C’était avant

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Les (satanés) préjugés des Etats-Unis 

train-vapeurDans un article qu’il vient de publier aux Etats-Unis, M. Hoffman, vice président de la Studebaker Corporation, raconte que, dans une ville de l’Etat d’Ohio, il y a un siècle, exactement en 1828, on avait demandé le local de l’école pour tenir une réunion où serait discutée l’application de la vapeur aux chemins de fer.

La réponse fournie par la direction de l’école était, négative et disait textuellement :

« L’école est à votre disposition pour discuter toutes sortes de questions convenables, mais des affaires, comme celles des chemins de fer, sont absurdes. L’évangile n’a jamais parlé des chemins de fer. Or, si Dieu avait voulu que ses créatures raisonnables voyageassent à l’épouvantable vitesse de 15 milles à l’heure, il l’aurait annoncé par le moyen de ses saints prophètes. La vapeur est un artifice de Satan pour emporter les âmes immortelles en enfer ».

 « L’Écho de Bougie : journal politique, littéraire, commercial & agricole. » Algérie, 31 mai 1931.

Paris stupides

homme_ailesIl n’y a rien de plus stupide que les paris, certains surtout, qui poussent des espèces d’insensés à commettre les actions les plus sottes, les plus extravagantes.

Les parieurs sont toujours disposés à démontrer qu’ils sont plus malins que les autres ou du moins plus audacieux. Ils sont prêts à se jeter du haut de la tour Eiffel pour gagner cent sous en vous démontrant qu’ils n’ont pas peur du vide. On a vu des parieurs avaler douze demis de bière, dans l’espace que mettait une horloge à sonner les douze coups du midi. Au douzième coup, le parieur fait ordinairement explosion comme un pneu trop gonflé et aveugle ceux qui l’entourent, avec les « éclats » de la bière ingurgitée.

D’autres parieurs avalent des sabres, des briques, des tessons de bouteilles, mangent des grenouilles vivantes ou boivent du pétrole parce qu’ils l’ont vu faire à un prestidigitateur ou à un illusionniste à la foire.

Près de Fort de France, à la Martinique, un jeune homme, à la suite d’un pari, a tout récemment avalé un litre entier de rhum. Je ne sais pas ce qu’il espérait démontrer par cet exploit, sans doute que la bêtise humaine était insondable et sans limites. Naturellement, il en claqua, et c’est fort heureux. Il reste assez d’idiots sur la terre qui en serait vraiment trop encombrée, si de temps en temps, l’un deux n’avait la bonne idée de faire un pari qui en diminue les effectifs.

Charles VAL. « L’Écho de Bougie : journal politique, littéraire, commercial & agricole. » Algérie, 19 juillet 1931.

 La musique et l’électricité

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bayardIl y a quelques jours avait lieu une retraite aux flambeaux suivie d’une sérénade, pour une fête à Munich. Les musiques, clairons et tambours des régiments y prirent part. Le nombre total des exécutants était de six cents.

Le clou de la fête fut… la baguette lumineuse du chef d’orchestre… Cette baguette que d’aucuns purent croire enchantée, comme celle de Merlin, est creuse et renferme un tube de verre. Dans celui-ci se trouve un fil métallique, qui communique avec un accumulateur d’électricité placé sous l’estrade du chef de musique.

Au moment voulu, on établit le circuit électrique, et l’extrémité du fil devient lumineuse. De cette manière, la baguette se voit de loin, et le chef de musique peut donner la mesure à des centaines de musiciens.

L’électricité est décidément une fée universelle elle triomphe même dans le domaine musical.

« Le Monde artiste. » Paris, 14 décembre 1900.
Dessin de Bayard.

Croyez-vous au serpent de mer ?

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serpent_merDes pêcheurs de l’Afrique du Sud ont capturé dernièrement un étrange animal dont le corps, très long, est celui d’un reptile…

Si pareil fait s’était produit il y a trois quarts de siècle, sous le règne du bon roi Louis-Philippe, il eût mis l’opinion publique en effervescence. Car il parait qu’en ce temps-là, la moindre nouvelle relative aux apparitions du serpent de mer passionnait les foules. Aujourd’hui, le serpent de mer a beau reparaître ainsi de temps à autre dans les colonnes des journaux, il passe à peu près inaperçu.

Il semble bien pourtant que le serpent de mer n’est pas un mythe. Depuis un quart de siècle, un certain nombre de navigateurs, parmi lesquels plusieurs officiers de la marine française, parfaitement dignes de foi, ont signalé sa présence dans le Pacifique et dans la mer de Chine. On l’a vu plusieurs fois, notamment dans la baie d’Along. D’autre part, un savant anglais a relevé, dans les récits de voyageurs, 162 observations du serpent de mer,  depuis le début du XVIe siècle jusqu’à la fin du XIXe. Il faut bien admettre que, sur les 162 marins qui prétendirent avoir vu le monstre, dans cette période de 400 ans, il en est au moins quelques-uns qui n’avaient pas la berlue.

