Encore une vacherie du sorcier du village !!!

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4La commune de Périgné, si tranquille d’ordinaire, est depuis dimanche dernier (décembre 1906 ?) le théâtre de scènes de folie qui bouleversent les cerveaux de toute la population, affolent tous les esprits et y attirent, de fort loin, des théories de gens curieux et effrayés.Dans une ferme contiguë aux dernières maisons du bourg de Périgné, la ferme de La Touche, appartenant à M. Raimpault, et exploitée par la famille Gilbert, composée du père, de la mère, un fils et une fille, on prétendait depuis longtemps déjà entendre des bruits infernaux se produire pendant la nuit.
*
Dans celle de dimanche, des jeunes gens sortant du bal de Périgné, et passant devant cette ferme de La Touche, entendirent du vacarme et des vociférations. Immédiatement ils retournèrent chercher leurs camarades restés au bal et revinrent en grand nombre. Le charivari continuait. Ils se hasardèrent à regarder en entrouvrant un volet et virent un spectacle étrange !

La fermière et toute la famille, ainsi qu’une jeune servante, dansaient et sautaient en hurlant et presque dévêtus, autour d’une table, et, dans une excitation folle, cognaient à tort et à travers, se meurtrissant et brisant le mobilier.

Les exhortations ni les paroles n’avaient aucune prise sur eux et ils n’y prêtaient point la moindre attention. Leurs forces décuplées par l’excitation nerveuse leur permettaient d’arracher des mains les plus robustes les poutres, manches d’outils, etc., qu’on leur tendait pour essayer de les séparer.

Cette tragi-comédie, au cours de laquelle ils ont brisé leur mobilier, leur vaisselle et toutes leur vitres, a duré, avec des intermittences dues à l’excès de fatigue, jusqu’à jeudi matin, où l’état empirant sans cesse, ou se décida à prendre des mesures.

Le maire de Périgné, l’honorable M. Martin, qui avait déjà demandé des instructions en haut lieu, les fit examiner d’abord par leur médecin, M. le docteur Glais, de Saint-Romans, qui fit appeler, vu la singularité et la gravité du cas et les responsabilités qui en découlent, un de ses confrères de Melle, M. le docteur Dourif.

En présence des docteurs, les mêmes scènes se déroulèrent, vociférations et imprécations de la mère répétées par les autres membres, qui semblent lui obéir, bien qu’elle ne leur parle pas. Elle les empêche de répondre aux questions posées et de les laisser alimenter (les malheureux n’ont pris qu’une fois du café au lait depuis dimanche, dans un intervalle plus lucide).

Après ces diverses excentricités, chants mystiques, imprécations à des jaloux, les médecins virent la jeune fille briser une vitre et passer la tête à travers l’ouverture, puis la mère brisa de sa main la vitre au-dessus dont les éclats couvrirent la tête et le cou de la fille qui courait ainsi plusieurs fois le risque de s’ouvrir les veines. Après cela toute la famille sautait par la croisée.

Chacun d’eux a, du reste, des plaies ou blessures produites par des bris de carreaux, tessons de vaisselle, chocs contre les meubles, etc.

Devant cet état de choses qui pouvait, d’un instant à l’autre, devenir dangereux pour eux et pour les autres (les malades tirant parfois des coups de fusil), il s’imposait de les mettre au plus vite dans l’impossibilité de nuire.

M. le maire les fit donc attacher chacun dans un drap, et vendredi matin on les conduisit à Niort.

Tout le monde, dans la contrée, est fort monté contre un sorcier ou hypnotiseur qui, depuis de longues années, aurait suggestionné les deux femmes, leur donnant des crises nerveuses (hystériformes ont dit les docteurs), et aurait, par ses manœuvres, réussi, non seulement à les rendre malades, mais à leur soutirer une petite fortune.

La région est dans l’épouvante d’un malheur aussi atroce frappant une famille d’honnêtes fermiers, et soulevée d’une juste indignation contre celui qu’elle considère comme l’auteur responsable de cette horrible situation.

Journal « Le mellois. »  1906.
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