Modestie

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Le spirituel chroniqueur du Sport, M. E. Chapus, rendant compte de la dernière soirée qui a eu lieu chez la princesse Mathilde, fait en ces termes le portrait de l’un des hôtes assidus :

Physiquement, M. Sainte-Beuve est petit et replet, d’une physionomie douce et calme. Il a quelque chose de l’ecclésiastique, non par l’esprit, mais par la calvitie. Il porte habituellement une calotte, pour peu qu’il se sente exposé à un petit courant d’air. La calotte est tantôt violette et tantôt rouge. Dans le premier cas, on le prendrait pour un évêque, dans le second, pour un cardinal. Il faut croire à l’exactitude de cette ressemblance, puisqu’un jour M. Sainte-Beuve se voyant inopinément dans une glace, s’adressa à lui-même la parole en ces termes : « Monseigneur. » Puis tout à coup, s’apercevant de son erreur « Ah ! pardon, c’est moi ! »

« Le Petit journal. » Paris, 1863.

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On croyait avoir tout inventé pour la réclame…

Voilà qu’un certain jour, aux tables d’un estaminet, on voit arriver plusieurs personnes qui, après s’être assises, commandent un rafraîchissement. Se découvrant avec gravité, les nouveaux arrivants montrent aux consommateurs leur crâne dénudé, sur lequel se trouve l’annonce du spectacle du Moulin-Rouge.

Bientôt, nous verrons, sur les crânes de nos contemporains des réclames pour tel chocolat, pour telle farine, pour des pneus, des autos, des bicyclettes, pour des corsets… Il n’y a qu’une chose, sans doute, que l’on ne verra jamais, c’est la réclame de l’eau merveilleuse qui fait repousser les cheveux. Et encore, qui sait ?

Même faire rire le public à ses dépens, n’est-ce pas toujours de la réclame ?

Qui a inventé le moteur d’auto ?

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En fouillant les annales de notre Académie des sciences, un chercheur a mis à jour une communication à cette assemblée, concernant un appareil où la force motrice était fournie par l’explosion d’un mélange d’air et de poudre de lycopode ou de charbon pulvérisé.

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Le mémoire fut présenté, le 5 décembre 1806, par deux éminents physiciens, Lazare Carnot et Berthollet. Et savez-vous par qui cette communication était signée ? Par les inventeurs de La photographie, les frères Claude et Nicéphore Niepce.

L’invention fut brevetée en 1806 et qui mieux est, réalisée sous le nom de pyréolophore. C’était un moteur à combustion interne, brûlant la fameuse poudre de lycopode qu’ils adaptèrent à un canot. Celui-ci a navigué sur la Saône. Voilà donc, sans conteste, la première automobile.

« Almanach des coopérateurs. » Limoges, 1927.
Illustration : http://www.photo-museum.org/fr/pyreolophore-invention-moteur-explosion/

L’héritier de Jules Vallès

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Jules Vallès, l’homme qui passa sa vie à détester et à combattre la police, vient d’entrer en mourant dans la police même. Comment cela ? Il y est entré sous la forme de quarante cinq billets de banque de mille francs.

Jules Vallès est mort avant d’avoir fait son testament. Il possédait pour toute fortune, en dehors de quelques rentes viagères, un capital de quarante-cinq mille francs. En l’absence de tout testament, c’est au plus proche parent de M. Vallès que devait revenir l’héritage du défunt. Eh bien! savez-vous qui est le plus proche parent de Vallès ? C’est un agent de la sûreté.

Le sort a de ces ironies. Voilà un homme qui s’est employé toute sa vie à attaquer la police par tous les moyens possibles. Les sept ou huit journaux qu’il a fondés étaient chaque jour remplis d’articles contre la police et ses agents. Il avait inventé pour servir sa haine des rubriques nouvelles : les policiers assassins, les brutalités de la police, les argousins ivrognes, les infamies policières, les mouchards provocateurs. Chaque fois qu’un agent succombait, victime de son devoir, frappé d’une balle dans une émeute ou d’un coup de couteau sur un boulevard extérieur, Vallès battait des mains. A ce métier de destructeur de la police, Vallès avait gagné quarante-cinq mille francs. Il meurt, et tout son bénéfice fait retour, par le caprice d’une parenté collatérale, à un de ces policiers « assassins, brutaux, ivrognes, infâmes, provocateurs, à un de ces enfants du peuple traîtres au peuple ».

La préfecture de police doit être malade à force de rire, et l’héritier doit trouver, sous son chapeau couvert d’un crêpe d’étiquette, la situation aussi plaisante qu’agréable.

« Almanach de France et du Musée des familles. » Paris, 1886.

La légende de Bagnoles-de-l’Orne

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Hugues, seigneur de Tessé, et autres lieux, était arrivé à soixante ans, fatigué de son existence passée à la guerre et à la chasse. Son fidèle coursier, rapide, vieux compagnon d’armes, était épuisé. Le comte Hugues ne voulant pas faire tuer son cheval favori, l’abandonna près de la gorge d’Andaine, lieu ombragé où on n’osait pas s’aventurer.

Quelque temps après, à la grande surprise de son maître, Rapide, revint au château, tout fringant, hennissant, et qui semblait avoir retrouvé sa vigueur et sa souplesse d’antan. Le comte Hugues, malgré ses appréhensions, suivit son coursier jusqu’au bord d une source dont les eaux bouillonnantes remplissaient l’air de vapeurs acres et troublantes. Rapide, d’un bond, plongea dans la source et but joyeusement. Se fiant à l’instinct de son vieux cheval de bataille, le comte Hugues se baigna dans les eaux mystérieuses et fut agréablement surpris de leur pouvoir. Il continua l’expérience et retrouva en peu de temps une souplesse qu’il croyait avoir perdue pour toujours.

Ainsi découvrit-il, grâce à son vieux coursier, les vertus magiques de la source de Bagnoles.

A bonne école

Charles-dickensLes inventions des romanciers restent toujours au-dessous des réalités que révèlent fréquemment les annales judiciaires.

Le célèbre Charles Dickens, qui a été longtemps reporter des tribunaux pour les journaux anglais, doit le succès de ses œuvres les plus populaires aux études qu’il a pu faire à la barre des cours et des tribunaux. C’est là que les ridicules, les vices, les turpitudes de toutes les classes de la société sont exposés dans leur nudité la plus repoussante.

« Le Petit journal. » 1 février 1863.