Vous êtes mis à pied, chevalier !

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chevalier

« Cet employé s’est fait mettre à pied » dit-on communément de l’homme à qui ses chefs ont imposé un chômage, qui prend le caractère de punition par cela que la privation de traitement en est la conséquence. Cette manière de parler s’applique très souvent à des employés dont le service ne s’accomplit ni à cheval ni sur un véhicule quelconque.

Pour en trouver l’origine dans son sens positif, il faut évidemment se rappeler la tradition romaine qui conférait au censeur le droit d’interdire au chevalier qui avait démérité l’usage du cheval que lui avait donné la République.

Cette mise à pied constituait une sorte de dégradation et de note infamante, puisqu’elle excluait celui qui en était frappé de l’ordre des chevaliers. Cette chevalerie tirait son origine des trois cents jeunes gens dont Romulus forma sa garde, et qu’il nomma Célères (du nom de l’un d’entre eux, qui était un marcheur d’une rapidité remarquable). L’ordre des chevaliers tenait à Rome le milieu entre le sénat et le peuple, et formait comme un lien unissant les plébéiens avec les patriciens. Pour y être admis, il suffisait d’être né libre, d’avoir environ dix-huit ans et quatre cent mille sesterces de revenu. Le cheval que montaient les chevaliers leur était donné par la République. Ils portaient au doigt un anneau d’or, différent de celui du peuple, qui était de fer. Leur tunique était brodée d’ornements en forme de clous, ce qui la faisait nommer angusticlave. Ils avaient des places d’honneur aux assemblées et spectacles publics.

La dignité de chevalier approchait de celle de sénateur; c’était d’ailleurs parmi les chevaliers qu’étaient choisis les nouveaux membres du sénat. Chaque année, vers le milieu du mois de juillet, tous les chevaliers, ayant une couronne d’olivier sur la tête, revêtus de leur robe de cérémonie, montés sur leurs chevaux et portant les ornements militaires qu’ils avaient reçus des généraux pour prix de leur valeur, formaient un défilé, allant du temple de l’Honneur, qui était hors des murs, au Capitole. Là se tenait assis le censeur, qui les passait en revue: si quelque chevalier menait notoirement une vie dissolue, s’il était prouvé qu’il avait diminué son revenu, au point qu’il ne lui en restât pas assez pour tenir dignement son rang de chevalier, ou s’il avait eu peu de soin de son cheval, le censeur lui ordonnait de le rendre. Il était alors noté de paresse et exclu de l’ordre. Si, au contraire, le censeur était content, il lui ordonnait de passer outre avec son cheval. Le censeur, la revue achevée, lisait la liste des chevaliers celui qui était nommé le premier portait pendant l’année le titre de Prince de la jeunesse.

La guerre était la principale fonction des chevaliers, mais ils avaient aussi le droit de juger un certain nombre de causes conjointement avec le sénat. En général, ils étaient en haute réputation d’intégrité, et c’était parmi eux que l’on prenait les hommes chargés du maniement des deniers publics.

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« Curiosités historiques et littéraires  » Eugène Muller, C.Delagrave, paris, 1897.
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2 réflexions au sujet de « Vous êtes mis à pied, chevalier ! »

    Éric G. Delfosse a dit:
    octobre 1, 2014 à 10:14

    Promis, je soignerai bien mon cheval !

    Aimé par 1 personne

    jmcideas a dit:
    octobre 3, 2014 à 7:54

    La mise-à-pied était vexante, et la mise-au-placard, elle, est infamante
    NB: On sait que les Administrations d’Etat regorgent de gens ‘écartés’…mais qu’on ne peut ‘virer’ (garantie d’emploi)

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