Brèves lues

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Le violon de l’évasion

pierre_kropotkineLe prince Kropotkine, après de nombreuses années d’exil, vient de rentrer dans son pays, depuis la Révolution russe.

Sa vie fut fort mouvementée et il en a écrit la narration.

Il a ainsi raconté que l’une de ses nombreuses évasions lui fut facilitée par un violoniste qui lui donna le signal du départ « en jouant furieusement de son instrument« .

Depuis lors, le prince — ainsi qu’il l’avoue fréquemment — n’a jamais pu entendre jouer du violon sans éprouver une vive émotion.

Cela se comprend…

« Agence républicaine d’informations politiques, financières, économiques. » Paris, 21 juin 1917.

Hara-kiri

hara-kiriIl est de vieilles coutumes avec lesquelles un Japonais ne transigera jamais. C’est ainsi que le suicide est considéré au pays du Mikado, comme un geste honorable.

Le capitaine Zardern, officier d’artillerie à Fuquoka, s’est suicide le 1er mars dernier. Sa femme ayant été assassinée le 25 février, le capitaine Zardern, ainsi qu’il l’a expliqué dans une lettre, a dû se donner la mort pour obéir à l’une des clauses de son contrat de mariage qui disait qu’en cas de mort de l’un des deux époux, l’autre devrait se suicider.

Contre les excès de vitesse

auto_martiniUn ingénieur américain vient de faire patenter une invention susceptible de remédier aux excès de vitesse.

Lorsque la voiture fait du 25 à l’heure une lampe blanche s’allume devant lui. Lorsqu’il fait du 50 c’est le tour d’une lampe verte. A 60 une lampe rouge succède à celle-ci. Enfin, s’il arrive à 80 une boite à musique placée sous le siège fait entendre l’air de l’hymne commençant par ces mots : Plus près de toi mon Dieu.

Une nouvelle prophétie

tintinVoici encore une nouvelle prophétie qui, comme tant d’autres qui ont fait faillite, prétend indiquer la date où prendra fin la guerre.

Le sorcier qui la lance est fort connu dans les journaux britanniques sous le pseudonyme de  Zodiac. C‘est dire qu’il vaticine d’après les astres et extrait de leur observation des « certitudes émouvantes ». A l’entendre, le dernier coup de fusil sera tiré en octobre prochain et six mois plus tard la paix sera définitivement signée.

Le Kaiser — toujours d’après notre astronome — n’attendra pas qu’on le dépose. II fera ses malles et fuira en sous-marin jusque dans l’Amérique du Sud. Quant au Kronprinz il continuera à se griser de ses rêves de domination mondiale et mourra assassiné en l’an de grâce 1931 dans des circonstances désolantes pour son prestige déjà bien entamé.

Et voilà !

« Agence républicaine d’informations politiques, financières, économiques. » Paris, 23 juin 1917.

La semaine anglaise

travailleusesLa semaine anglaise dont l’application est devenue obligatoire en France pour les industries du vêtement, est née dans son pays d’une initiative privée.

En 1842, une société The Earty Closing association se fonda afin d’assurer un après-midi de liberté, en plus du dimanche, à chaque employé de bureau. Elle essaya d’y parvenir, comme il arrive souvent en Angleterre, par des moyens volontaires. Ces efforts ne réussirent qu’à moitié, mais, dès 1875, la plupart des grands magasins — en particulier les maisons de nouveautés — avaient, de leur propre initiative, accordé à leur personnel la fermeture du samedi à partir de 2 heures.

Sir John Lubbock tenta ensuite d’obtenir de la législation le résultat que les efforts populaires n’avaient pu complètement réaliser. Finalement, en 1913, fut promulgué l’acte établissant une heure obligatoire pour la fermeture des magasins. Cette loi que Winston Churchill fit accepter à la Chambre des Communes a donné raison à l’opinion publique  en régularisant la « semaine anglaise » qui était adoptée, depuis de nombreuses années, non seulement à Londres, mais dans toutes les villes, grandes ou petites, du Royaume Uni. 

