La fête des Brandons: survivance du culte du feu dans le Haut- Bourbonnais

Publié le Mis à jour le

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Les habitants du Haut-Bourbonnais ont conservé, de temps immémorial, une pratique curieuse, celle d’allumer des feux de joie, le dimanche qui suit le Mardi gras, appelé dans le pays dimanche des Brandons.

Plusieurs semaines à l’avance, chaque village se met à l’œuvre pour préparer les figots (bûchers) et rassembler les bruyères, les genévriers, la paille qui serviront à les dresser. Une fois les combustibles amassés, on va couper dans les bois un arbre de n’importe quelle essence, pourvu qu’il soit droit et long, et on l’amène sur l’emplacement du feu. Cette place est presque toujours la même. S’il existe, comme c’est le cas à Courtine, un mégalithe dans les environs immédiats du village, c’est là que se fait le figot.

Arrangé autour de l’arbre, le bûcher prend la forme cylindro-conique des meules de blé ou de fourrage. Quelques-uns sont très élevés; pour certaines occasions ils ont jusqu’à 10 mètres de haut. La coutume de mettre des chats vivants dans le figot est maintenant perdue. Mais les vieillards se souviennent encore qu’on plaçait un chat dans une botte de paille attachée au sommet du mât. Cette coutume a disparu en raison de sa barbarie et surtout à la suite des interdictions formulées par les municipalités pour éviter les risques d’incendie. En effet, souvent les malheureux chats, encore tout enflammés, s’échappèrent du brasier et allèrent se réfugier dans les maisons et les granges où ils mettaient le feu. Dans les derniers temps, on les attachait avec des fils de fer. Mais cela n’a plus lieu, sinon peut-être dans quelques villages à demi-sauvages de la haute montagne.

Lorsque la nuit est arrivée, un cortège se forme, musette ou vielle en tête, et l’on va chercher les jeunes couples mariés depuis les derniers Brandons. On leur présente un long bâton de noisetier, tout enrubanné, et au bout duquel brûle une mèche; arrivés près du figot, les jeunes époux allument le feu le plus haut possible. Autrefois le nouveau marié mettait le feu à la paille d’un coup de pistolet. Puis le musicien fait le tour du figot en jouant, et alors commencent les danses, aujourd’hui de toutes sortes, mais anciennement on ne connaissait que la bourrée.

Chaque danseur tient dans la main une torche de paille, formée d’une forte poignée de chaume serré de distance en distance par de solides bracelets de paille. C’est ce qu’on appelle une brande, d’où le nom de Brandons. Ces torches bien faites durent presque une heure. Leur inconvénient consiste dans les étincelles dangereuses pour les yeux et les vêtements; aussi l’habitude de danser en tenant des brandes, s’est-elle perdue. Il n’y a pas pour ce bal de chants particuliers, mais lorsqu’on n’a pas de musiciens, les paysans assemblés chantonnent des airs pour accompagner les danseurs. A l’avance, les femmes ont préparé des beignets faits de farine, de beurre et d’oeufs formant une pâte frite à l’huile. Les hommes apportent du vin; parfois on dresse une table, et, dans l’intervalle des danses, on boit et on mange pour recommencer ensuite à danser, car un figot bien fait doit durer plusieurs heures.

Quand la cérémonie a lieu dans un bourg où personne n’apporte rien, le soin de désaltérer les danseurs incombe aux jeunes mariés. Lorsque tout est consumé et qu’il ne reste que quelques tisons et de la braise ardente, quelques personnes franchissent d’un bond le foyer pour obtenir la réalisation de certains vœux : à Isserpent, par exemple, dans l’Allier, les femmes sautent pour obtenir des mâles dans leurs couvées d’oies; les jeunes gens, et parfois les jeunes filles, sautent pour le plaisir de montre leur agilité. Le lendemain, quand les cendres sont refroidies, on fait traverser l’emplacement du figot par le bétail du voisinage pour le purifier et le préserver des maladies.

La fête des Brandons, en tant que survivance de l’antique culte du feu, et qu’on peut rapprocher des feux de la Saint-Jean, mérite d’être signalée.

« A travers le monde. »   G. Garnier, Hachette, Paris, 1904.

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4 réflexions au sujet de « La fête des Brandons: survivance du culte du feu dans le Haut- Bourbonnais »

    ermite-athee a dit:
    octobre 15, 2014 à 2:31

    J’en ai entendu parler quand je suis arrivé ici ( dans l’Allier , près de Bourbon l’Archambault) , je me souviens que l’histoire du chat jeté dans le bûcher m’avait horrifié ….

    Aimé par 1 personne

    thibaut. a dit:
    février 18, 2015 à 11:39

    Enfant fin des années 60 début des années 70 nous habitions au vernet a côté de Vichy. .a l epoque le vernet était encore un village de campagne et tout les ans mon grand père qui était originaire de la guillermie dans le haut bourbonnais nous faisait moi et les autres gamins du quartier monter un figot dans un pré a côté de chez nous. ..ma grand mère faisait les beignets. . Nous gamins ont attendais ca tout les ans avec impatience. ..que de souvenirs. ..je pense a eux…..

    Aimé par 1 personne

      gavroche60 a répondu:
      février 18, 2015 à 11:47

      🙂

      J'aime

      Éric G. Delfosse a dit:
      février 19, 2015 à 12:32

      Ça me rappelle que, dans ma famille, du côté de Poix Saint Hubert, j’avais un oncle qui, chaque année, faisait un « grand feu » dans son jardin. Le bon vieux temps… C’était à la même période (fin 60).

      Aimé par 1 personne

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