Les pommes soufflées

train

Comme pour beaucoup de grandes inventions le hasard joue ici un rôle prépondérant, et il faut ranger celle des pommes soufflées, des adorables pommes soufflées, au nombre des inventions qui sont le plus agréables à l’humanité.

C’est parce qu’il vit tomber d’une branche ce fruit qui perdit notre mère Eve que Newton découvrit les lois de l’attraction universelle. C’est parce qu’un train eut du retard que vous pouvez aujourd’hui entourer votre entrecôte de ces succulentes merveilles que sont les pommes soufflées. On inaugurait la ligne de chemin de fer qui passe pour avoir été la première qui fonctionna en France, celle de Paris à Saint-Germain. La vérité, c’est que le chemin de fer fonctionnait déjà entre Lyon et Saint-Etienne et entre Beaucaire et Alais (Alès) : les gens de Beaucaire ne sont pas peu fiers d’avoir eu une gare dès 1833 !

Bref, l’ingénieur Flachat venait de construire ce chemin de fer de Paris à Saint-Germain qui amusait tant les Parisiens du temps des chapeaux à la Paméla, des pantalons de Nankin et des gardes nationaux. On ne conçoit point d’inauguration sans banquet ni discours. Le menu du banquet comportait, comme pièce de résistance, un filet de boeuf aux pommes frites. Malheureusement, le train officiel eut du retard. Le chef était persuadé qu’un train qui marchait pour la première fois et qui transportait d’illustres personnages se piquerait d’exactitude. Il avait mis ses pommes de terre dans la friture crépitante pour qu’elles fussent à point à l’heure fixée.

Le train se faisant attendre, il dut les enlever de leur bain bouillant. Quand enfin Louis-Philippe et la reine Amélie parurent dans la salle du banquet, aux accents de la fanfare locale, il replongea bien vite ses pommes de terre dans la graisse, se demandant avec angoisse ce qui allait se produire…

Et le miracle fut !… Les pommes se gonflèrent comme des bulles d’or, fines, savoureuses, à la fois molles et croustillantes… Le maître-queux reçut des compliments unanimes et Louis-Philippe redemanda deux fois de ces pommes incomparables…

« Le Pêle-mêle  » Gaston Derys, Paris, 1895.

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8 réflexions sur “Les pommes soufflées

  1. je ne connaissais pas cette belle histoire ; c’est une belle illustration de la théorie de l’erreur féconde : réussissez une recette, vous ne mangerez que ce que vous avez prévu / ratez la, et vous aurez (peut-être) inventé un nouveau plat ! (cf la tarte tatin, parait-il tatin parce que renversée par accident).
    Bon, le plus souvent, on n’invente rien, on est quite pour faire des pâes 🙂

    Aimé par 1 personne

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