Voyage impromptu

Publié le Mis à jour le

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Oscar en ballon

Un aéronaute, du nom de Brooks, descendu avec son ballon sur les terres d’un M. Hervey, fermier aux environs de Centralia (Illinois), laissa à la ferme son compagnon de voyage, nommé Wilson, pour vider et rapporter l’aérostat.

Le ballon fut attaché à une forte barrière, et avant qu’il fût complètement dégonflé, M. Hervey, le fermier, et sa femme, voulurent se donner les émotions d’une ascension captive. L’opération se répéta à plusieurs reprises, au moyen de la corde de l’ancre, au grand plaisir des deux époux. Lorsqu’ils descendirent de la nacelle, deux de leurs enfants, une petite fille de sept ans et un petit garçon de trois, voulurent avoir leur part de l’ascension et insistèrent tellement pour « aller aussi en l’air » que M. Wilson les plaça à leur tour dans la nacelle, et laissa remonter l’aérostat. Tout à coup la corde lui échappe des mains, et le ballon dégagé s’élève avec la rapidité d’une flèche dans le ciel, où il emporte les deux enfants. On ne tarda pas à le perdre de vue.

On devine mieux qu’on ne saurait l’exprimer l’angoisse du jeune homme et le désespoir des parents en ce moment. Le jeune Wilson courut aussitôt à Centralia porter la terrible nouvelle à M. Brooks, et lui demander avis. Mais quel avis pouvait donner l’aéronaute, sinon de se mettre tout de suite à la recherche du ballon pour savoir le sort des enfants, qui, selon toute probabilité, seraient ou morts de froid pendant la nuit ou jetés à bas de la nacelle.

Tel ne devait pas être, fort heureusement, le dénouement de cette singulière aventure. Le lendemain matin, au point du jour, un fermier de New-Carthage, demeurant à quarante-trois milles de chez M. Harvey, aperçut le ballon encore en l’air, mais fixé à un arbre de sa cour par l’ancre qui s’était attachée aux branches. Il appela immédiatement ses gens et ils n’eurent pas de peine à hâler bas le ballon, dans la nacelle duquel ils trouvèrent les deux enfants.

Le petit garçon était profondément endormi, et sa jeune soeur, qui n’avait pas fermé l’oeil de la nuit, veillait sur lui avec une sollicitude toute maternelle. Elle raconta que lorsqu’elle se sentit emportée dans les airs, elle se prit à pleurer en criant à son père de la faire descendre. Elle passa ensuite dans une ville (Centralia), où elle vit beaucoup de gens assemblés, auquel elle cria de toutes ses forces d’arrêter le ballon. Mais bien qu’ils suivissent des yeux l’aérostat avec curiosité, ils étaient loin de supposer que la nacelle contînt deux enfants abandonnés à la merci du ciel.

Bientôt le petit se mit à pleurer du froid. Sa soeur détacha alors son tablier, l’en enveloppa et l’endormit. Tout en maniant les cordes qui pendaient à sa portée, elle finit par remarquer qu’il y en avait une (celle de la soupape) qui semblait faire descendre le ballon, quant elle la tirait. Elle s’y suspendit à plusieurs reprises, et sans s’expliquer ni pourquoi ni comment, elle reconnut qu’elle s’était beaucoup rapprochée de terre. Enfin une secousse assez violente, suivie d’une immobilité complète, lui fit croire qu’ils devaient être arrivés quelque part. Elle reconnut, en effet, une maison dans l’obscurité, et attendit plus patiemment qu’on vînt à son secours, épuisée qu’elle était d’avoir crié et appelé pendant plusieurs heures.

Lorsqu’on retira les deux enfants sains et saufs de la nacelle, ils y étaient restés à peu près treize heures et un quart. Ils ont été ramenés à leurs parents, qui ont ainsi passé en peu d’heures de l’extrême désespoir à l’excès du bonheur.

« La Féérie illustrée. »  Ed. Dutertre, Paris, 1859.

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Une réflexion au sujet de « Voyage impromptu »

    Maître Renard a dit:
    mai 25, 2017 à 8:37

    A reblogué ceci sur Maître Renard.

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