Quand « La Brambille » partait en vrille

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La-Brambille

Pierre Brambilla, dit « La Brambille », n’a jamais su qui il était vraiment. Le chroniqueur, faute d’avoir pu être présent à ses côtés, ne saura jamais ce qu’il a dit, ce qu’il a fait vraiment. Tout mériterait d’être écrit au conditionnel, mais sera rapporté à l’indicatif. Et si c’est faux, c’est encore plus beau.

Première faille dans la conscience qu’il pouvait avoir de lui: il était né en Suisse, de nationalité italienne, mais il serait naturalisé français en 1949. Il habitait depuis longtemps Annecy. C’est dire qu’en 1947, il était un peu considéré comme un paria dans l’équipe d’Italie dont il avait servi à compléter les effectifs: beaucoup de Transalpins ne se sentaient pas d’humeur à aller constater quel accueil leur serait réservé le long des routes de France, si peu de temps après la fin de la guerre. Un paria, un peu comme Jean Robic, dans l’équipe de l’Ouest, qui énervait ses coéquipiers en multipliant des déclarations tonitruantes qui, longtemps, ne furent pas suivies d’effet.

la-bambilleAu départ de la dernière étape, Brambilla porte le maillot jaune. Les faits sont entrés dans l’histoire de la course: la côte de Bonsecours lui est fatale avec des compatriotes italiens qui choisissent de ne lui être d’aucun secours. Premier le matin, il est troisième le soir, derrière Jean Robic et Edouard Fachleitner. Fou de colère, fou de douleur morale, il « part en vrille ». Il rentre chez lui en jurant ne plus jamais monter sur un vélo. A l’aide d’une pioche, il creuse dans son jardin un vaste trou dans lequel il enterre sa bicyclette !
*
A partir de là, les versions divergent. Tous sont unanimes à admettre qu’il reviendra vite sur son serment. Pour certains, c’est dès le lendemain. Mais, pour d’autres, il laissera séjourner son engin plusieurs semaines sous l’humus. C’est la thèse privilégiée, car le savoureux dialogue qui va suivre ne peut se justifier que par un purgatoire un peu prolongé de sa bicyclette. Ayant réintégré les pelotons, Pierre Brambilla se sentit obligé de fournir des explications:
*
« – Il avait des jantes en bois. Je pensais qu’un peuplier allait pousser à sa place. »
*
C’est alors qu’une voix anonyme jugea utile de lui rétorquer:
*
« – Heureusement que tu n’as pas enterré ton bidon parce que c’est une pharmacie qui aurait poussé ! « 
Pierre-Brambilla

« La Brambille » n’a jamais su qui il était vraiment. Plus que coureur cycliste, il se vivait comme cavalier. Il était célèbre pour l’habitude qu’il avait de parler à son vélo, tellement il faisait corps avec sa monture. Selon son humeur, il lui imputait la responsabilité de ses victoires ou de ses défaites. S’il considérait que c’est lui qui avait démérité, il se punissait en couchant à même le sol et installait sa bicyclette dans son lit. L’homme-centaure avait parfois des réactions encore plus étonnantes car le témoin de ses égarements ne savait jamais à quelle part de sa double identité il s’adressait.

*Lors de la treizième étape du Tour 1947, alors que sévissait la canicule entre Montpellier et Carcassonne, Jacques Augendre, qui suivait pour la première fois la Grande Boucle pour l’Equipe, le vit soudain, avec stupeur, vider un bidon d’eau fraîche sur la route et décréter:

*« – Puisque tu ne veux pas avancer, tu n’auras pas à boire ! »

*Mais, peut-être, était-ce seulement dû au liquide que contenait le flacon car Pierre Brambilla ne prisait guère le plus naturel d’entre eux. Il repoussait souvent ceux qui lui en proposaient:

*« – Gardez cette flotte pour vos poissons rouges et donnez-moi plutôt du pinard. L’eau et le thé sucré, moi, ça me fait marrer ! »

*Ceux qui l’entendaient s’offraient ainsi à peu de frais une bonne pinte de rigolade …

« Petites histoires inconnues du Tour de France. »   P.Fillion & L. Réveilhac, Hugo-Sport, 2012.
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3 réflexions au sujet de « Quand « La Brambille » partait en vrille »

    fanfan la rêveuse a dit:
    juillet 5, 2014 à 12:46

    Hé bien pas ordinaire ce monsieur, il se dopé au pinard ? ! 🙂
    Bonne journée Gavroche !

    Aimé par 1 personne

    eliane21120 a dit:
    juillet 6, 2014 à 3:11

    Bah, le pinard n’est qu’une bibine et il n’eut point de vrais crus durant le tour hein ! donc merci la flotte ! Pour info, Jean Robic était un ami intime de mon père, et pour cause, il s’appelait aussi Jean Robic ! d’où mon patronyme bien sûr ! 😆

    Aimé par 1 personne

    Maître Renard a dit:
    juillet 11, 2016 à 10:36

    A reblogué ceci sur Maître Renard.

    Aimé par 1 personne

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