Enfin, la science elle-même ne met pas en doute l’existence du serpent de mer. Je me souviens qu’il y a quelques vingt-cinq ans, le serpent de mer, ayant manifesté sa présence dans je ne sais quel océan, j’allai demander au célèbre physiologiste Alfred Giard ce qu’il en pensait. A ma grande surprise, l’éminent savant me répondit :

Si le serpent de mer existe ?… Mais pourquoi pas ?… On a retrouvé dernièrement, en Afrique, un animal terrien, l’okapi, qu’on croyait disparu : pourquoi ne pourrait-on retrouver aussi le mosasaure ou l’ichtyosaure qui, s’ils existent encore, ne peuvent vivre qu’à de très grandes profondeurs et n’apparaître que rarement à ta surface ?

Et, depuis ce temps-là, tout comme un bourgeois de 1830, je crois à l’existence du serpent de mer. 

Jean Lecoq. « Le Petit journal. » 8 septembre 1927.

Pénibilité

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croque-mort

Nous avons dit, à cette même place, que les croque-morts — nous voulons dire les porteurs de pompes funèbres — avaient sollicité la carte de « travailleurs de force ».

Et l’administration, qui se complaît à ranger les gens par catégories, décida que les « porteurs et colporteurs de cercueils » recevraient la carte T1 ou T2 « selon qu’ils manipulaient une tonne par jour ou plus de trois tonnes… »

Mais qui peut déterminer exactement le poids manipulé par jour par ces braves employés des pompes funèbres ? Où le secrétaire général du Ravitaillement installera-t-il sa bascule officielle ?

« L’Aurore. » Paris, 22 juin 1947.

Jules Verne avait raison

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« Destination Moon » Irving Pichel, 1950

Jules Verne avait raison, dans quinze ans vous pourrez aller dans la Lune…

M Dautry vient de faire, à Londres, une brève mais importante déclaration, qui a retenu l’attention de toute la presse britannique, déclaration dans laquelle il a souligné que la France entrait désormais en jeu pour entreprendre des travaux gigantesques relatifs à l’utilisation de l’énergie atomique.

M. Dautry a même spécifié que nos savants pourront se livrer en toute quiétude à leurs dangereuses manipulations puisque c’est au cœur du Sahara que leurs recherches auront lieu. Cette information nous est particulièrement agréable, D’abord parce que nous sommes un peu loin du champ d’expérience — ce qui n’est pas à négliger lorsque l’on tient à sa bonne petite vie — ensuite parce que c’est un ministre de la Reconstruction et de l’Urbanisme qui annonce de telles nouvelles. Nous préférons certes que ce soit lui et non pas M. Diethelm qui nous parle de ces petits engins dont certaines villes japonaises ont récemment connu l’extrême douceur. M. Dautry a en effet déclaré :

« Notre premier souci sera d’utiliser la nouvelle énergie pour des fins industrielles et scientifiques. Son utilisation sur le plan militaire ne nous intéresse que très secondairement. »

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Hergé

Tant mieux ! Tous les êtres sensés doivent souhaiter que partout dans le monde il en soit ainsi… si l’on veut, bien entendu, que le monde existe encore pendant quelques années.

Il nous a semblé intéressant de rapprocher la « pacifique » déclaration de M. Dautry de l’interview du duc de Broglie parue il y a quelques jours dans un de nos confrères régionaux. Le grand physicien, membre de l’Institut et de l’Académie, terminait ainsi :

« Grâce à l’énergie atomique, nous pourrons bientôt aller dans la lune. Toutes les difficultés techniques sont maintenant vaincues; il ne s’agit plus que de mises au point, et je suis certain qu’avant quinze ans nous assisteront au premier voyage vers l’astre des nuits. »

De Cyrano à Jules Verne 

Le duc de Broglie, par son passé, par ses travaux, par ses titres, ne peut assurément pas être traité de plaisantin. On dit même officieusement qu’il sera un des principaux animateurs du commissariat à l’Energie atomique récemment créé par le conseil des ministres français.

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Dessin de Henriot (1857-1933)

Nous irons donc dans la lune. Les fantômes des savants, des écrivains, des romanciers et des poètes qui se sont penchés sur ce problème doivent en trembler de joie, car depuis des siècles et des siècles, nombreux sont les hommes qui ont fait ce rêve, jadis insensé.

