Walter Kellner et Walter Kellner

Publié le Mis à jour le

Cessna-421

En 1979, Das Beste, l’édition allemande du Reader’s Digest, organisa parmi ses lecteurs un concours de la meilleure aventure personnelle. Choisi parmi sept mille concurrents, Walter Kellner, pilote munichois, gagna en racontant comment son avion, un Cessna 421, était tombé dans la mer Tyrrhénienne, entre la Sicile et la Sardaigne, et comment il avait survécu grâce à son canot pneumatique.

Les enquêteurs du Digest vérifièrent très soigneusement la véracité du récit, d’après les rapports allemands et italiens de l’accident, et furent pleinement satisfaits. Le Cessna de Kellner, immatriculé D-INUR, était bien tombé dans la mer Tyrrhénienne, d’une hauteur de 3 000 mètres, comme il le racontait. Kellner devait recevoir son prix le 6 décembre et amener son canot au siège de la revue.

Le matin du 6, une lettre arriva à Das Beste, à l’adresse du rédacteur en chef Wulf Schwartzwaller, qui devait remettre le pris à Kellner. Elle émanait d’un autre Walter Kellner, pilote lui aussi, habitant à Kritzendorf, en Autriche, qui affirmait que toute l’histoire était une mystification. Il avait piloté le même Cessna pendant quatre ans, au-dessus de l’Europe et de la Méditerranée, et, s’il avait dû faire, une fois, un atterrissage forcé pour des problèmes de moteur sur le terrain de Cagliari, en Sardaigne, il n’était jamais tombé en mer: un imposteur avait dû falsifier son aventure pour obtenir le prix.

Schwartzwaller était perplexe. Qui croire, alors que le récit du premier Kellner avait été si scrupuleusement contrôlé ? Et le lauréat allait bientôt arriver.

En effet, ponctuel et souriant, il se présenta dans les bureaux de Das Beste. Après quelques politesses, on lui montra la lettre de son homonyme.

Il commença par en rire. Oui, il savait qu’un autre Kellner avait piloté l’appareil, mais il ignorait qu’ils eussent le même prénom. En arrivant au passage relatant l’atterrissage forcé de l’autre Kellner en Sardaigne, il pâlit. Le même appareil, la même zone, le même problème mécanique, un pilote du même nom ! Quelle malédiction était à l’œuvre ? Pourquoi l’avion semblait-il en vouloir à mort aux Walter Kellner, et pourquoi cet acharnement à se détruire au voisinage de la mer Tyrrhénienne ?

A ces questions, il n’y avait pas de réponses. Les deux Kellner avaient été victimes d’un mystère, et ils avaient eu bien de la chance d’en réchapper. Sans le vouloir, les rédacteurs de Das Beste avaient poussé sur l’inconnu une porte d’où soufflait un air glacé, et un étrange malaise plana sur la cérémonie de remise du prix.

« Le grand livre du mystérieux.  »  Sélection du Reader’s Digest, 1985

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Une réflexion au sujet de « Walter Kellner et Walter Kellner »

    eliane21120 a dit:
    mai 6, 2014 à 10:56

    Bon ok, je ne publierais pas mes mémoires ! lol ! 😦

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