En France… C’est vrai. En France il est de tradition d’opérer avec lenteur. Comme si ce qui est bon à l’étranger serait détestable dans notre pays où trop souvent les intérêts particuliers ont le pas sur l’intérêt général. Les ouvrières parisiennes ont prouvé dernièrement qu’il n’est pas si difficile de mettre fin aux errements routiniers.

« Agence républicaine d’informations politiques, financières, économiques. » Paris, 25 juin 1917.

Instinct maternel

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vipereLa vipère inspire trop de répugnance pour qu’on songe jamais à la choisir pour emblème de l’amour maternel. Il n’est pas douteux, pourtant, qu’elle se sacrifie à l’occasion pour la défense de sa couvée. Dans une nouvelle édition de ses Merveilles de l’instinct, M. Garratt en cite l’exemple que voici :

Un promeneur apercevant, étendue sur un banc bordant la route, une grosse vipère se chauffant au soleil, s’en approcha dans l’intention de la frapper de sa canne. Celle-ci, en le voyant, leva un peu la tête, fit entendre un léger sifflement et demeura la bouche ouverte. Ce signal fut compris de ses quatre petits, qui s’engouffreront aussitôt dans cette ouverture béante. Mais l’infortuné reptile fut victime de sa sollicitude maternelle, car elle retarda sa fuite, et la canne du promeneur s’abattit sur elle avant qu’elle ait pu faire un mouvement de retraite.

Inquiet de savoir ce qu’étaient devenus les petits, notre homme ouvrit la vipère, et les quatre vipériaux s’en échappèrent vivants, frétillant et se tortillant, comme s’ils ne savaient où aller ni que faire.

Que les serpents, vipères et autres reptiles offrent à leurs petits un abri temporaire contre le danger dans leur propre corps, ce n’est pas la première fois que nous l’entendons dire, mais avec une expression de doute équivalant presque à une absolue négation. M. Garratt en doutait probablement lui-même, car il a accumulé les exemples les mieux prouvés, d’où il résulte que, dans la plupart des cas, la malheureuse mère est victime de son dévouement à sa progéniture, à cause du délai qu’exige toujours l’emmagasinement de celle-ci.

« La Science : journal hebdomadaire. » Paris, 1 décembre 1887.

Instant d’amour

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2723 fiancés pour une demoiselle

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prétendantsL’Amérique est le pays des choses étonnantes. Après les rois de l’acier, du pétrole, des chemins de fer, l’agent matrimonial Edward Scott, de Chicago, aurait le droit de s’appeler le roi des marieurs. Qu’on en juge :

Une demoiselle d Boston, miss Mulier, possédant la jolie dot de 18 millions, avait chargé l’agence de lui trouver un mari. On devine aisément que les candidats ne firent pas défaut. Bien au contraire, lorsqu’il se fut agi de les présenter à la jeune Américaine, leur nombre atteignait le chiffre fantastique de 2723. Et miss Mulier déclara qu’elle voulait les voir avant de se décider.

Si vastes que fussent les locaux de l’agence, il était difficile d’y réunir ce peuple d’aspirants aux joies matrimoniales. On tourna la difficulté comme suit :

Les prétendants à la main de miss Mulier furent invités à se trouver un certain jour et à une heure déterminés sur les bords du lac Michigan. Ils furent placés en ligne et la jeune personne passa la revue de ce singulier régiment.

Jamais on n’avait encore vu cela à Chicago.

Le choix de la riche prétendue s’arrêta sur un jeune clerc (employé de bureau) de Saint-Louis, M. Harry Watson, et quelque temps après le mariage était célébré en grande pompe.

« La Jeunesse moderne. » Paris, 22 octobre 1904.

Deux articles

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Curieuse expérience

crapaudOn sait combien longtemps un crapaud peut vivre sans manger. Une curieuse expérience vient encore d’être faite à ce sujet.

