Outre-tombe

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Roy Louis
Roy Louis

Il vient encore, au courant de la semaine qui vient de finir (janvier 1887), de se produire un de ces faits qui font frémir d’épouvante.

Dans la commune de Distié, près de Saumur, un jeune homme a été enterré vivant: en se rendant de l’église au cimetière, les porteurs crurent entendre de légers coups venant du cercueil ; mais ils n’y prirent pas autrement garde ; on arriva ainsi au cimetière, et le corps fut descendu dans la fosse ; mais pendant que l’on jetait sur le cercueil les premières pelletées de terre, de nouveaux coups se firent entendre; cette fois, le doute n’était plus possible; on remonta la bière, on l’ouvrit, et on vit que le prétendu défunt vivait encore ; malheureusement, la bière n’avait pas été ouverte à temps, l’asphyxie s’était produite, et peu d’instants après le jeune homme expirait.

En vérité, c’est une chose extraordinaire qu’à notre époque, en France, toutes les mesures de précaution n’aient pas encore été prises pour empêcher le retour des inhumations précipitées. Et, pourtant, que de faits n’a-t-on pas cités ! Mais les réformes sont lentes à accomplir. 

Ce n’est que depuis 1792 que les funérailles sont réglementées. Avant cette époque, on faisait à peu près ce qu’on voulait. Les enterrements avaient lieu quelques heures seulement après le décès.

On adopta une loi portant que toute inhumation ne pourrait être faite que vingt-quatre heures après que le défunt avait rendu le dernier soupir. C’était un progrès sur l’état de choses ancien. Mais comme cette loi restait souvent impuissante à prévenir de funestes méprises, le préfet de la Seine, en 1806, adressa aux maires de Paris une circulaire prescrivant qu’à l’avenir le délai de vingt-quatre heures pour les inhumations ne daterait plus de l’heure donnée par les témoins, mais de celle de la déclaration, et que l’examen du décès serait fait par un médecin.

Les choses se passent ainsi à Paris; mais en est-il de même en province ?

Ce qu’il y a de certain, c’est que plus d’une fois on à entendu des plaintes s’élever sur la façon dont les décès étaient constatés, c’est que plus d’une fois l’horrible récit de l’inhumation d’une personne qui respirait encore est venu frapper douloureusement notre esprit !
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M. Camille Flammarion, racontait, il y a peu de temps, un événement terrible qui venait de se produire en Pologne.

On enterrait, près de Varsovie, une femme de vingt-sept ans, qui était enceinte de sept mois. La mort arriva, inattendue, sans avoir été précédée d’aucun symptôme de maladie. Toutefois, comme la défunte avait été souvent maltraitée par son mari, on soupçonna celui-ci d’avoir tué sa femme.

L’autorité fit exhumer le cadavre.

« Quel ne fut pas, dit M. Camille Flammarion, l’étonnement de la commission judiciaire et de toutes les personnes qui assistaient à l’exhumation lorsque, en découvrant la bière, on trouva aux pieds du cadavre de la femme un enfant nouveau-né !  Cet enfant était arrivé à son entier développement. Il était venu au monde dans la tombe, où il avait vécu quelques heures. Ainsi, le tombeau de sa mère avait été en même temps son berceau et son tombeau. Quant à la mère, on a constaté qu’elle avait été enterrée vivante, mais ayant perdu connaissance, et qu’à son réveil elle était accouchée de son enfant, au milieu de souffrances atroces. Ces souffrances ont été révélées par le sang qui s’était desséché sur les lèvres de la pauvre femme, par sa langue que ses dents avaient broyée, et par les doigts des mains qui étaient convulsivement pressés les uns contre les autres. »

Les exemples d’inhumations précipitées ne manquent pas. Un des plus récents est celui qui fut constaté à Paulhaguet (Haute-Loire) au mois de mai 1885. Des enfants qui jouaient près du cimetière entendirent des cris partant d’une fosse ouverte où le cercueil avait été déposé la veille: ils donnèrent l’alarme. On s’occupa de déclouer le couvercle du cercueil. La femme enterrée était encore vivante !
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Être enterré une fois par erreur, c’est déjà beaucoup ; l’être deux fois, cela dépasse un peu la mesure !

Pourtant, la chose est arrivée.

