Les grandes vitesses

Publié le Mis à jour le

diligence

 

Les anciennes diligences ne franchirent jamais plus de 15 ou 16 kilomètres à l’heure, soit un peu plus de 4 mètres à la seconde. Quelques navires voiliers, avec un vent très favorable, arrivent à fournir une marche de 25 kilomètres à l’heure, soit un peu plus de 7 mètres à la seconde. Le plus rapide des bateaux à vapeur peut atteindre une vitesse de 30 kilomètres à l’heure, soit environ 9 mètres à la seconde. Certains chevaux de course, à la condition de ne fournir qu’une carrière de quelques instants, ont parcouru jusqu’à 6,750 mètres en 7 minutes et demie, soit 15 mètres à la seconde. Les locomotives, dont la marche ordinaire, arrêts compris, équivaut à une moyenne de 45 kilomètres à l’heure, peuvent se mouvoir avec une vitesse extrême de 100 ou 110 kilomètres à l’heure, soit 2,000 mètres à la minute, ou 33 mètres à la seconde.

Le vent, auquel les marins donnent le nom de petite brise, quand il ne parcourt que 2 mètres à la seconde; jolie brise, quand il en franchit 4 ; grand frais, quand il en fait 10; très grand frais, quand il passe avec une rapidité de 15 mètres, le vent le plus impétueux ne court jamais avec plus de 60 mètres à la seconde; et, dans ce cas, il s’agit d’ouragans qui dévastent tout sur leur passage. Le son se propage dans l’atmosphère avec une vitesse moyenne de 340 mètres à la seconde; aussi, quand on voit tirer le canon dans le lointain, suffit-il de multiplier le nombre des secondes qui s’écoulent entre l’apparition de la flamme et l’arrivée du bruit par 340, pour savoir à quelle distance la détonation a eu lieu.

La moyenne de vitesse du boulet lancé par le canon est, du moins à la sortie de la pièce, supérieure à celle de la transmission du son; car un boulet est, au départ, ordinairement chassé, avec une force d’impulsion de 4 à 500 mètres à la seconde.

La lune, dans sa rotation autour de la terre, se meut avec une vitesse de 1,000 mètres environ à la seconde. La terre, dans son mouvement de rotation quotidien sur son axe, tourne avec une rapidité de 400 mètres par seconde ; mais dans le même espace de temps, pour accomplir sa révolution annuelle autour du soleil, elle se déplace avec une vitesse de 28,500 mètres.

L’électricité et la lumière, — mesure démontrée tout récemment encore, pour cette dernière, par la magnifique expérience de M. Fornu, — se meuvent avec une vitesse approximative de 300,000 kilomètres ou 300.000,000 de mètres à la seconde, soit sept fois environ le tour de notre globe ; en sorte que si un fil métallique pouvait être tendu de la terre au soleil, dont nous sommes distants de 37 millions de lieues, il ne faudrait que huit minutes pour qu’une dépêche électrique y fût transmise, le même temps qu’emploient pour venir à nous les rayons qui émanent du grand astre.

Si étonnante que paraisse cette rapidité de transmission des rayons lumineux, il n’en est pas moins démontré que certaines étoiles, dites fixes, qui, on le sait, sont autant de lointains soleils, gravitent à des distances telles de notre infime planète, qu’elles peuvent être éteintes depuis fort longtemps, bien que nous voyions encore leur lumière. Pour les plus rapprochées des étoiles fixes, les astronomes s’accordent à croire que leur lumière ne saurait nous parvenir en moins de trois ans, tandis que pour les plus éloignées, celles qui ne sont visibles qu’avec un extrême grossissement télescopique, le trajet des rayons lumineux dure environ trois mille ans.

Quant à l’électricité, l’instantanéité avec laquelle elle se propage dans l’étendue des fils conducteurs, explique comment il se fait qu’une dépêche envoyée d’un lieu à un autre se trouve en quelque sorte antidatée au point d’arrivée, à cause des différences de méridiens. Par exemple, une dépêche expédiée de Pétersbourg, datée de deux heures de l’après midi, franchissant en une inappréciable fraction de seconde la distance qui sépare cette ville de Paris, est reçue dans cette dernière quand il n’est encore que midi, le soleil ne passant au méridien de Paris que deux heures environ après être passé au méridien de Pétersbourg.

Étant donné que la vision n’est qu’une résultante de la transmission des rayons lumineux, voici une supposition qui, toute fantaisiste qu’elle puisse paraître, est cependant, théoriquement parlant, entièrement rationnelle: si les habitants de quelques-uns des astres perdus pour nous dans l’immensité disposaient d’appareils optiques leur permettant de suivre les événements qui s’accomplissent sur notre globe, absolument comme nous suivrions l’agitation d’une fourmilière sur laquelle nous nous pencherions, les uns assisteraient actuellement au passage de la mer Rouge, les autres au siège de Troie; de moins reculés verraient César ou Attila dans les Gaules. Charles Martel à Poitiers ou Charlemagne taillant en pièces les Saxons ; d’autres contempleraient Jeanne d’Arc sur son bûcher ou Christophe Colomb sur ses caravelles; et ils pourraient se dire nos plus intimes voisins, ceux qui en seraient déjà à la mort d’Henri IV ou à la bataille de Fontenoy.

« La Mosaïque. » Paris, 1876.

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