Le miracle de la fiole

Les statues qui pleurent, qui suent; les ânes qui parlent, les âmes des trépassés qui reviennent demander des prières, le sang coagulé qui se liquéfie sans qu’on y touche, etc.,etc., ne sont plus aujourd’hui que des tours de physique amusante; tandis qu’autrefois, éloigné de nous, la foule acceptait tous ces faits avec crédulité.

Pendant le temps qu’il faisait subir à son peuple d’importantes réformes, Pierre le Grand, ayant appris qu’une image, peinte sur bois, versait de grosses larmes pour témoigner de son mécontentement des réformes qu’il opérait, fit signifier aux moines possesseurs de l’image qu’ils eussent à faire cesser le miracle sous peine d’être tous pendus. Les moines savaient que le czar était homme de parole ; ils craignirent pour leur vie, et l’image ne pleura plus. Sous le premier Empire, le général Championnet occupait la ville de Naples avec un faible corps de troupes . À l’instigation anglaise, une conspiration se trama. Tous les ans, à la même époque, le sang de saint Janvier, recueilli là, le saint devait se montrer irrité contre les Français, en laissant son sang congelé.

championnet

Championnet éventa fort heureusement la conspiration ; il se rendit sur-le-champ au lieu où le sang devait être exposé, et dit tout bas à l’exposant, en lui montrant la gueule d’un pistolet:« Si le sang tarde à se liquéfier, je te brûle la cervelle sur place. Tu m’as entendu ?…» Le sang se liquéfia presque aussitôt, parce que le général ne parlait jamais en vain, et la conspiration avorta. Le liquide contenu dans la sang de saint Janvier, est un mélange d’éther sulfurique et de spermaceti coloré en rouge avec de l’orcanette. Ce liquide reste figé à dix degrés au dessus de zéro ; il se liquéfie à quinze et bouillonne à vingt degrés.

On ferait des volumes fort amusants, si on réunissait tous les faits de cette nature; car, en tous temps et chez tous les peuples, on les retrouve plus ou moins bien habillés. La passion des hommes pour le merveilleux, et les fripons qui s’empressent d’exploiter ce côté faible de l’humanité, ont existé partout et toujours ; ce qui a donné lieu au proverbe: « Les prodiges et miracles modernes sont renouvelés des anciens. »

Extrait de:  « Histoire des sciences occultes » Auguste Debay / Paris : E. Dentu, 1860.
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