Les combats singuliers

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chevaliersLa France fut le dernier pays où l’on admit l’usage de l’arbalète. « Avant cela, dit Mézeray, les gens de guerre étaient si francs et si braves qu’ils ne voulaient devoir la victoire qu’à leur lance et à leur épée. Ils abhorraient ces armes traîtresses, avec quoi un coquin se tenant à couvert, peut tuer un vaillant homme de loin et par un trou. »

Cette phrase de l’historien peint fidèlement le caractère chevaleresque de nos ancêtres. Toujours armés, toujours prêts à entrer en lice, les preux d’alors ne comprenaient qu’un genre de combat,le duel corps à corps. Ils y trouvaient une certaine poésie sauvage, un charme barbare qui les passionnait. Que l’on relise, dans La Légende des siècles, cette magnifique épopée du mariage de Roland avec la sœur d’Olivier. On verra les deux paladins aux prises, Durandal contre Closamont. Sous les coups répétés des adversaires, les hauberts se brisent, les casques volent en éclats. L’acier mord le fer. Des filets de sang coulent sur les brassards. Mais l’enivrement de la lutte est tel que les combattants ne s’arrêtent pas.

Le combat les enivre; il leur revient au cœur
Ce je ne sais quel dieu qui veut qu’on soit vainqueur,
Et qui, s’exaspérant aux armures frappées,
Mêle l’éclair des yeux aux lueurs des épées.

Toute l’histoire du moyen âge est pleine d’aventures semblables. Deux troupes ennemies se rencontrent-elles en rase campagne, les chefs, désireux de montrer leur valeur personnelle, se défient seul à seul et se somment d’assurer le camp. Le cartel est toujours accepté. Les hommes d’armes se rangent pour faire place aux champions qui s’élancent l’un sur l’autreBattle of Agincourt au grand galop des coursiers. Une rencontre formidable a lieu. Les combattants disparaissent dans un tourbillon de poussière, et l’on n’entend plus que le cliquetis strident du fer contre le fer. Les secondes semblent des heures, tant l’impatience est grande. Enfin l’un des chevaliers reparaît avec un tronçon de lance. La pointe s’est brisée sur le bouclier de son adversaire.

Vite, il prend la hache suspendue à son côté et le combat recommence plus acharné que jamais. Le coup décisif va être frappé. Les chevaux hennissent et se cabrent. Le second choc est plus terrible encore que le premier. Quel sera le vainqueur ? Qui l’emportera de la hache ou de la lance ? C’est la hache, qui siffle dans l’air, qui brise l’acier du casque et qui s’enfonce dans le crâne de l’ennemi, comme la cognée du bûcheron dans le coeur d’un chêne.

On peut trouver aujourd’hui ces duels barbares et féroces. Le sont-ils moins que nos grandes batailles où l’on se massacre à quatre kilomètres de distance, sans se voir, au jugé ? Plutôt que ces froides opérations stratégiques, qui ressemblent à de sanglantes parties d’échec, nous préférons ces défis insensés, ces cartels chimériques que le roi Edouard d’Angleterre adressait à Philippe de Valois, et François Ier à Charles-Quint. Ces combats primitifs coûtaient la vie à moins de monde et ils avaient pour excuse la passion et l’enivrement du sang qui coule.

Musée universel.  A. Ballue, Paris, 1873.

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Une réflexion au sujet de « Les combats singuliers »

    Éric G. Delfosse a dit:
    novembre 18, 2014 à 2:17

    Si, aujourd’hui, quand deux nations veulent se faire la guerre, les deux dirigeants enfilaient une armure et allaient se battre en duel avec des armes « blanches », ça réduirait pas mal le nombre de guerres et le nombre de victimes…
    Mais ça mettrait beaucoup de monde au chômage, aussi… Faut savoir ce que l’on veut… La paix misérable ou la guerre qui rapporte des sous ?

    Aimé par 1 personne

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