Il y a sept ans, le 15 janvier 1870, un naturaliste, M. Margelidet, a enfermé un crapaud au fond d’une cavité pratiquée dans une pierre, puis il a rebouché la cavité et serré le tout.

Hier, la cavité a été débouchée au Muséum d’histoire naturelle.

Le crapaud était vivant, mais dans une grande somnolence dont il n’est pas encore sorti. Il a été jusqu’à présent impossible de faire prendre aucune nourriture à cet extraordinaire animal.

« Journal de Fourmies. » Fourmies, 11 mars 1877.

Transfusion du sang

transfusion_sangUne intéressante opération chirurgicale vient d’avoir lieu à l’hôpital Beaujon. Elle a été pratiquée par M. le docteur Terrier.

Il s’agissait d’une transfusion du sang, chose assez rare. Par le moyen employé, l’habile chirurgien espère sauver la vie il une femme tombée à la suite de couches laborieuses dans le plus complet épuisement. Un interne n’a pas hésité à donner son sang pour la malheureuse femme. Le sang a été introduit immédiatement, au moyen d’un appareil spécial, dans les veines de la malade. A la suite de son acte de dévouement, l’interne a dû garder le lit. Sa situation n’inspire pas d’inquiétude, mais il est d’une grande faiblesse qui persistera encore quelque temps, selon toute probabilité.

La malade saura-t-elle gré à son sauveur du sacrifice qu’ il lui a fait ? Hélas ! trop souvent les médecins sont bien mal récompensés de leur zèle et de leurs soins; nous en avons chaque jour l’exemple.

Les premières tentatives de transfusion du sang furent faites au dix-septième siècle. Elles ne réussirent pas tout d’abord, parce qu’on injectait à la personne malade du sang d’animal. Or, l’expérience a prouvé que l’opération pour réussir doit nécessairement être faite d’homme à homme. Les essais heureux de M. Béhier à Paris, et de M. Roussel en Russie ont démontré qu’une opération faite dans ces conditions avait de grandes chances de succès.

L’opération consiste à faire à un homme de bonne volonté une saignée ordinaire d’au moins cinq cents grammes, à recueillir avec un entonnoir le sang qui s’écoule ensuite dans une seringue graduée, placée dans un vase plein d’eau à 34°, c’est-à-dire à la température du corps humain. On injecte le sang ainsi recueilli avec lenteur et précaution, dans une des veines du bras du malade que l’on a préalablement ouverte.

Telle est, à quelques détails près, l’opération que vient de faire M. Terrier à l’hôpital Beaujon.

« Journal de Fourmies. » Fourmies, 6 mai 1877.

Le « chez soi » inconnu

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neuchatelIl n’est pas de jour où l’on n’entende, à Lausanne, par exemple, des personnes demander où se trouvent l’avenue F.-C. de la Harpe, l’avenue Dickens, l’avenue Gleyre, l’avenue Druey, l’avenue Eugène Rambert, ou telle et telle avenue nouvelle, où déjà, sans doute, elles auront passé cent fois sans en connaître le nom. Et il est non moins fréquent que la personne interrogée ne puisse répondre à la question.

Il est de fait que pour louable que soit l’usage, généralement admis, d’honorer la mémoire des grands citoyens en donnant leur nom aux rues ou avenues de nos cités, ce système laisse fort à désirer au point de vue pratique, qui en telle occurrence est bien un peu à considérer.

Cette question du baptême des rues a déjà donné lieu, partout, à de longues discussions. Elle n’est pas encore résolue et ne le sera probablement pas de sitôt.  A Paris, lors de la chute du premier empire, on discuta longuement la « débaptisation » de nombre de rues qui portaient des noms rappelant trop le régime déchu et ses cruelles conséquences. Au nombre des propositions présentées à ce sujet, il en est une assez originale.

