Pierre François Gossin, le résigné

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Rien ne prédisposait à une mort violente et infamante le sieur Pierre François Gossin, honnête bourgeois lorrain né à Souilly le 20 mai 1754. Gossin est fils d’un procureur à la chambre des monnaies de Metz: lui-même lieutenant général civil et criminel de Bar-le-Duc, il est plus habitué à poursuivre des coupables qu’à subir des sentences.

Mais le tourbillon de la Révolution va en décider autrement. Elu député du tiers aux états généraux, Pierre François Gossin devient un personnage public qui prend part à des réformes importantes: rapporteur du comité chargé de diviser la France en départements, il est aussi l’auteur d’un rapport sur l’organisation des Archives nationales et l’un des orateurs à demander la création d’un jury populaire en matière criminelle. Enfin, c’est sur la proposition du député Gossin que les restes mortels de Voltaire sont portés au Panthéon.

Son mandat prend fin avec la Constituante, le 30 septembre 1791, et le citoyen Gossin rentre en Lorraine où il vient d’être élu procureur-syndic de la Meuse. Hélas, les Prussiens envahissent la contrée; Gossin conserve ses fonctions, obéissant ainsi aux ordres du duc de Brunswick, l’ennemi juré de la Révolution. Après la retraite des envahisseurs, difficile d’expliquer ce revirement tactique aux membres de la Convention… Traduit devant le Tribunal révolutionnaire, l’ancien constituant est condamné à mort le 4 thermidor an II (22 juillet 1794).

Le lendemain, il est dans la cour de la prison avec ses codétenus, qui montent l’un après l’autre dans la charrette fatale. Et là, il se produit un extraordinaire coup du sort, tel qu’aucun prisonnier ne pouvait l’espérer : Gossin est oublié dans l’appel des condamnés à mort ! Il a la vie sauve et, mieux encore, personne ne fait attention à lui : quand les portes s’ouvrent devant le convoi, il sort aussi, libre comme l’air !

Gossin alors a quarante ans, le voici lâché dans une grande ville pleine de cachettes, une chance unique s’offre à lui de détaler pour sauver sa tête ! Résignation ? Sens du devoir d’un ancien magistrat ? L’évadé suit à pied la charrette jusqu’à la guillotine et monte sur l’échafaud.

« La tortue d’Eschyle et autres morts stupides de l’Histoire. » Bruno Fuligni, Les Arènes, 2012.

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5 réflexions au sujet de « Pierre François Gossin, le résigné »

    brunomeurin a dit:
    juillet 20, 2014 à 5:09

    Ah! Il a échappé à la vigilance de Maximilien!

    Aimé par 1 personne

    fredonnezmoi a dit:
    juillet 20, 2014 à 5:58

    Ah oui, je me souviens du Calendrier républicain 🙂
    « …Le maître d’hôtel était français. En apportant les plats, il les nommait dans sa langue, puis les traduisait en allemand. Quand il a prononcé *homard à la thermidor*, j’ai entendu *homme-art à la terre mi-d’or*. Je l’ai dit à l’oreille de Susi qui a trouvé ça drôle. Elle l’a répété à table et tout le monde a ri… » (Marie-Odile Beauvais dans « Le secret Gretl », Fayard 2009, page 191)

    Aimé par 1 personne

    sarah a dit:
    juillet 20, 2014 à 7:33

    l’acceptation de son sort et devant tant de liberté…. est un sacrifice énorme…
    au Nom de quoi… peut être l’Intégrité envers lui mm et ses codétenus…? l’esprit dans sa vérité, est bien complexe en son sort….de libre arbitre….

    Aimé par 1 personne

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