Pour atteindre la terre des Séléniens, l’illustre Cyrano de Bergerac — le vrai, pas celui de Rostand — avait imaginé un ballon fantastique qui doit encore hanter les nuits du professeur Picard. D’autres avant lui s’étaient entourés de fioles emplies de rosée que les premiers rayons du soleil réchauffaient et entraînaient dans l’espace.

Dominique PADO. « L’Aurore. » Paris, 27 octobre 1945.

Le mouchoir de papier

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eternuementM. Loucheur s’est attelé à l’étude d’un énergique plan d’organisation de l’hygiène. Il s’agit de rattraper, presque d’un seul coup, des années de retard, années pendant lesquelles on a laissé mourir tant de gens, pour lesquels on eût pu retarder cette formalité dernière.

En attendant que soient construits, équipés et mis en route les dispensaires, préventoriums, sanatoriums, et autres établissements indispensables à la lutte contre les fléaux sociaux, il est nécessaire que le public tout entier s’éduque et comprenne son devoir. C’est pourquoi le timbre antituberculeux est de si bonne propagande. Il oblige à réfléchir sur les problèmes d’hygiène, les jeunes et les vieux.

Il faudra, pour que l’effort collectif corresponde à l’effort gouvernemental, s’appliquera cent petites réformes de nos mœurs, parmi lesquelles comptera peut-être comme essentielle la réforme du mouchoir.

Au Japon, le Siècle Médical le rappelait ces temps derniers, on ne se mouche pas dans des mouchoirs de toile. On n’emploie que des mouchoirs en papier de soie. Après usage, chaque carré de papier est glissé dans un petit sac, de papier également, qu’on brûle chaque soir. Tous les petits, résidus que nous confions à nos mouchoirs s’en vont ainsi en fumée. Et le feu purifie tout.

Ce sont des hygiénistes très savants qui font campagne pour la suppression du mouchoir de tissu, en faveur du mouchoir japonais. Ils réclament là une modification de nos habitudes qui sera longue à obtenir, car nous tenons à nos habitudes, et surtout, lorsqu’elles sont mauvaises.

Louis Forest. « Le Matin. » Paris, 6 novembre 1928.

Un précurseur de Blériot ?

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Le journal italien Corriere della Sera de Milan a publié le texte d’une lettre curieuse qui retrouvée dans les archives de la ville de Bergame. Ce manuscrit, qui porte comme titre Lettre écrite de Londres à un ami de Venise sur la machine volante, donne des détails sur un essai qui date de l’an 1751.

Le document porte qu’un certain André Grimaldi, âgé de près de cinquante ans, natif de Civita Vecchia, après avoir fait de nombreux essais, avait réussi à voler depuis Calais jusqu’à Londres en faisant 7 lieues à l’heure.

« Son appareil a la forme d’un oiseau; les ailes s’étendent d’une extrémité à l’autre à 25 pieds; le corps est en pièces de liège, artistement réunies ensemble par des fils métalliques et recouvertes de parchemin et de la plume. Les ailes sont en boyau de chat et en baleine, et couvertes aussi de parchemin et de plumes; chaque aile est à trois plis.

« Dans le corps de l’oiseau, il y trente roues, avec deux globes de bronze et des petites chaines qui font monter alternativement un contrepoids, et, avec l’addition de six vases de bronze pleins d’une certaine quantité de vif-argent, un système de poulies permet de garder la machine en équilibre. Les mouvements sont régularisés au moyen d’une roue d’acier et d’un contrepoids très lourd. La marche de cette machine est favorisée par le vent, même quand il souffle en tempête. »

Après la description de ce monoplan, on ajoute qu’il ressemble beaucoup à un oiseau, avec des yeux de verre bien imités, que l’opérateur le dirige au moyen d’une queue artificielle attachée à ses genoux et à ses pieds ou par des lanières de cuir, et que le vol de la machine dure trois heures, après quoi les ailes se ferment graduellement.

Cette lettre à été publiée à!’ époque dans un livre paru à Amsterdam en 1751, et à Parme en 1781. La Biografia Universale Antica e Moderna publiée à Venise en 1816 raconte le fait, en ajoutant que Grimaldi était un jésuite. Un commentaire de Pigneron traduit et confirme ces assertions dans la Bibliothèque des écrivains de la Compagnie de Jésus, publiée à Liège en 1854.

De tout cela, il semble bien résulter qu’il y a eu d’intéressants essais entrepris par Grimaldi, comme par bien d’autres. Quant au voyage de Calais à Londres, et à celui qu’il aurait aussi effectué de Londres à Windsor, avec retour dans l’espace de deux heures, il faut en croire sur parole les amis de l’inventeur… ou dire que leur témoignage isolé est absolument insuffisant.

« Le Magasin pittoresque. » p. 452, 453. Paris, 1909.
Illustration : César – Grand Homme oiseau 1981 © ADAGP Paris.