Les exécutions à Londres au dix-septième siècle

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échafaud

Tous les peuples ont dans leur histoire des pages que l’on voudrait voir disparaître pour l’honneur de l’humanité. L’Angleterre n’a pas échappé à cette loi fatale, et la fin du dix-septième siècle a été pour ce pays l’époque sanglante entre toutes. Quand on relit les tristes annales de ces temps troublés, on assiste à une suite non interrompue d’exécutions et de massacres. L’échafaud est toujours dressé; le gibet reste en permanence.

Innocentes ou criminelles, les victimes sont confondues dans l’ignominie du supplice. C’est d’abord le comte de Strafford, ministre et pair d’Angleterre, qui meurt sous le coup d’une fausse accusation, en 1641. Bientôt après, la hache du bourreau fait tomber une tête royale, celle du malheureux Charles 1er.

A la suite du terrible incendie qui dévora une partie de la ville de Londres, en 1666, huit jésuites, dénoncés par des adversaires religieux, sont pendus en place publique pour donner satisfaction aux fureurs populaires.

Le vénérable vicomte de Stafford, compromis dans la conspiration des poudres, est condamné par le Parlement à être pendu et coupé en quartiers. Le roi Charles II, convaincu de l’innocence de ce vieillard de soixante-dix ans, n’ose pas lui faire grâce; il commue simplement sa peine en une décapitation.

En 1680, les puritains d’Ecosse se soulèvent. Ils sont défaits à la bataille du Pont de Bothwell, et expient leur révolte dans de cruels supplices.

Trois ans après, le complot de Rye-House est la cause de nouvelles exécutions. Algernon Sidney et lord William Russel, l’honneur du parti whig, montent sur l’échafaud.

Le règne de Jacques II est également marqué par des atrocités. La bataille de Sedgemoor livre au roi ses deux ennemis les plus redoutables, Argyle et Monmouth, qui sont mis à mort. Le colonel Kirke et le chef de justice Jeffries, qui s’étaient déjà signalés par leur cruauté, furent chargés de châtier les autres partisans. Ils s’en acquittèrent avec une férocité telle que leurs noms sont restés exécrés en Angleterre.

C’est Jeffries qui écrivait à Sunderland:

« J’ai commencé aujourd’hui ma besogne avec les rebelles et j’en ai dépêché 98. » Ceux qu’il ne pendait pas, il les faisait vendre aux colonies comme esclaves.

Chaque jour, le peuple de Londres, groupé autour du gibet, pouvait assister au spectacle d’une exécution. Des soldats, l’arquebuse au poing, défendaient les abords de l’instrument de supplice. Malheur à ceux qui témoignaient des regrets ou des sympathies pour les condamnés. La main d’un homme d’armes s’abattait sur eux, et on les enfermait dans la Tour.

Cependant le condamné montait l’échelle avec une noble fierté; Il s’arrêtait un moment et se retournait pour protester une dernière fois de son innocence, ou pour adresser de la main un adieu à quelque ami fidèle caché dans la foule. Quelques
minutes après, son corps se balançait dans les airs. La tragédie était terminée.

Mais toutes ces morts vaillantes devaient servir au pays. Tout ce sang ne coulait pas en vain. Une colère sourde s’amassait dans le cœur de tous les Anglais, et la révolution de 1688, pacifique et glorieuse, se préparait au pied même de l’échafaud.

in Musée universel, A. Ballue, Paris, 1873.

3 réflexions au sujet de « Les exécutions à Londres au dix-septième siècle »

    Éric G. Delfosse a dit:
    novembre 16, 2014 à 7:39

    Chaque époque avait sa manière bien à elle de décorer les villes.
    Aujourd’hui, il y a des panneaux « Buvez Coca Cola » qui clignotent dans tous les coins, et à cette époque-là, c’étaient des pendus… Mais ils ne clignotaient pas, eux !

    Aimé par 1 personne

    jmcideas a dit:
    novembre 17, 2014 à 8:32

    Au Far-Ouest, c’est à dire les Etats dont je parle, il n’était pas rare d’être accueilli par un pendu à l’entrée de la ville. (un de ces mécréants qu’il a fallu châtier pour l’exemple)

    Aimé par 2 personnes

      Éric G. Delfosse a dit:
      novembre 17, 2014 à 10:42

      Le bon vieux temps où la justice ne tergiversait pas durant vingt mois pour savoir s’il fallait donner un rappel à la loi pour l’assassinat de sa grand-mère, ou si remonter les bretelles en montrant du doigt suffisait… 😈
      Il parait que « l’exemple » n’a jamais servi à empêcher les crimes (le fait de ne plus condamner à mort non plus, cela dit), mais j’y vois quand même une bonne chose : ceux qui étaient condamnés à mort récidivaient très rarement ! 😆
      Pour la peine de mort, moi ? Non, pas spécialement… Mais pour une justice plus … juste, ça oui ! Quand je vois qu’il y a deux-trois ans, un SDF de la région de Nantes s’est fait mettre en prison pour trois ou quatre mois (me rappelle plus exactement, mais de la prison ferme, en tout cas) parce qu’il avait, sans violence, volé un sandwich et une boisson (moins de dix euros), … alors que des criminels (des vrais, avec du sang sur les mains) s’en sortent avec parfois moins que trois mois, je me dis qu’il y a un problème quelque part…

      Aimé par 2 personnes

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