A toi Charles Quint ! 

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charles quintLe puissant monarque s’était figuré aller plus loin que tous les autres humains en assistant lui-même à son enterrement dans le monastère de Saint-Just.

Il vient d’être battu par M. Paul Turon de Teschen, dans la Silésie autrichienne, qui a  chanté à son propre enterrement. Et où il est encore plus fort que Charles Quint, c’est qu’il était réellement mort, c’est qu’il était étendu et cloué pour de bon dans sa bière.

Mais il avait laissé un rouleau de phonographe, dans lequel, de sa noble voix de baryton, il avait chanté le Requiem; et c’est ce rouleau de phonographe qu’on a entendu à son enterrement.

Je ne sais pas si c’est liturgique; mais le phonographe n’envahit-il pas tout ?

« Touche-à-tout. » Paris, 1904.
Peinture : portrait de Charles Quint de Rubens.

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Rory Gallagher

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Stratagème

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john daltonTout le monde sait ce qu’est le daltonisme ou la cécité des couleurs, de la couleur rouge, particulièrement. On assure que le vingtième des hommes est, dans nos pays civilisés, atteint de cette affection bizarre et qui, en certains cas, par exemple chez les marins, chez les employés de chemins de fer, peut devenir plus que fâcheuse.

Le daltonisme fut étudié et décrit par le savant professeur de Manchester John Dalton, à la fin du XVIIIe siècle. Or, Dalton (peu de personnes s’en doutent peut-être) était daltonien. On conte à ce sujet une anecdote plaisante :

John Dalton devait (récompense suprême !) être reçu à la Cour par le roi George III. Etant quaker, il refusa de porter l’épée qu’exige le protocole dans ces sortes de cérémonies. Un quaker, en effet, ne saurait ceindre une arme destinée à verser le sang humain. Le monarque bienveillant autorisa alors le célèbre chimiste à se présenter sous la robe de docteur. Mais la dite robe est rouge et les quakers ont en horreur tout ce qui rappelle la couleur du sang.

Comment faire ? L’on se souvint que Dalton était daltonien. On lui passa la robe écarlate en lui affirmant qu’elle était vert-bouteille et le pauvre grand homme traversa les salons de Buckingham Palace, drapé majestueusement dans les plis de son pacifique costume.

Il n’y a que la foi qui sauve !

« L’Impartial. » Djidjelli, 1910.
Peinture de Thomas Phillips.

En toute simplicité

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Antoine Claire Thibaudeau

 

Un ami d’Antoine Claire Thibaudeau racontait sa mort devant Alexandre Dumas fils.

 Il s’est assis, disait-il, il a tourné la tête; il a ôté ses lunettes, et il est mort.
— Il a ôté ses lunettes, reprit Dumas; au moins il ne s’est pas vu mourir.

Le lion

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lion

Le lion est le plus puissant des carnassiers : sa tête énorme est couverte d’une épaisse crinière mal peignée qui retombe sur ses épaules. 

Son regard est imposant et son rugissement effroyable fait trembler ceux qui l’entendent.

 

roi

Le lion est appelé le roi des animaux. Habituellement, lorsqu’un souverain parcourt ses Etats, la population entière accourt sur son passage. Au contraire, lorsque le lion se promène dans son royaume, tous ses sujets les animaux se sauvent bien vite, de peur d’être dévorés. 

fuite

L’homme en fait généralement autant et n’ose braver le lion que lorsque de solides barreaux de fer le séparent de lui.

cage lion

« L’arche de Noé. » Texte et dessins de André Hellé. Paris, 1925.

Comment ça va-t-il ?

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pendaisonOn lit dans le Courrier des Etats-Unis, sous la date du 7 janvier : William Woolley a été pendu hier à Freehold (New-Jersey).

Le condamné était pêcheur de son état. Marié, il vivait mal avec sa femme et entretenait des relations coupables avec celle d’un de ses camarades, nommé Hastson Fleming. Pendant la guerre civile, celui-ci s’engagea comme soldat. A son retour au foyer conjugal, il y trouva Woolley installé à sa place et le mit à la porte. Le soir de ce même jour, Fleming tombait mortellement frappé d’un coup de fusil que Woolley venait de lui tirer presque à bout portant. C’est à raison de ce meurtre qu’il avait été condamné à mort.

On nous signale un fait incroyable quis’est passé à l’exécution de William Woolley. Les petites filles de l’école avaient reçu congé pour pouvoir aller assister au supplice. Le spectacle, du reste, était universellement considéré comme une fête.

La foule qui entourait l’échafaud, loin d’être sous le coup de l’émotion anxieuse que l’on constate habituellement en pareil cas, était d’une gaieté folâtre. On échangeait des lazzis et des quolibets; on interpellait sur un ton grivois le shérif et le condamné; les éclats de rire se succédaient sans interruption; des jeunes gens glissaient en plaisantant autour de l’échafaud, et les boules de neige voltigeaient de tous côtés. Enfin, toute la population de Freehold était en liesse. On n’a pas souvent de distractions dans ce pays peu civilisé, et tout le monde profitait a l’envi de celle qui se présentait.

Si les assistants laissaient éclater naïvement leur joie, le patient, lui, paraissait et était en effet absolument indifférent à son sort. Pendant les derniers apprêts, il mâchait sa chique de tabac avec la même insouciance que s’il se fût trouvé dans son bateau.

Un de nos confrères qui l’avait visité la veille dans sa cellule, raconte ainsi l’entrevue :

— Comment ça va-t-il, oncle Bill ?
— Très bien, merci, et vous-même ?
— Etes-vous résigné à la mort ?
— Cette bêtise ! Est-ce que vous ne savez pas que tout le monde meurt un jour où l’autre ? Le plus tôt sera le mieux. Du reste, je suis fâché de ce que j’ai fait, et je ne l’aurais pas fait si je n’avais été ivre.
— Vous n’aviez donc pas prémédité votre crime ?
— Je vous déclare devant Dieu que je n’y ai pensé que quand c’était fini. Je n’en voulais pas à ce pauvre Hart, et je voudrais bien n’avoir jamais rien eu à démêler avec Mme Fleming.
— Allons, bonne nuit, oncle Bill. J’espère que ça ira bien demain matin.
— Bonne nuit, monsieur. Je fais le même souhait pour vous.

« Le Voleur illustré. » Paris, 1869.

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gravure grotteC’est quelque chose qui a de quoi en boucher un coin aux distingués raseurs acharnés à démontrer que ce qui relève du sex-appeal est le fait d’une civilisation à son déclin. Admettront-ils jamais que ce qu’ils blâment chez leurs contemporains date des origines de l’humanité pensante ? 

Les grottes préhistoriques de la Madeleine ne sont pas seulement décorées de rênes et d’aurochs. La figure humaine y a aussi sa place. Or, l’une de ces gravures néolithiques, photographiée par un collège de savants qui a reproduit la scène dans un ouvrage destiné aux plus graves bibliothèques, ne représente pas moins que la curiosité d’un mâle, couché dans l’herbe, et qui regarderait… Comment dire ?… comme sous les jupes d’une passante distraite. Seulement, voilà… il n’y a pas encore de jupe ! 

En 1935, on n’ose être plus précis… lorsqu’on n’a pas l’honneur d’occuper une chaire de faculté. Rien de nouveau sous… la lune !

« Mon Paris. Son visage et sa vie ardente. » Paris, 1935.