Dr. Henri VIII

Publié le Mis à jour le

Henri-VIIIUn jour que Henri VIII chassait dans la forêt de Windsor, il s’égara, probablement à dessein. Vers l’heure du dîner, il se rabattit sur un village.

Là, déguisé sous l’uniforme de ses gardes à pied, vêtement assez bien assorti à sa haute taille et à sa figure rustique, il se rendit à l’abbaye, et, en sa qualité d’homme attaché à la suite du roi, fut admis à l’honneur de manger à la table de l’abbé. Ne dérogeant point à l’habit qu’il portait, il se jeta avidement sur une langue de bœuf qu’on lui servit.

Grand bien vous fasse, dit l’abbé en lui versant rasade; voici pour boire avec moi à la santé du roi, notre maître. Je donnerais volontiers cent livres sterling pour pouvoir manger du bœuf d’aussi bon appétit que vous. Mais, hélas ! mon estomac faible et délicat digère à peine une aile de poulet ou une cuisse de lapereau. 

Le roi but gaiement; et, après avoir remercié vivement l’abbé de la bonne chère qu’il lui devait, partit sans s’être fait connaître.

Quelques semaines plus tard, l’abbé vit arriver deux soldats, chargés de le conduire à Londres, où il fut enfermé à la Tour, gardé étroitement, et nourri pendant plusieurs jours au pain et à l’eau.Le malheureux abbé se demandait vainement quel pouvait être son crime, et comment il avait pu encourir la disgrâce royale.

Un jour enfin on lui servit une langue de bœuf, dont il mangea avec le plus vaillant appétit; vérifiant le proverbe anglais qui dit que « deux repas affamés font un gourmand du troisième. » Tout à coup, le roi, qui de l’intérieur d’un cabinet voisin, avait assisté au repas de l’abbé, fut annoncé par un gardien:

Milord, dit-il en entrant, vous me devez cent livres sterling. Payez-les, ou vous resterez ici jusqu’à la fin de vos jours. J’ai été votre médecin. J’ai guéri votre estomac de sa faiblesse et je vous demande mes honoraires. 

L’abbé, tout joyeux d’en être quitte à si bon marché, promit de payer, paya, et put retourner dans son abbaye, où l’on dit toutefois qu’il murmura plus d’une fois de la sévérité de régime du docteur couronné et de la cherté de ses consultations.

Bureaux de la Mosaïque.   Paris, 1874.

3 réflexions au sujet de « Dr. Henri VIII »

    fanfan la rêveuse a dit:
    novembre 23, 2014 à 10:40

    Belle moral !
    🙂

    Aimé par 1 personne

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