Un savant, M. Bouillier, avait imaginé un ensemble de dénominations méthodiques auxquelles l’esprit de parti était absolument étranger. Ce système, emprunté à la géographie de la France, aurait été applicable non-seulement à Paris, mais à toutes les villes du pays. Voici, en résumé, le projet de M. Bouillier :

« Les départements du Sud devaient être mentionnés sur les plaques municipales au sud de la ville, ceux du Nord au nord, ceux de l’Ouest à l’ouest, etc. Les chefs-lieux de département donnaient leur noms aux rues principales, les chefs-lieux d’arrondissement aux voies moins importantes, les chefs-lieux de canton aux rues plus étroites, etc. Et toujours le nom du département devait accompagner celui de la ville qui en faisait partie, de sorte que chaque passant aurait pu apprendre à se remettre en mémoire la géographie de la France. »

Le système de M. Bouillier se complétait par l’innovation suivante : une boussole et une carte auraient tenu lieu d’indicateur, et, la nuit, il aurait suffi au passant en quête de son chemin de lever les yeux au ciel pour être renseigné sur la direction à prendre.

Mais voilà, M. Bouillier n’avait pas pensé aux nuits sans étoiles.

« Conteur Vaudois« . Lausanne, 15 août 1908.

Bons et mauvais cygnes

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george_bellowsUne jeune fille d’Issy-les-Moulineaux, qui s’appelait Mlle Fernande, passait un matin sur le viaduc d’Auteuil lorsqu’elle aperçut un volatile important autant qu’immaculé. « Oh! la belle oie, pensa-t-elle ! » Mais non ! l’oiseau qui se dandinait et ployait son col avec grâce était un cygne.

Elle comprit en l’admirant comment un aussi bel oiseau avait pu séduire une femme célèbre dans l’histoire, une certaine Léda, que les peintres représentent en maints tableaux. Et cependant elle ne fut point séduite et ne s’agenouilla point. Elle prit dans ses bras le beau cygne qui poussa quelques gloussements et ne se fâcha point, heureux peut-être d’avoir vu le viaduc d’Auteuil et d’être transporté gratis. Il pénétra avec dignité dans la fourrière où Mlle Fernande le mena, rue de Dantzig.

Le personnel des lieux l’informa que l’établissement, réservé aux chiens et aux chats, ne pouvait accueillir ce nouveau pensionnaire et que les animaux errants des autres espèces devaient se « présenter » à la fourrière de la rue de Pontoise. Et là, les employés téléphonèrent au Bois de Boulogne, au Jardin d’acclimatation et peut-être même au Parc Montsouris. Partout, les groupes de cygnes répondirent au complet à l’appel, et cela fit dire au personnel de la rue de Pontoise, avec le sourire qui accompagne d’ordinaire les calembours : « Mademoiselle, vous avez de la chance, c est un bon cygne ! »

La jeune Fernande repartit avec son cygne et nul ne sait ce qu’ils sont devenus.

2_cygnesTous les cygnes sont beaux. Leconte de l’Isle décrivit leur splendeur dans un poème inoubliable, ce qui explique qu’on oblige les lycéens à l ‘apprendre par cœur.

Tous les cygnes ne sont pas doux. Un antiquaire, bien connu, aimait à aller au Bois de Boulogne pour offrir à son chien, un berger allemand, une promenade autour du lac. Un matin, alors que l’antiquaire humait l’air et considérait le ciel d’un vert léger, il négligea un instant de surveiller son chien. Or, celui-ci était tombé en arrêt devant un cygne. Le cygne attaqua.

Le chien, en état de légitime défense, lui tordit le cou.

Cinq cygnes qui voguaient au loin, majestueux comme des navires et présomptueux comme des mousquetaires, accoururent pour venger leur frère. Tous périrent. Trois canards qui faisaient les badauds dans cet endroit eurent aussi de la dent du chien, jusqu’au trépas.

L’antiquaire reçut en récompense un procès-verbal et le garde du Bois y ajouta la facture
des bêtes mortes, six cygnes, soit 30.000 francs.

Les canards n’en sont pas revenus.

Tristan Lenoir. « Almanach des coopérateurs. » Limoges, 1926.
Peinture : George Bellows.