront aussi outrageant ne serait-elle pas celle que La Grange cite, « ce samedi 18 mai 1659, avec une rentrée de 72 livres » ?

Molière, ce jour-là, n’avait touché, pour sa part de cette représentation d’Héraclius, que 3 livres.

« La Cité : revue de la Cité universitaire de Paris . » Paris, 1956.