Courageuse

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paysanne-romaineIl s’est produit dans la campagne romaine un fait surprenant relaté par un journal médical dont la bonne foi ne peut être soupçonnée. Il s’agit d’une jeune paysanne qui a perpétré sur elle-même, au neuvième mois de sa grossesse, l‘opération césarienne, qui a survécu à cette opération et qui est maintenant entièrement rétablie après quarante jours de traitement. Les détails de l’affaire sont peut-être plus extraordinaires encore que la chose elle-même.

Voici comment la content les deux médecins précités, dans une lettre qu’ils adressent au journal médical anglais :

Viterbe, 15 mai 1886.

Nous vous donnons, selon votre désir, le récit de l’opération césarienne que la nommée N… A…, de Viterbe, a pratiquée sur elle-même le 28 mars dernier. C’est une paysanne de vingt-trois ans,de tempérament lymphatique et de constitution délicate. Elle se trouvait au neuvième mois d’une grossesse qui était pour ses voisins un sujet continuel de médisance, pour ses maîtres et sa famille un sujet grandissant de colère.

Ces causes l’amenèrent, le 28 mars, à trois heures du matin, à une résolution extrême. Elle prit un couteau de cuisine et s’ouvrit l’abdomen. La blessure était linéaire, mais quelque peu hachée (le couteau coupant mal), longue de 12 centimètres, dirigée de l’ombilic vers la région iliaque droite et de dehors en dedans.

C’est par cette plaie profonde que la malheureuse fit elle-même l’extraction d’un enfant mâle pesant 1 kilogramme 900 grammes.

Ainsi que l’examen nécroscopique l’a démontré, cet enfant était mort avant d’avoir respiré; il avait la tête séparée du tronc entre la dernière et l’avant-dernière vertèbre cervicale, et de profondes blessures au thorax… L’opération achevée, la patiente se banda le corps avec une serviette, de manière à rapprocher les bords de la plaie et à contenir les intestins qui tendaient à s’échapper.

Puis vers cinq heures (deux heures à peine après l’opération) elle se leva, s’habilla et partit à pied pour Viterbe : la distance est d’un kilomètre environ. Là elle se rendit chez sa soeur, ne lui dit rien de ce qui venait de se passer et déjeuna d’une tasse de bouillon, d’un peu de café et de pain, après quoi elle sortit pour se promener par la ville, dans le but spécial de se montrer, dit-elle, et de mettre un terme aux bavardages dont sa grossesse était l’occasion. Enfin, vers dix heures, toujours à pied, elle revint chez elle. Mais là ses forces la trahirent : elle fut prise de douleurs intolérables et de vomissements et finit par tomber évanouie; le bandage qui contenait ses intestins s’était dérangé; la masse presque tout entière faisait hernie hors de son abdomen.

C’est seulement vers onze heures que la famille, constatant l’état des choses, se décida à envoyer chercher le médecin.

Suit le détail du traitement. La hernie fut réduite, les bords de la plaie furent réunis, un tube de drainage laissé dans la blessure. Une péritonite partielle éclata, mais sans accidents graves. Les médecins, attirés par l’étrangeté du cas, s’occupèrent surtout d’assurer la bonne ventilation de la chambre où gisait la malade et de l’entourer de la propreté la plus méticuleuse.

Tout marcha à souhait. Le vingt-cinquième jour, la blessure n’était plus que superficielle et réduite à six centimètres de long; le quarantième jour, la cicatrisation était complète.

La malade est maintenant complètement rétablie et vaque à ses occupations habituelles, mais en restant à la disposition de la justice, qui lui demandera probablement compte de son acte.

« La Revue des journaux et des livres. »  Paris, 1885.

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Tapage nocturne

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anton-rubinsteinUn soir, quelques amis du grand pianiste Anton Rubinstein s’étaient réunis dans son salon de l’hôtel Bellevue, à Dresde, pour un souper d’adieux.

Après souper, il était déjà tard, une discussion s’éleva à propos d’un morceau de musique. Rubinstein se mit au piano et joua le morceau. Il s’absorba, comme toujours, dans son exécution et joua un deuxième, puis un troisième morceau du même compositeur en question. A ce moment, un garçon entra timidement. Il remit à Rubinstein un élégant billet rose, que le compositeur ouvrit et lut en riant.

Le billet, sans adresse, était ainsi conçu :

« Je vous prie de ne plus jouer du piano après minuit, et je vous prie au moins de ne pas jouer faux. »

On juge des éclats de rire qui suivirent la lecture de ces mots. Rubinstein prit immédiatement une de ses cartes de visite et écrivit :

« Pardon ! Je ne le ferai plus.
— Anton Rubinstein. »

Il envoya cette carte à sa voisine (car la lettre venait d’une dame qui ignorait le nom illustre de son voisin). Le lendemain matin, la dame partait par le premier train. Elle avait assurément moins de goût que la grosse araignée qui, au cours d’un concert donné par le même Rubinstein, vint, raconte-t-on, se poser sur le piano à queue dont il faisait vibrer les cordes, et ne se retira avec prudence qu’au moment où retentirent les applaudissements.

Peinture de Michail Michailowitsch Jarowoj.

Quel tempérament !… 

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maryse-choisyMme Maryse Choisy, qui vient de faire paraître aux éditions… Rabelais, un reportage sur les maisons d’illusions, écrit dans un style de corps de garde, avec ornements « suridéalistes », confie au vestiaire des titres créé par l’Intransigeant la liste de ses prochains ouvrages.

Nous ne pouvons les citer tous, car ils sont trop. Mais, en voici quelques-uns, que l’auteur se propose sans doute de présenter au jury du prix Fémina :

Delteil tout nu.
Ma soeur Sapho.
La confusion des langues.
La trente-septième volupté.

