Le Grand-Thomas, charlatan

grand-thomasDans le précieux manuel de M. Maurice Bouvet, l’Histoire de la pharmacie en France, nous lisons ceci au chapitre « Apothicaires et Charlatans » : « C’est l’heure des Contugi, vendeurs d’orviétan. Ce sera bientôt celle du Grand-Thomas (1729). » Etant précisément bien documenté sur la curieuse figure du Grand- Thomas, notre excellent confrère de Charlieu, M. Goutaland, a eu la bonne pensée de nous adresser l’intéressante note biographique que l’on va lire.

Le Grand-Thomas avait été chirurgien dans le régiment des Gardes Françaises, puis garçon chirurgien de l’Hôtel-Dieu. En 1719, il se fit charlatan et s’installait vers le Pont-Neuf près du Cheval de Bronze. L’originalité de ses boniments, c’était leur impertinence voulue, corrigée d’ailleurs, quand il était nécessaire, par un bon mot.

« Vous riez, s’écriait-il, pauvres gens, vous ne savez pas qu’il faut cinq minutes pour faire un imbécile comme celui que je vois rire tandis qu’il faut vingt ans pour faire un charlatan comme moi. »

Il se tenait dans un char, très décoré, recouvert d’une sorte de toiture, entouré de barrières à hauteur d’appui et porté sur quatre petites roues; offrant un élixir dénommé : Esprit solaire.

Il était aussi dentiste et vendait une poudre dentifrice. Tout en débitant son boniment, Thomas observait attentivement son auditoire, cherchait à découvrir un de ces bons badauds craintifs (un compère) et il descendait de sa voiture, saisissait sa victime en criant : « Arrive, ici, animal ! » La foule riait à se tordre de l’air ahuri du patient. Il forçait le malheureux à ouvrir la bouche. « Approchez-vous, criait-il, et constatez vous-mêmes si l’on a jamais vu une bouche plus infecte que celle de Monsieur » ; alors il introduisait le coin de son mouchoir dans la bouche du compère et en un clin d’oeil lui nettoyait les dents avec sa poudre. Quand il faisait l’extraction des dents, il avait près de lui une belle brune, dénommée Madame Rogomone. Dès que la dent était arrachée, Thomas envoyant le patient se rincer la bouche avec une eau-de-vie que lui tendait la dame, « Allez, disait-il, allez boire un peu de rogomone ». Ce nom s’est conservé de nos jours dans le langage vulgaire, pour indiquer un liquide alcoolique quelconque.

Le 4 septembre 1729, le peuple de Paris apprend à son réveil la naissance du Dauphin Louis de France, fils de la reine Marie Leczinska et de Louis XV. Ce jour, le Grand-Thomas fit battre le tambour et annonça, que pour fêter la naissance du Dauphin, il arracherait pendant quinze jours les dents et donnerait ses remèdes gratis. Il alla ensuite, en grande cérémonie, complimenter le roi et la reine.

arracheur-dentsOn lit, dans un document de l’époque, à propos de cette visite : « Le superbe cheval qui avait l’honneur de porter l’incomparable Thomas était orné d’une prodigieuse quantité de dents enfilées les unes avec les autres. Un valet avait soin de le traîner par la bride de peur que la joie et les acclamations du peuple ne le fissent sortir du sérieux qui convient à pareille cérémonie. Les ajustements du Grand-Thomas étaient nouveaux et extraordinaires. Son bonnet d’argent massif et d’un travail achevé, avait à son sommet un globe surmonté d’un coq chantant. Le bas de ce couvre-chef était terminé par un retroucy au milieu duquel on voyait les armes de France et de Navarre et sur le côté gauche un soleil et ces mots : « Nec pluribus impar. » Son habit d’écarlate fait à la turc était garni de dents, de mâchoires et pierreries du Temple ; de plus il avait un plastron d’argent qui représentait un soleil, mais si lumineux que l’on ne pouvait le regarder que de côté. Sa suite était composé d’un tambour, d’un trompette et d’un porte-drapeaux qui marchaient devant lui; à ses côtés il avait un tisanier, un pâtissier et six valets. »

Quand il abandonna son métier de charlatan, il se mit à soigner seulement les malheureux auxquels il ne demandait aucun salaire. Aussi l’appelait-on, lorsqu’il mourut, le Médecin des Pauvres.

Guitard Eugène-Humbert. Le Grand-Thomas, charlatan. In : « Revue d’histoire de la pharmacie« , 24e année, N. 96, 1936. pp. 424- 425.

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