Pietro Aretino : une histoire renversante

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Pietro-Aretino

Pour mieux fustiger sa nature satanique, son adversaire Doni prétend que Pietro Aretino est né des amours interdites d’un moine et d’une nonne …

Plus vraisemblablement, il est le fils naturel d’un gentilhomme toscan. Né le 20 avril 1492 à Arezzo, d’où son nom, l’Arétin appartient à la première génération des écrivains contemporains de l’imprimerie: toute sa vie, il va noircir du papier et répandre ses textes, au gré de ses intérêts et de ses prébendes. Auteur prolixe et hyperbolique, il publiera aussi bien des livres de piété que des ouvrages licencieux, des satires et des éloges, se faisant fort d’obliger les princes, les rois et le pape lui-même à stipendier sa plume pour la rendre favorable.

Très jeune, il doit quitter Arezzo à cause d’un sonnet contre les indulgences papales. Réfugié à Pérouse, puis à Rome, il obtient la protection du pape Clément VII, avant d’être chassé pour ses sonnets obscènes.

L’Arétin, qui se donne à lui-même la qualité de  » divin « , s’attache alors au chef de guerre Jean de Médicis, qui partage jusqu’à son lit avec le poète et, blessé au combat, meurt dans les bras de son ami. Cette liaison passionnée n’empêche pas le divin Arétin de collectionner les maîtresses ni d’avoir trois filles naturelles, dont il assurera l’éducation en bon père de famille. Installé à Venise, où il est alors possible de tout imprimer librement, il fait monter les enchères entre François 1er et Charles Quint, qui le couvrent de cadeaux précieux. Le pape Clément VII lui pardonne ses frasques, l’utilise comme intermédiaire officieux auprès de Charles Quint et, plus tard, l’un de ses successeurs, le pape Jules III, ira jusqu’à recevoir le sulfureux écrivain à Rome.

L’Arétin, s’imaginant tous les espoirs permis, ambitionne d’être nommé cardinal: mais son plan ne se réalise pas, il retourne à Venise pour prétendre qu’il a refusé la pourpre … Se sentant mal rétribué par la chrétienté, il menace périodiquement de passer chez le sultan, obtenant de la sorte quelques pensions supplémentaires.

Spadassin des lettres, souvent menacé du pistolet ou du bâton, l’Arétin a échappé à plusieurs cas de mort violente avant de trépasser dans des circonstances bien dignes de lui. Non de ses propres frasques, mais de celles d’une de ses sœurs, courtisane à Venise: écoutant le récit d’un tour qu’elle a joué à un naïf, il rit si fort qu’il tombe à la renverse de sa chaise et se fracture le crâne.

Ainsi s’en est allé, dans un grand éclat de rire paillard, l’enfant terrible de la Renaissance italienne.

« La tortue d’Eschyle et autres morts stupides de l’Histoire. »  Bruno Fuligni.  Editions des Arènes, 2012.

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3 réflexions au sujet de « Pietro Aretino : une histoire renversante »

    pandoratears a dit:
    juin 17, 2014 à 11:57

    Le pire du pire pour les diaboliques :
    Un enfant issu de l’inceste d’une mère avec son fils ;(

    Aimé par 1 personne

    fanfan la rêveuse a dit:
    juin 18, 2014 à 6:59

    Hé bien ce n’est pas la bonté qui l’a étouffé ce monsieur… 😉

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