Une cérémonie qui disparait

Publié le Mis à jour le

couple-alsacienIl y a quelques jours, M. Emile Labiche, rapporteur de la commission chargée d’examiner le projet de réforme de la loi relative au divorce, a déposé son rapport sur le bureau du Sénat. Parmi les réformes contenues dans ce projet, il y a lieu de signaler celle relative à la suppression de la « cérémonie de la consécration du divorce ».

On sait, en effet, que, depuis le jour où M. Naquet a fait réintégrer dans le Code cette mesure libératrice, on avait rétabli, en même temps, certains articles de la loi de l’an IX, et notamment celui relatif à la consécration.

Dans les deux mois qui suivaient le jugement, l’époux au bénéfice duquel il avait été prononcé devait appeler son conjoint devant l’officier de l’état civil de l’arrondissement habité par lui et là, en présence de quatre témoins, le maire « consacrait » le divorce.

Si cette suprême formalité était négligée, la sentence prononcée par le tribunal devenait nulle et les époux, pour se séparer de nouveau, devaient invoquer des motifs autres que ceux qu’ils avaient présentés lors du premier procès !

Cependant, si la formalité n’était pas omise, savez-vous ce qui se passait la plupart du temps ? L’époux condamné (n’y étant pas obligé)  ne se présentait pas; mais la « cérémonie » s’accomplissait quand, même avec l’assistance du marchand de vin et du commissionnaire du coin, qu’on allait requérir pour remplacer les deux témoins de la partie absente.

Dans les cas de séparation pour incompatibilité d’humeur, les deux époux, étaient présents, mais, trop souvent, hélas! ils mettaient largement à profit leur dernière entrevue pour se dire des choses fort désagréables, sans se soucier de la présence du maire, qui devait présider quand même à cette prise de bec in extremis.

Pour les adultères, c’était bien autre chose ! Neuf fois sur dix le mari voyait arriver son ex-épouse, pimpante et railleuse au bras du « motif » du divorce. Aussi, souvent la vue de l’écharpe tricolore n’en imposait pas assez au mari, qui tombait à coups de poing sur le « malheur de sa vie » ! Et le maire présidait toujours !

Si on réfléchit que cette « cérémonie » avait lieu dans la salle des mariages, où quelquefois un ou plusieurs couples futurs, flanqués de leurs parents et amis, attendaient que l’officier de l’état civil eût terminé pour procéder à leur mariage, on n’a pas de peine à apercevoir les inconvénients de ce qu’on appelle pompeusement la « cérémonie de la consécration du divorce ».

Aussi est-ce en considération de ces faits que la cérémonie de la consécration du divorce va probablement disparaître. On se contentera d’envoyer à la mairie la signification du jugement; l’officier de l’état civil procédera simplement à l’enregistrement du divorce en marge de l’acte de mariage, et les « disjoints » n’auront plus à redouter une entrevue pénible.

Et dire qu’on avait institué la « cérémonie » en question comme tentative suprême de réconciliation !

La Revue des journaux et des livres.   Edmond Roland, Paris,1885.

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8 réflexions au sujet de « Une cérémonie qui disparait »

    Éric G. Delfosse a dit:
    décembre 4, 2014 à 7:33

    « M. Emile Labiche, rapporteur de la commission » : c’est pas beau, d’rapporter !!!

    Aimé par 1 personne

    berger elisabeth a dit:
    décembre 5, 2014 à 2:31

    Perso, je trouve ce texte hilarant 🙂

    Aimé par 3 personnes

    Pimpf a dit:
    décembre 5, 2014 à 5:18

    effectivement c’est du changement. c’est aux USA je crois qu’ils préparent des soirées spéciales divorcés , un peu à la mode de l’enterrement de vie de jeune fille/ garçon

    Aimé par 2 personnes

      gavroche60 a répondu:
      décembre 5, 2014 à 6:02

      Cela se pratique également en France, depuis quelque temps (Divorce Party).

      Aimé par 2 personnes

        Pimpf a dit:
        décembre 6, 2014 à 10:58

        Ah décidément on reprend toutes les fêtes de nos camarades ricains… Mais pour en revenir a ton message marrant de voir ces bizarreries des lois

        Aimé par 2 personnes

    jmcideas a dit:
    décembre 6, 2014 à 12:32

    Une célébration de mariage aux USA peut intervenir n’importe où et n’importe quand:
    Si le coup de foudre vous arrive en voiture, avec une jolie auto-stoppeuse, arrêtez-vous…Allez quérir un pasteur, un témoin, (le poivrot au coin du bar) et vous repartez MARIES avec un certificat en bonne et due forme.
    Mais au bout de votre voyage, si vous changez d’avis pour vouloir le divorce, il vous en coûtera une fortune!

    Aimé par 2 personnes

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