Les nouveaux fiacres électriques 

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fiacre_électriqueDepuis longtemps déjà la question d’automobilisme appliquée aux fiacres est à l’ordre du jour. On en parlé un peu partout, mais les difficultés à vaincre étaient nombreuses et demandaient une étude sérieuse et compliquée. Ces études sont terminées, les difficultés résolues, ou à peu près, et, dans un temps qui n’est pas très éloigné, nous allons voir circuler les nouvelles voitures.

Le modèle adopté par la Compagnie générale des voitures à Paris n’est pas encore définitivement arrêté, mais on croit que ce sera un landau se découvrant et se fermant à volonté, suivant la saison. La nouvelle voiture serait légère, agréable à l’œil, et irréprochable au point de vue du confortable.

La force employée serait l’électricité. Chaque voiture pourrait emmagasiner un courant électrique permettant une circulation de 80 kilomètres, chiffre représentant le maximum de circulation quotidienne de la voiture. Le chargement des batteries se fera d’avance. Des dépôts seront établis qui permettront aux conducteurs de voitures de remplacer les accumulateurs suivant les besoins. 

Ces dépôts seront mis à la disposition des petits loueurs, ce qui leur permettra de remplacer la traction animale par la traction électrique. 

Espérons que les différentes compagnies profiteront de cette transformation pour diminuer le prix des courses, ou bien, ce qui serait plus logique, de fractionner le prix de la course et de l’heure. 

« L’Aurore : littéraire, artistique, sociale. » Paris, 1897.

Le procès du jambon de Dunmow

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flitch_of_baconIl est une vieille coutume dans le comté d’Essex, en Angleterre, qui donne lieu chaque année à une amusante cérémonie connue sous le nom de « Procès du Jambon de Dunmow ».

D’après une tradition locale immémoriale, tout homme et toute femme légitimement mariés depuis un an et un jour au moins, s’ils peuvent jurer avec témoins et preuves à l’appui ne s’être jamais querellés, ni avoir à aucun moment de leur existence commune, regretté leur union ou même désiré secrètement quelque autre conjoint, auraient droit à un énorme jambon qui leur est offert avec tous les honneurs dus à un mérite si rare.

Ainsi donc à l’approche du solstice d’été les couples mariés de la région et des districts voisins sont invités à faire leur examen de conscience, et à décider, pour eux-mêmes d’abord, si pendant un an et un jour ils ne se sont jamais querellés. Les rares ménages qui arrivent à être satisfaits pour eux-mêmes de cette première épreuve — qui a du moins l’avantage de ne pas être publique — doivent alors notifier la perfection de leur vie conjugale et postuler le jambon de Dunmow huit jours avant le procès public. De toutes les parties du royaume, les « pèlerins », comme on appelle les candidats au jambon, accourent alors pour subir l’épreuve du procès. Au jour fixé, un jury spécial composé d’ordinaire « de six vierges et de six célibataires » et présidé par un juge de fortune, est chargé de se prononcer sur le mérite des candidats, pendant que des avocats d’occasion présentent le pour et le contre de leurs réclamations.

La coutume veut que les postulants subissent d’abord un interrogatoire sévère du juge à la maison communale; puis le cortège se forme, précédé du héraut et composé des miliciens à cheval portant les bannières ou sont écrits en lettres d’or les noms de tous les « pèlerins » ayant obtenu le fitch of bacon depuis le treizième siècle, des membres du jury, des avocats, du crieur public, des candidats, et enfin de solides pages exposant aux regards admiratifs du peuple le fameux jambon suspendu sur quatre longues perches. Aussitôt que le cortège arrive à la place publique, le procès commence. Les avocats des candidats font de leur mieux pour prouver les mérites de leurs clients pendant que ceux de la défense inventent toute espèce d’embûches pour faire tomber les candidats et sauver le jambon. Il est d’ailleurs d’habitude d’inviter de hautes personnalités du monde politique et littéraire à prendre part à ces débats, ce qui leur donne un relief aussi amusant qu’inattendu, et ce qui permet de spirituelles passes d’armes.

Finalement le jambon est adjugé à l’heureux couple qui pendant un an et un jour ne se querella jamais et ne regretta jamais son sort. Les candidats malheureux reçoivent chacun un quartier de jambon comme prix de consolation.

