Les pêches de Montreuil

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Claude Charles Bourgonnier
Claude Charles Bourgonnier

Après le combat de Dettingue, en 1748, dit Voltaire dans son Précis du siècle de Louis XIV, un mousquetaire, nommé Girardeau, blessé dangereusement, avait été porté près de la tente du duc de Cumberland. On manquait de chirurgiens, assez occupés ailleurs. On allait panser le prince, à qui une balle avait percé la jambe:

Commencez, dit le prince, par cet officier français, il est plus blessé que moi; il manquerait de soins, et je n’en manquerai pas.

Cet officier français, que Voltaire appelle Girardeau et que la Biographie universelle nomme Girardot, guérit assez promptement de sa blessure et se retira du service dans une petite propriété qu’il possédait entre Montreuil et Bagnolet, près de Paris. Ce petit fief, de trois hectares environ, était toute sa fortune.

C’était peu pour un ancien mousquetaire habitué au luxe, et qui, dans sa jeunesse, avait mené grande et joyeuse vie. Heureusement, Girardot était actif et ingénieux; il divisa ses trois hectares de terre par des murs parallèles surmontés de chaperons mobiles et éloignés les uns des autres de huit mètres; puis, au pied de ses murs, il planta des pêchers et se fit jardinier. Son terrain, divisé par les murs, s’était transformé en soixante-dix-sept jardins. Il leur donna tous ses soins, adoptant une nouvelle taille, allant chercher des espèces nouvelles partout. Girardot ne tarda pas à obtenir les plus beaux fruits de Paris, et ses trois hectares de terre lui rapportèrent bientôt, de trente à quarante mille francs.

Chaque année, il allait à Versailles offrir au roi les premières pêches de son jardin; à une fête donnée par la ville de Paris, on lui acheta trois mille pêches à un écu la pièce. Un aussi grand succès le mit à la mode, et on vint de toutes parts admirer ses pêches et manger ses fruits. On comptait quelquefois jusqu’à cinquante et soixante carrosses à sa porte.

Des résultats aussi fructueux tentèrent l’émulation de ses voisins. Tous ceux qui étaient placés dans les mêmes conditions de sol et d’exposition divisèrent leurs terrains par des murs et plantèrent des pêchers, et la fortune de Montreuil-aux-Pêches ne tarda pas à être faite.

« Musée universel ».  A. Ballue, Paris, 1873.
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7 réflexions au sujet de « Les pêches de Montreuil »

    Un AVIS : Petit blog avisé?? a dit:
    décembre 3, 2014 à 10:27

    Je crois qu’il reste quelques « murs ». Quand j’habitais la RP et que j’étais gamine, il restait quelques jardins avec c’est fameux murs, occupés par les tous derniers petits maraîchers et on retrouvait de temps en temps, leurs fruits et légumes sur nos marchés alentours, c’était presque du luxe .

    Aimé par 1 personne

    jacou33 a dit:
    décembre 6, 2014 à 4:34

    Très belle petite histoire de la grande histoire. Instructive de surcroit!

    Aimé par 1 personne

    salvela a dit:
    décembre 28, 2014 à 9:59

    Belle histoire

    Aimé par 1 personne

    Maître Renard a dit:
    avril 13, 2016 à 9:39

    A reblogué ceci sur Maître Renard.

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