Les délices des chemins de fer américains

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La charmante et confortable chose qu’un voyage sur les chemins de fer d’Amérique ! Comme on s’y ingénie à rendre la  vie douce à ceux qui n’y trouvent pas la mort !

Au milieu de toute la longueur de chaque wagon règne, comme dans nos omnibus, un passage; seulement ce passage est plus large que dans les modestes voitures prises ici comme terme de comparaison; en outre, les banquettes occupées par les voyageurs ne lui sont pas parallèles, mais perpendiculaires. Tous les wagons communiquent ensemble au moyen de plates-formes qui permettent de passer de l’un dans l’autre sans danger, de sorte que la galerie dont il vient d’être question règne dans toute la longueur du convoi. Sur ce convoi, le voyageur jouit de la même liberté de mouvements que le passager à bord d’un paquebot.

II va, vient, circule, s’asseoit, se lève, se couche, change de place, passe d’un wagon dans un autre, cherchant si, parmi ses compagnons de route, il ne se trouve pas quelqu’un de sa connaissance, et s’il s’en rencontre, il voisine. Veut-il respirer l’air libre, jouir de la vue du ciel et des champs, il se rend sur une terrasse à l’extrémité de la machine roulante, et là, tout en distillant un bon cigare, passe en revue le panorama changeant de fleuves, de montagnes, de ravins, de coteaux, d’abîmes, de forêts, de prairies, de champs cultivés, de jardins, de villes et de villas, devant, derrière, dessus, dessous, et au travers desquels se précipite le convoi.

Il trouve à bord café, restaurant, journaux; et tout en dévorant l’espace, il déjeune, dîne, soupe, fait sa correspondance, se met au courant des affaires du jour, rend des visites, se promène, et quand fatigué de distractions, il veut jouir de quelques heures de repos, une banquette se change pour lui en chaise longue, et le voilà qui franchit, en dormant, une partie de la distance de New-York à la NouvelIe-Orléans. Tel est le convoi américain maison ambulante, paquebot de terre ferme, qui a sur le navire proprement dit cet avantage qu’on, n’y souffre pas du mal de mer.

Chez ce peuple, avare de temps, ami des simplifications, on n’a multiplié plus que de raison ni les employés à l’intérieur des gares, ni les bureaux, ni les guichets, ni les barrières, ni les salles d’attente, antichambres des wagons, ni les formalités à remplir pour prendre possession de la place qu’on paie. Arrivé à l’embarcadère, on va droit au convoi en chargement, comme ou monte sans épreuves préalables à bord d’un paquebot ou dans un omnibus.

Le convoi parti, le conducteur fait sa tournée, réclamant de chacun le prix de sa place, en échange de quoi il vous donne une carte qui plantée sur le devant de votre chapeau, vous met à l’abri de nouvelles demandes de ce genre. Le convoi portant avec lui, comme un bateau à vapeur, ses buffets, ses restaurants, ses salons, ses cabinets, n’éprouve plus, dans sa rapide traversée, que les temps d’arrêt strictement nécessaire pour prendre et déposer les voyageurs, faire de l’eau et du charbon.

Ce sont là des avantages dont nous finirons par jouir à notre tour. Il suffira que ces charmantes combinaisons, qui entourent la vie nomade de tant d’agréments, soient une fois réalisées, ne fût-ce qu’à titre d’essai, sur un seul de nos chemins de fer, pour que bientôt-elles se propagent sur tous les autres.

« L’Ami des sciences. »   Victor Meunier, Paris, 1855.

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3 réflexions au sujet de « Les délices des chemins de fer américains »

    Éric G. Delfosse a dit:
    août 17, 2014 à 12:42

    « Ce sont là des avantages dont nous finirons par jouir à notre tour. »
    Oui, mais quand ? 🙂

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