Athénodore et le spectre

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On croit assez communément que les histoires de maisons hantées de revenants, qui avaient si largement cours chez nos pères et qui résultaient de la triste condition des âmes dites en peine, ou en état de péché ont leur principe dans les idées religieuses du moyen âge.

*Mais en cela, comme en beaucoup d’autres cas, le moyen âge n’a fait que transformer des idées antiques. L’âme en peine qui, sous l’empire des nouvelles croyances, est censée revenir sur terre pour demander aux vivants les prières qui doivent racheter ses fautes, était chez les anciens l’âme d’une personne dont le corps avait été privé des honneurs funèbres. C’est ce que nous apprend l’aventure suivante, très sérieusement rapportée par Pline le Jeune, dans une de ses lettres.

Il y avait à Athènes une maison fort grande, fort logeable, mais décriée et déserte. Chaque nuit, au milieu du profond silence, s’élevait tout à coup un bruit de chaînes, qui semblait venir de loin et s’approcher. On voyait, disait-on, un spectre, fait comme un vieillard, très maigre, aux cheveux hérissés, portant aux pieds et aux mains des fers, qu’il secouait avec un bruit horrible. De la, des nuits affreuses pour ceux qui habitaient la maison.

Le philosophe Athénodore était venu à Athènes, et, ayant appris tout ce qu’on racontait de la maison abandonnée, il la loua et résolut d’y loger dès le jour même. Le soir venu, il ordonne qu’on lui dresse un lit dans une des salles de la maison, qu’on lui apporte ses tablettes, de la lumière, et qu’on le laisse seul. Craignant que son imagination ne lui créât des fantômes, il applique son esprit, ses yeux et sa main à l’écriture.

Au commencement de la nuit, un profond silence règne dans la maison, comme partout ailleurs; mais bientôt il entend des fers s’entrechoquer; il ne lève pas les yeux et, continuant à écrire, s’efforce de ne pas croire ses oreilles. Mais le bruit augmente, approche à ce point qu’il semble être dans la chambre même. Il regarde, il aperçoit le spectre tel qu’on le lui avait décrit. Ce spectre est debout et l’appelle du doigt. Athénodore lui fait signe d’attendre et se remet au travail. Mais le spectre secoue plus fortement ses chaînes et fait encore signe du doigt. Alors le philosophe se lève, prend la lumière et va vers le spectre. Celui-ci, qui marche comme accablé sous le poids de ses chaînes, emmène le philosophe dans la cour de la maison et tout à coup disparaît. Athénodore ramasse des herbes, des feuilles, pour marquer la place où le spectre a paru s’engloutir.

Le lendemain, il va trouver les magistrats et les prie d’ordonner que l’on fouille a cet endroit. On le fait, et on y trouve des os enlacés dans des chaînes; le temps avait rongé les chairs. Après qu’on eut soigneusement rassemblé ces restes, on les ensevelit publiquement, et depuis que l’on eut rendu au mort les derniers devoirs, il ne troubla plus le repos de cette maison.

« Curiosités historiques et littéraires. » Eugène Muller, C. Delagrave, Paris,1897.

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