Au mois de mai 1884, on inhuma à Oran un boucher nommé Fauques qui avait été déjà porté deux fois au cimetière. La première fois, c’était en 1848: tombé en catalepsie, il avait été mis en bière et enterré; mais, au moment où l’on jetait la première pelletée de terre, on entendit des cris étouffés, et quand on eut décloué la bière, Fauques se leva, à la grande stupéfaction des assistants. Dix-huit ans plus tard, le malheureux boucher tomba de nouveau en léthargie : c’était pendant une épidémie cholérique; les enterrements se faisaient rapidement; on porta Fauques au cimetière; or, cette fois encore, il se réveilla au moment où on allait descendre la bière dans la fosse. Ce n’est que dix-sept ans après que Fauques se décida à mourir pour tout de bon. 

« Ce cas est analogue, dit M. Camille Flammarion, à celui de ce gentilhomme normand du seizième siècle, François de Civille, qui disait de lui-même « trois fois mort, trois fois enterré et, « par la grâce de Dieu, trois fois ressuscité ».

Veut-on d’autres faits ? A Lecce, en Italie, au mois de décembre 4 884, un portefaix est porté au cimetière après les constatations d’usage: tout à coup, le prétendu mort défonce la bière, se fève et se met à courir. Au mois de janvier de la même année, à Belfort, on était sur le point d’ensevelir un mort, lorsqu’au milieu de l’ahurissement général, celui-ci se dressa sur son séant, ne comprenant rien à ce qui se passait: on lui donna des soins et, le lendemain, il prenait le train pour Besançon.

enterrement_xav

Une histoire célèbre dans les annales des causes célèbres est celle de ce domestique de Toulouse qui, après la mort de sa maîtresse, fut pris de l’horrible désir d’aller la dépouiller dans sa tombe des bijoux avec lesquels elle avait été inhumée. Il se rendit dans le caveau de famille où elle reposait. La morte avait au doigt une bague d’un grand prix, mais le violateur de sépulture ne put l’en arracher. Alors, il se saisit de son couteau et trancha le doigt. Aussitôt, la malheureuse poussa un cri: elle n’était qu’endormie et la sensation du coup de couteau l’avait réveillée.

« On pourrait, écrit M. Camille Flammarion, multiplier facilement les faits. Il ne serait pas nécessaire pour cela de remonter jusqu’à André Vésale, qui vit un prétendu cadavre, dont il faisait l’autopsie, se dresser devant lui, ni jusqu’au cardinal Espinosa, qui se réveilla sous le couteau sanglant du chirurgien qui le disséquait. Nous pourrions rappeler l’ouvrage de Bruhier sur l’incertitude des signes de la mort rapportant cent quatre-vingt-un exemples d’inhumations précipitées. »

Un cas des plus curieux est celui de Victorine Lafourcade, en 1810.

Victorine Lafourcade était mariée à un banquier, M. Renelle. Elle mourut. Son amant, Julien Bassuet, eut l’idée d’aller violer sa sépulture pour lui couper une des tresses de sa chevelure. A ce moment Victorine se réveilla. Voici la suite: la jeune femme fut emportée par son amant, avec lequel elle s’enfuit en Amérique; vingt ans plus tard, Bassuet et Victorine revinrent en France, mais le banquier reconnut sa femme et voulut faire valoir ses droits devant les tribunaux: il perdit son procès. Je dois dire que beaucoup de personnes supposèrent que Victorine Lafourcade, pour se rendre libre, avait fait croire à sa mort et qu’elle s’était entendue avec son amant pour que celui-ci vînt l’arracher de sa tombe.
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 Il faut s’arrêter dans cette lugubre nomenclature.

Toutefois, de tels sujets sont d’un intérêt considérable, et il importe qu’on les aborde pour réclamer des mesures capables de mettre fin à d’épouvantables erreurs.

En 1866, à la tribune du Sénat, le cardinal Donnet, archevêque de Bordeaux, raconta l’histoire d’un jeune prêtre frappé de léthargie et pris pour mort qui se réveilla au moment même où on allait le mettre en terre, et il ajouta: « Ce prêtre, c’est moi, et je viens demander aux dépositaires du pouvoir de veiller à ce que les prescriptions légales qui concernent les inhumations soient strictement observées et d’en formuler de nouvelles pour prévenir d’irréparables malheurs ! »

L’opinion publique réclame aussi les garanties les plus grandes pour la constatation du décès. Cette constatation doit être faite dans des conditions rigoureuses. Une plaisanterie commune consiste à dire que les médecins tuent leurs clients: ce qui n’est pas moins grave, c’est qu’il prennent des vivants pour des morts et les fassent enterrer.

