Goethe et l’étonnante rencontre

Publié le Mis à jour le

Goethe

Le poète Goethe se promenait un soir avec son ami K., revenant avec lui du Belvédère, à Weimar. Tout à coup il s’arrête, comme devant une apparition, et cesse de parler.

Son ami ne se doutait de rien. Soudainement, Goethe s’écrie :

  – Mon Dieu ! si je n’étais sûr que mon ami Frédéric est en ce moment à Francfort, je jurerais que c’est lui ! …

Ensuite il pousse un formidable éclat de rire:

  – Mais c’est bien lui … mon ami Frédéric ! Toi ici, à Weimar ? Mais au nom de Dieu, mon cher, comme te voilà fait ! habillé de ma robe de chambre … avec mon bonnet de nuit … avec mes pantoufles aux pieds, ici, sur la grande route !

Son compagnon, ne voyant absolument rien, s’épouvante, croyant le poète atteint subitement de folie. Mais Goethe, préoccupé de sa vision, s’écrie en étendant les bras:

  – Frédéric ! Où es-tu passé ? … Grand Dieu ! … Mon cher K., n’avez-vous pas remarqué où a passé la personne que nous venons de rencontrer ?

K., stupéfait, ne répondait rien. Alors le poète, tournant la tête de tous les côtés, s’écria d’un air rêveur:

  – Oui, je comprends … C’est une vision … Cependant, quelle peut être la signification de tout cela ? Mon ami serait-il mort subitement ? … Serait-ce son esprit ? …

Là-dessus Goethe rentra chez lui, et trouva Frédéric à la maison … Les cheveux se dressèrent sur sa tête:

  – Arrière fantôme ! s’écria-t-il en reculant, pâle comme un mort.

  – Mais mon cher, réplique le visiteur interloqué, Est-ce là l’accueil que tu fais à ton plus fidèle ami ? …

  – Ah ! cette fois, s’écria le poète, riant et pleurant en même temps, ce n’est pas un esprit, c’est un être en chair et en os.

Et les deux amis s’embrassèrent avec effusion.

Frédéric était arrivé au logis de Goethe, trempé par la pluie, et s’était revêtu des habits secs du poète; ensuite il s’était endormi dans un fauteuil et avait rêvé qu’il allait à la rencontre de Goethe et que celui-ci l’avait interpellé avec ces paroles (les mêmes que celles qu’avait prononcées le poète):

  « – Toi ici, à Weimar ? Quoi … avec ma robe de chambre … mon bonnet de nuit, et mes pantoufles, sur la grande route ? … »

« La mort et son mystère. »   Camille Flammarion, 1920.

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4 réflexions au sujet de « Goethe et l’étonnante rencontre »

    Éric G. Delfosse a dit:
    mai 24, 2014 à 5:37

    Qui sait ce que l’on fait réellement, en esprit, quand on s’endort ?

    Aimé par 1 personne

      gavroche60 a répondu:
      mai 24, 2014 à 6:02

      Je dois travailler quand je dors: au réveil je suis plus fatigué qu’au coucher … 🙄

      J'aime

        Éric G. Delfosse a dit:
        mai 24, 2014 à 10:47

        Essaie de rêver, la nuit prochaine, que tu vas voir un toubib, histoire de vérifier si ta thyroïde ne serait pas un chouïa paresseuse, si tu te réveilles fatigué sans raison… 😉

        J'aime

    LLB a dit:
    mai 26, 2014 à 3:58

    Très chouette découverte grâce à Pimpf 🙂

    Aimé par 1 personne

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