Certains, historiens font remonter l’origine de cette bizarre coutume aux moines du fameux prieuré de Dunmow, fondé en 1104, par Lady Juga, et rasé plus tard par Henry VIII, lors du triomphe définitif de la Réforme. D’autres en attribuent la paternité à Lord Robert, seigneur de Dunmow, célèbre pour ses prodigalités, sa générosité et son courage. Lord Robert était d’ailleurs surnommé Maréchal de l’armée de Dieu et de la Sainte Eglise, pour avoir aidé les barons anglais à battre le roi John dans les plaines de Runnymede en 1215, et à lui arracher la Magna Carta qui est la base de toutes les libertés britanniques. Mais ou ne sut jamais si Lord Robert institua ce prix par gratitude envers une compagne fidèle ou par vengeance posthume de ses déboires conjugaux !

Dans tous les cas, les conditions du concours devaient être bien difficiles pour nos ancêtres du moyen âge; car les chroniques de l’époque révèlent que depuis le règne du roi Jean jusque la Réforme, le jambon de Dunmow ne fut attribué que trois fois, comme s’il n’y avait pas plus d un exemple par siècle de parfaite félicité conjugale. Mais cet antique usage connut bientôt une renaissance, et pendant ces dernières décades surtout le « Procès du Jambon de Dunmow » jouit d’une popularité grandissante qui peut être considérée comme la consécration des vertus familiales qu’il exalte.

Cette année, le jambon a été adjugé au maître d’école Hend.

« Chantecler. » Tananarive, 1931.
Peinture : Robert Alexander Hillingford.

Monsieur Clemenceau saisi par le fisc

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clémenceau_georges_idaGeorges Clemenceau ayant reçu, il y a quelque temps, une sommation d’avoir à payer 300 fr. pour majoration d’impôts non payés, alla trouver le percepteur à qui il demanda des  explications. 

Le percepteur, sur un ton fort peu gracieux, déclara à l’illustre homme d’Etat que, n’ayant pas payé ses impôts en temps voulu, il devait payer la majoration. Clemenceau fit observer qu’il n’avait jusque-là reçu aucun avis régulier d’avoir à payer ses impôts et il ajouta :

 J’admets que vous n’ayez pas eu le temps de me l’envoyer, mais en tout cas l’erreur n’est pas mon fait.  

A quoi le percepteur répondit textuellement :

 Nous n’en sortirions pas, si nous nous mettions à envoyer des avis à tout le monde !  

La patience de celui à qui la France doit la victoire commença à se lasser et il signifia au personnage qu’il ne paierait pas les 300 fr. indûment réclamés. A partir de ce moment, les avis et les sommations plurent littéralement rue Franklin. Clemenceau ne bougea pas, voulant voir jusqu’où irait le fisc.  

Le fisc alla jusqu’au bout et en fin de compte un ordre de saisie fut lancé. Un huissier se présenta au domicile de Georges Clemenceau et saisit un meuble valant la somme réclamée par le fisc, meuble que Clemenceau racheta devant sa porte.

Illustration : Georges & Ida Clemenceau.

Mariage et réclame

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publicUne réclame, aussi habile que gracieuse, a fait récemment le succès d’un théâtre américain.

Un journal annonçait qu’une jeune fille très belle et très riche demandait un mari avec ou sans fortune, mais élégant et de caractère doux. La jeune miss serait tous les soirs au See Theater et elle priait les prétendants de s’y trouver également pendant un mois, pour qu’elle pût choisir « dans le tas ». 

Le jour même où parut cet avis, la salle de spectacle s’emplit en un clin d’œil d’une foule d’hommes jeunes et vieux, beaux et laids, mais tous bien mis, soigneusement gantés. On refusa du monde. 

Le directeur fit salle comble pendant un mois.

« Ma revue. » Paris, 1907.

Mme Snowden et Mussolini

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ethel_snowdenRécemment, Mussolini donnait son opinion sur les femmes dans un article du Sunday Dispatch. Tout en rendant hommage à leur beauté, à leurs qualités morales, à leur rôle éminent dans la famille, il leur conseilla franchement de rester au foyer et de laisser la politique aux hommes : 

Les femmes, dit-il, sont capables d’imiter, mais non de créer. Même dans la mode, ce ne sont pas elles, mais les hommes, qui dessinent les modèles. Et il en est de même en  politique. Au Parlement, elles ne savent qu’intriguer et colporter des potins. On ne peut pas leur confier l’avenir de l’humanité, etc., etc.