« La Revue des journaux et des livres. » Jean Frollo, paris 1887. 

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8 réflexions au sujet de « Outre-tombe »

    gavroche60 a répondu:
    septembre 5, 2014 à 6:16

    😀

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    jmcideas a dit:
    septembre 6, 2014 à 10:24

    Mr Delfosse, on ne blague pas avec ces choses là -merci-

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      gavroche60 a répondu:
      septembre 6, 2014 à 10:38

      Bah, l’humour n’est pas de l’irrespect … 🙂

      Aimé par 1 personne

        jmcideas a dit:
        septembre 9, 2014 à 8:32

        L’irrespect eût été envers M.Delfosse, si j’avais écrit:

        « Mr Belle-fosse, on ne blague pas…. »
        L’humour n’est qu’un don tout personnel
        JMC

        Aimé par 1 personne

          gavroche60 a répondu:
          septembre 9, 2014 à 10:03

          Je voulais dire qu’Eric ne désirait pas se montrer irrespectueux … Désolé de m’être mal exprimé.
          Bonne soirée 🙂

          Aimé par 1 personne

          Éric G. Delfosse a dit:
          septembre 10, 2014 à 1:07

          Mais, mon cher « jmcideas », vous n’auriez nullement été irrespectueux envers moi si vous aviez écrit « Mr Belle Fosse ».. Je vous aurais juste répondu que j’étais … sceptique…

          😆
          L’humour est personnel, dites-vous ?
          Vous avez en partie raison … mais si je me rappelle bien mes cours (si, si, ça existe, des cours – tout ce qu’il y a de plus « officiels » – sur l’humour), il est quand même aussi – et surtout – collectif, sinon, chacun rirait dans son coin de sa blague qu’il serait le seul à comprendre. Et personne ne vendrait jamais le moindre recueil de blagues, puisqu’il n’y aurait que la personne qui les aurait écrites qui l’achèterait pour pouvoir en rire…
          Mais si vous trouvez que l’humour est surtout personnel, pourquoi dites-vous alors que « On » ne plaisante pas (avec ceci-cela) … au lieu de dire que « Je » ne plaisante pas (avec telle chose) ?

          Bon, allez, le chat-pitre est clos… Je survolais « Le Ciel » pour me détendre un peu après mes 320 derniers kilomètres d’une traite de ce soir, et je file me reposer, maintenant.
          Faites de beaux rêves…

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      Éric G. Delfosse a dit:
      septembre 10, 2014 à 12:56

      Ha bon ?
      Peut-être que « On » ne blague pas « avec ces choses-là » (mais lesquelles finalement ? avec les clous de cercueil, ou avec les voisins menteurs ?), mais vu que je ne suis pas « On », j’avoue que je ne me sens pas trop concerné par ce fameux Monsieur « On » qui ne plaisanterait pas avec plein de choses…

      😉
      Blague à part, si Monsieur « On » (encore ce fameux « On » dont des milliers de gens parlent chaque jour) ne blague pas avec, en vrac, les gens morts (et les gens qui ressuscitent non plus apparemment), les maladies, les handicaps, les métiers, les hobbies, les religions, les divinités, les couleurs de peau, les pays de résidence, et quelques autres thèmes qui, vu l’heure et vu neuf cents kilomètres dans les pattes ces dernières 48h, ne me viennent pas spontanément à l’esprit, …, je me demande bien ce qui peut encore faire rire ce brave Monsieur « On »…
      Ha, je sais… :

      Deux chèvres, appelées Baba et Baby, sont dans un bateau. Le bateau se renverse. L’une des chèvres ne sait pas nager… Et l’autre appelle au-secours… Qui fait quoi ?

      Vous donnez votre organe buccal de phonation au félidé ?

      Bin, c’est Baba qui ne sait pas nager, puisque … Baba Cool pendant que Babybel…

      OK, je sors… Belle nuit à vous (à vous tous, d’ailleurs, pas rien qu’à notre ami « jmcideas »)…

      J'aime

    Maître Renard a dit:
    mars 17, 2016 à 8:43

    A reblogué ceci sur Maître Renard.

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