L’âne et le fils du magicien

Publié le Mis à jour le

paysan-aneAu temps d’autrefois, certain paysan revenait avec son âne de la foire où il avait peut-être vidé trop de chopines; si bien que sa tête étant pesante et ses jambes peu solides, il s’assit au pied d’un arbre, la bride de l’âne à son bras, et s’endormit si bien qu’il ronflait à faire trembler les ramures.

Passent deux chercheurs d’aubaines qui, le voyant si bien pris de sommeil, pensèrent à le dépouiller de son baudet, sans qu’il pût leur chercher noise.

Les voilà débridant, débâtant la bête; puis, l’un s’en va avec elle au plus vite. L’autre, s’étant accommodé dans les harnais et tenant la place de l’âne, se met à tirer si fort sur les courroies que le dormeur s’en réveille.

Ça, fait-il, tout ébaubi, où donc est mon âne ?
Hé ! soupire l’autre, il est là, mon maître
Comment, là ! Je ne vois que vous.
Eh bien ! moi ou l’âne, c’est tout un.
Qu’est-ce à dire ? Je n’entends pas de cette oreille. Et il faudra bien que vous me disiez …
Mais je ne demande pas mieux, mon maître.
Votre maître, moi?
Oui, puisque je suis votre âne !
Hein !
Écoutez, mon maître, écoutez.
Voyons, voyons, parlons peu et parlons bien.
Oui, mon maître. Figurez-vous que je suis le fils d’un grand magicien. Étant jeune homme, sachant que mon père avait du bien, je menais joyeuse vie, je m’amusais, je buvais, je mangeais. Mon père me grondait, me menaçait, mais je ne l’écoutais guère. Tant et si mal fis-je envers lui, qu’un jour, il y a de ça cinq ans juste aujourd’hui, à cette heure même, mon père, furieux de voir que je ne me corrigeais pas, me dit : « Puisque tu persistes dans tes débauches, tu vas passer dans le corps d’un âne, où tu resteras pendant cinq ans. »

Et ce que mon père avait dit arriva; à peine avait-il fini de parler que j’eus quatre pieds au lieu de deux, des oreilles de longueur, et tout ce qui s’ensuit. Et j’ai été cinq ans ainsi. C’est bien, du reste, le bon Dieu qui m’avait fait vous avoir pour maître, et je vous sais grand gré de la façon dont vous m’avez traité.
Heu, heu ! je vous ai bien donné quelques coups de trique cependant ! …
Bah ! ne devais-je pas être châtié pour mes anciennes fautes ! Enfin, les cinq ans viennent de finir, j’ai repris mon ancienne forme, et me revoilà jeune homme. Oh ! mais je n’ai pas l’intention de vous faire tort. Ane, j’étais à vous, jeune homme, je le suis encore. Vous êtes mon maître; gardez-moi, emmenez-moi, et faites de moi ce que vous voudrez. En vérité, et malheureusement, je n’ai jamais su que boire, manger et m’amuser; je ne vous serai pas d’une grande aide, car je ne suis guère fort, comme vous voyez, mais toujours est-il que vous avez droit entier sur moi. Je suis donc à votre entière soumission.
Fort bien ! fit le paysan ; mais dans tout ça, je vois qu’il faudra d’abord vous nourrir, sans aucun profit a attendre; pas fort, ne sachant rien faire, et sûrement peu courageux, me voilà bien loti, au lieu d’un aide, j’aurais une charge.
Hélas !
Eh ! va-t’en au diable ! Tous tes hélas ne me rendront pas mon âne.
Que voulez-vous, mon pauvre maître !
Mais je ne suis pas ton maître, entends-tu bien ? je ne te connais pas, garnement! et détale un peu vite, ou sinon.

L’autre ne se le fit pas dire deux fois.

A quelques jours de là, notre homme, qui avait absolument besoin d’un âne, se rendit, avec l’intention d’en acheter un nouveau, à une foire où l’autre larron avait mené vendre l’âne volé.

La brave bête reconnaissant son ancien maître, lui fit fête à sa façon, poussant un petit cri, flairant de son côté, et se trémoussant d’aise; mais le paysan, qui le remarqua, prenant un air capable:

Oh ! oh ! fit-il, je te connais, toi ! Tu auras encore fait quelque farce à ton magicien de père, et il t’a remis dans le corps de l’âne. A d’autres, mon gars, c’est assez d’une fois. Bonsoir !

Et, tout rengorgé, il alla marchander un autre baudet.

Une réflexion au sujet de « L’âne et le fils du magicien »

    Maître Renard a dit:
    mai 10, 2016 à 6:43

    A reblogué ceci sur Maître Renard.

    J'aime

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