Le Duce parlait- évidemment en vrai Latin. Mais les Anglaises, qui sont électrices et éligibles et qui, depuis la nouvelle  loi, dirigent en fait les destinées de l’Empire britannique, ont été indignées par ce langage « réactionnaire ». Prenant la défense de ses sœurs, outragées, Mme Snowden répliqua vigoureusement au dictateur : 

Les arguments de M. Mussolini, dit-elle, ne tiennent pas debout. A la Chambre des  Communes, il n’y a pas un homme qui oserait dire que les femmes députés s’entendent moins à la politique que les hommes. Presque tous les grands hommes doivent leurs succès aux femmes. Il est faux d’ailleurs que la femme n’ait rien créé dans les domaines de la science et de l’art. Naturellement, son principal devoir est de mettre au monde et d’élever ses enfants, mais c’est précisément à cause de son amour pour le foyer et les enfants que la femme s’intéresse à la politique.

La femme du chancelier de l’Echiquier, qui est la fidèle collaboratrice de son mari et pour laquelle même le plan Young n’a pas de secrets, s’écrie en terminant : 

Le temps est passé, signor Mussolini, où les maris tenaient leur femme entre quatre  murs. Il est passé et il ne reviendra pas !

Certainement, le Duce a fait un pas de clerc. Toute l’opinion publique anglaise lui donne tort et applaudit Ethel Snowden…

« L’Européen : hebdomadaire économique, artistique et littéraire. » Paris, 1930.

La Vénus de Milo est moche…

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venus_de_miloVous avez vu, n’est-ce-pas, au Louvre, la Vénus de Milo ? Mais vous ne l’avez pas vue certainement comme le professeur Karl Hasse de Breslau. 

D’après lui, le profil droit et le profil gauche de la célèbre Vénus n’auraient pas les mêmes proportions. La bouche, les lèvres et le menton sont seuls semblables. Mais l’oreille gauche est plantée plus haut que l’oreille droite. La moitié gauche du crâne est plus large que l’autre. Les yeux sont irréguliers et le gauche plus haut et plus rapproché du nez que le droit. 

Que dites-vous de cette Vénus ainsi détaillée et rendue presque laide ? Comment se fait-il qu’on ne s’en soit pas encore aperçu ? 

Tout simplement parce que cela se passe ainsi, paraît-il, dans la nature et que l’habitude de voir des crânes aussi irréguliers, nous empêche de remarquer les mêmes défauts dans les statues. 

« Les Annales politiques et littéraires. » Paris, 1887.

Hospices pour les animaux

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indeLa Société asiatique de Londres a reçu sur ce sujet des détails étendus et authentiques qui lui ont été communiqués par M. Burns, officier de l’armée de Bombay. En voici quelques particularités, sur lesquels son témoignage ne laisse aucun doute. 

L’hospice fondé à Surate par les Banians contenait, en 1825, un grand nombre d’animaux; il s’y trouvait surtout beaucoup de vaches et de buffles infirmes; mais il y avait aussi des moutons, des chèvres, des coqs, des poules malades. Il n’y a point d’exception dans l’admission des espèces animales, et on les reçoit toutes, quel que soit leur nombre et le lieu d’où elles viennent. A l’entrée de l’établissement est une maison de bois, longue de vingt-cinq pieds, et ayant un plancher à huit pieds du sol. C’est dans cet endroit que l’on nourrit avec du grain une immense quantité d’insectes comprenant toutes les espèces qui habitent ordinairement les plus misérables demeures. Le nombre en est si grand, qu’en jetant les yeux dans ce hideux réceptacle, on ne peut rien voir de la nourriture qu’on y jette, et qu’on ne distingue autre chose qu’une vaste masse informe et animée. 

M. Burns atteste que des hospices semblables existent dans toutes les grandes villes de la région occidentale de l’Inde, et il nomme, entre autres, la cité d’Ariar, dans le Cutch, où il vit un hôpital de rats contenant 5,000 de ces animaux, nourris régulièrement avec de la farine. 

« Archives curieuses, ou Singularités, curiosités et anecdotes de la littérature. » Paris, 1831.