Les quatre mendiants

Publié le Mis à jour le

Des nombreux ordres ecclésiastiques que le moyen âge a vu naître, il n’en fut pas de plus; populaire parmi nous que ceux des quatre grands ordres mendiants qui sont, pour les citer par rang de préséance: les Franciscains, les Dominicains, les Carmes et les Augustins.

Les premiers Franciscains furent les disciples de saint François d’Assise. Comme leur chef, ils faisaient voeu de pauvreté absolue. La règle sévère de leur ordre leur interdisait de rien posséder, pas plus en commun qu’en propre; aussi vivaient-ils exclusivement d’aumônes. On les nommait encore cordeliers, de la corde dont ils se ceignaient les reins, et frères mineurs de ce qu’ils se considéraient par humilité comme inférieurs aux autres ordres. Les Dominicains ou frères prêcheurs jouissent d’une célébrité sinistre par l’ardeur qu’ils déployèrent à allumer les bûchers de l’Inquisition. Ils furent enrégimentés parmi les mendiants sous la papauté d’Honorius III, à peu près dans le même temps que les Carmes. Les Carmes toutefois ont montré des prétentions exceptionnelles à l’ancienneté. A en croire leurs annalistes, ils auraient pu revendiquer le prophète Elie comme le fondateur de leur ordre. Les Augustins, eux, ne comptèrent au nombre des mendiants que dans le courant du seizième siècle.

La popularité des quatre ordres s’explique assez par leur vie de pérégrinations continues. On était accoutumé de les voir passer la main tendue, la besace au clos, et chacun savait leurs frocs par cœur: celui des franciscains de couleur grise, celui des dominicains de teinte écrue, et la robe brune des carmes et la robe noire des augustins.

les_quatre_mendiants

Aussi, lorsqu’au dessert apparaissaient sur une même assiette les quatre fruits secs que vous savez, nos pères d’y reconnaître aussitôt les quatre mendiants. Le raisin portait la livrée sombre de l’augustin, la noisette celle du carme, l’amande celle du dominicain, la figue celle du franciscain. C’était une image parlante autrefois. Le destin des quatre ordres veut qu’elle ait aujourd’hui besoin d’être expliquée. On a longtemps payé les moines mendiants pour suivre les enterrements. Tallemant des Réaux conte à ce propos une étrange anecdote:

« Un auditeur des comptes, dont j’ai oublié le nom, avait ordonné par son testament que les quatre mendiants seraient à son enterrement, et que ces quatre ordres porteraient quatre gros cierges qu’il avait dans son cabinet. Comme on fut dans l’église, tout à coup ces cierges crevèrent, et il en sortit des pétards qui firent un bruit épouvantable. Les moines et toute l’assistance crurent que c’était le diable qui emportait l’âme du défunt. Regardez quelle vision de se préparer une farce pour après sa mort. »

« Musée universel. »  Paris, 1871.

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4 réflexions au sujet de « Les quatre mendiants »

    Éric G. Delfosse a dit:
    octobre 13, 2014 à 12:14

    Une bonne idée, tiens, ça, le coup des cierges explosifs…

    Je me demande même si … 😳

    Aimé par 2 people

    fanfan la rêveuse a dit:
    octobre 14, 2014 à 7:10

    De quoi se rappeler ses obsèques…
    Bonne journée à tous !
    🙂

    Aimé par 1 personne

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