Potaches et vieux messieurs, soyez heureux. Voici que les femmes de lettres s’occupent de vous. Et quand les femmes de lettres se mettent à la pornographie, elles n’y vont pas de main morte…

« L’Œil de Paris. » Paris, 1928.

Les pigeons du docteur Harrey

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john-constableNos médecins parisiens croient qu’ils ont tout fait quand ils ont chevaux et voitures, et qu’ils brûlent le pavé pour courir chez leurs malades. Nous le regrettons bien pour eux, mais les Anglais, ces éternels recordmen, ont encore trouvé mieux.

Il y a, là-bas,paraît-il, un docteur Harrey qui a découvert un bien ingénieux moyen de servir la clientèle. Courant le pays, soir et matin, dans son cab, et ne pouvant pas être partout en même temps, ni, surtout, revenir deux et trois fois par jour chez le même malade, il emporte, avec lui, dans ses courses, plusieurs pigeons voyageurs. Il en laisse un chez ceux de ses clients dont l’état peut s’aggraver d’un moment à l’autre. 

La suite est facile à comprendre : en cas d’urgence, et si le malade bat de l’aile, le pigeon en fait autant, et, immédiatement lâché, il retourne au pigeonnier. Le docteur saute alors en cab et accourt. Si, au contraire, dans la soirée, après quelques heures d’attente, le pigeon ne revient pas, le bon docteur se frotte les mains, et, la conscience tranquille, il se couche en pensant : 

« Ce pigeon n’est pas revenu ? C’est que le malade va mieux : il l’aura mangé !… » 

Mais ce procédé d’information peut finir par devenir coûteux si l’habileté du praticien remet souvent ses malades sur pied et si ceux-ci, comme il arrive souvent, n’ayant même pas la reconnaissance du médicament, négligent de payer les honoraires et les pigeons du docteur. 

Cette mauvaise volonté à solder la « douloureuse», de Messieurs les docteurs les avait amenés, il y a quelque temps, à établir un livre noir qui doit prochainement être imprimé, a-t-on affirmé. Ce livre, dû à la collaboration de tous ceux qui, parmi nos plus distingués praticiens, portent un joli brin de plume à leur scalpel, est appelé à devenir l’ouvrage le plus fréquemment consulté des bibliothèques médicales. 

Bien que son titre semblerait l’indiquer, ce livre n’est pas la statistique des décès obtenus pendant l’année, c’est, au contraire, une liste des malades encore vivants, mais qui n’ont pas soldé, selon l’usage, les honoraires de leur médecin au 1er semestre 1896. C’est, en somme, le Tout-Paris de la Purée. 

« La Joie de la maison. » Paris,1896.
Peinture : John Constable.

Toujours kif-kif

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trotskyVoici une anecdote racontée par Jean Béraud dans son livre Ce que j’ai vu à Moscou qui a fait tant de bruit.

A Kiev, M.Trotsky prononça un discours. On donna ensuite la parole aux contradicteurs. Chose surprenante, il s’en trouva un seul, l’ouvrier Efimoff… Ce travailleur parut à la tribune, une canne à la main. 

— Camarades, dit-il vous voyez cette canne. Elle va raconter l’histoire de la Révolution russe. Avant la Révolution, le pays était gouverné par les aristocrates, que vous représente la poignée de cette canne. Le fer que voici, c’étaient les forçats. Le milieu, c’étaient les ouvriers et les paysans. 

Il se tut, retourna la canne : 

— La Révolution est faite, camarades. Les aristos sont en bas, les forçats en haut… et vous n’avez pas changé de place. 

J’allais oublier ce détail, consigné par le narrateur : L’ouvrier Efimoff, de Kiew, fut passé par les armes dans la semaine qui suivit.  

L’esprit dans la bouteille

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jean-veberUn esprit hantait les écuries d’un métayer. Les vaches ne donnaient plus de lait, les chevaux furieux rompaient leurs licols.

Que faire en pareil cas ? La sorcière consultée conseilla de clouer sur la porte un morceau de plomb bénit et de placer à l’entrée de l’étable une bouteille vide. L’esprit conjuré devait y entrer. Il suffisait ensuite de boucher la bouteille et de l’enterrer dans un champ. Ce que fit notre métayer. 

Longtemps après ces événements, alors que tout le monde avait oublié la bouteille et l’esprit, une route fut établie dans la région. Un des tournants de cette route était très dangereux et vit maints accidents. Les animaux s’affolaient à ce passage, les chiens hurlaient, les voitures versaient. Une vieille femme explique que l’esprit de la bouteille avait dû s’échapper et que si on creusait au tournant de la route on trouverait certainement des débris de verre provenant de la bouteille enterrée par le métayer.

Ce qui fut vérifié.

L’esprit a été conjuré de nouveau et la circulation en ce passage est redevenue normale. Mais sait-on jamais ? L’esprit qui est enfoui maintenant sous ce tas de pierres ne réussira-t-il pas un jour à se libérer de nouveau

Illustration : Jean Veber.

Suicide doré

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empereur-chine

Les Chinois avaient une manière somptueuse de se tuer : ils avalaient de l’or !

Ce n’est pas, comme on pourrait le croire, de la poudre d’or ou de l’or en feuille auxquels ont recours les riches Célestes las de la vie, mais bien à un morceau d’or d’une certaine dimension. 

Quand l’or arrive dans le ventre, son poids spécifique l’empêche de remonter les circonvolutions de l’intestin et, au bout de quelques jours, il amène la mort.

Une mort très douce, assure-t-on, au pays du Céleste Empire.