Morts vivants

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mort

Au nombre des ouvrages présentés à l’Académie, est le numéro de juillet du Journal de la Société des sciences physiques, chimiques, etc., dirigé par M. Julia de Fontenelle. Dans cette livraison, nous trouvons un article sur le danger des inhumations précipitées.

Les maladies dans lesquelles se manifeste le plus souvent une suspension incomplète et momentanée de la vie, sont l’asphyxie, l’hystéralgie, la léthargie, l’hypocondrie, les convulsions, la syncope, la catalepsie, les pertes sanguines très fortes, le tétanos, la chorée, l’apoplexie, l’épilepsie, l’extase. Sur trente faits qui sont cités par l’auteur, les suivants offrent un intérêt spécial qui nous détermine à les reproduire.

A Toulouse, une dame ayant été enterrée dans l’église des Jacobins avec un diamant au doigt, un domestique s’introduisit dans le caveau pour voler cette bague, et comme le doigt était gonflé et qu’il ne pouvait l’en faire sortir, il se mit en devoir de le couper. Aux cris que poussa la défunte, le voleur tomba sans connaissance. A l’heure des mâtines les religieux, ayant entendu quelques gémissements, trouvèrent la dame vivante et le domestique trépassé. Ainsi la mort eut sa proie; il n’y eut que la victime de changée.

Un crocheteur, logé à Paris, rue des Lavandières, meurt à l’Hôtel-Dieu; on le transporte avec les autres morts dans la même fosse. Il revient à lui vers onze heures de la nuit, déchire son suaire, frappe à la loge du portier, se fait ouvrir avec beaucoup de difficulté, et revient chez lui. 

En 1759, une femme de la rue du Four, faubourg Saint-Germain, fut jugée morte et mise sur la paille, avec un cierge entre les jambes; des jeunes gens commis à sa garde renversent, en badinant, le cierge sur la paillasse ; le feu y prend; la défunte, atteinte par les flammes, pousse un cri perçant; on vole à son secours, et elle se rétablit si bien, que depuis cette résurrection, elle devint mère de plusieurs enfants.

540px-abbc3a9_prc3a9vostLe 23 novembre 1763, l’abbé Prévôt, si connu par ses productions littéraires, est frappé d’une attaque d’apoplexie en traversant la forêt de Chantilly. Le croyant mort, on le transporte chez le maire du village, et la justice fit procéder aussitôt à son autopsie. Un cri aigu, poussé par cet infortuné, prouva qu’il était vivait : il mourut sous le scalpel.

M. De vaux, chirurgien de Saint-Côme, rue Saint-Antoine, avait une domestique appelée Isabeau, qui avait été portée trois fois en terre; elle ne revint à elle la troisième fois qu’au moment où on la descendait dans la fosse. Cette femme étant morte de nouveau, on la garda pendant six jours sans l’enterrer, de peur d’avoir la corvée de la rapporter une quatrième fois chez elle.

M. Rousseau, de Rouen, avait épousé une femme de quatorze ans, qu’il laissa en parfaite santé pour faire un petit voyage à quatre lieues de la ville. Le troisième jour de son voyage, on vient lui annoncer que s’il ne part promptement, il trouvera sa femme enterrée. En arrivant chez lui, il la voit exposée sur la porte, et le clergé prêt à l’emporter. Tout entier à son désespoir, il lait porter la bière dans sa chambre, la fait déclouer, place la défunte dans son lit, lui fait faire vingt-cinq scarifications par un chirurgien; à la vingt-sixième, plus douloureuse sans doute que les autres, la défunte s’écria : « Ah ! que vous me faites mal ! » On s’empressa de lui donner tous les secours de l’art. Cette femme a eu depuis vingt-six enfants.

Mernac rapporte que la femme de M. Duhamel, avocat célèbre au parlement, regardée comme morte pendant 24 heures, fut placée sur une table pour être ensevelie. Son mari s’y opposa fortement, ne la croyant pas morte; pour s’en convaincre, sachant qu’elle aimait beaucoup les sons de la vielle et les chansons que chantent les vielleurs, il en fit monter un. Au son de l’instrument et de la voix, la défunte reprit le mouvement et la parole : elle a survécu quarante ans à sa mort apparente.

André Vesale, premier médecin de Charles-Quint et de Philippe II, traitant un grand d’Espagne, le crut mort. Ayant obtenu la permission de l’ouvrir, à peine eut-il plongé le bistouri dans le corps et ouvert la poitrine, qu’il vit le cœur palpitant. Les parents du défunt le poursuivirent comme meurtrier; l’inquisition lui fit son procès comme impie; par l’intercession du roi d’Espagne, il obtint d’être condamné simplement à faire un pélerinage en Terre-Sainte.

En 1827, dans la séance du 10 avril de l’Académie royale de médecine, M. Chantourelle lut une note sur les dangers des inhumations précipitées; cette lecture amena une discussion à laquelle M. Desgenettes dit tenir de M. Thouret, qui avait présidé à la destruction du cimetière et du charnier des Innocents, que beaucoup de squelettes avaient été trouvés dans des positions annonçant que les individus s’étaient mus après leur inhumation. M. Thouret en ayait été si frappé, qu’il en fit la matière d’une disposition testamentaire relative à son enterrement.

 

« Journal des anecdotes anciennes, modernes et contemporaines.« , Paris, 1833
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6 réflexions au sujet de « Morts vivants »

    stgib a dit:
    juin 30, 2014 à 11:29

    j’adore !! (:

    Aimé par 1 personne

    fanfan la rêveuse a dit:
    juillet 1, 2014 à 7:07

    Voilà comment un corps de métier est né, les croque-mort !
    A l’origine, ces personnes devaient croquer l’orteil du défunt afin de s’assurer du décès de celui-ci. De nos jours, nous avons une attente de 3 jours obligatoire avant la mise en terre 😉

    Aimé par 2 personnes

    sarah a dit:
    juillet 1, 2014 à 9:27

    :-)) soulignerai juste : que l’intérêt spirituel a dû être développé par la suite, par la « victime » de sa résurrection, ainsi que de son entourage… « hors norme »…pour l’ ecclésiastique, juridique, dans une évidence métaphysique… pour pas dire le mot « Mystique »….:-))

    Aimé par 1 personne

    juliette a dit:
    juillet 1, 2014 à 5:09

    ce n’est pas un article à mourir de rire , mais après sa lecture je mourrais moins idiote 😉
    je suis allée lire ça sur l’extase : http://www.encyclopédie.eu/index.php?option=com_content&id=84894026

    Aimé par 1 personne

      gavroche60 a répondu:
      juillet 1, 2014 à 6:08

      Merci pour le lien Juliette, très intéressant ! 🙂

      J'aime

    blueedel a dit:
    juillet 3, 2014 à 11:13

    Très intéressant et aussi surprenant !

    Aimé par 1 personne

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