La copie

Publié le Mis à jour le

Adrien Van de VeldeTout le monde connaît le talent d’Adriaen Van de Velde, peintre de l’école flamande; mais beaucoup de personnes ignorent ce qui lui est arrivé avec un Anglais, grand amateur de peinture.

Lord Clarendon avait acheté une très jolie maison de campagne aux environs d’Anvers; les bois, les eaux et les élévations formaient un site enchanteur, et offraient de grandes ressources à l’imagination. Van den Velde ne put passer près de ce lieu sans concevoir le dessein d’exprimer sur la toile ce qui flattait si fort ses regards. Il s’établit dans le village le plus voisin, et fit un tableau magnifique du paysage le plus pittoresque. Quelque temps après Il porta son tableau à Londres, dans l’espoir de l’y vendre. Mais n’en trouvant pas le prix qu’il désirait, il le fit crier dans une vente publique, résolu à le retirer s’il ne montait pas assez haut.

Lord Clarendon était rentré en Angleterre pour y régler quelques affaires. Il se trouva à la vente au moment où l’on enchérissait sur le tableau de notre peintre; il reconnut sa maison de campagne jusque dans les plus petits détails. Les enchères commençaient à monter assez vivement, lorsque le lord couvrit tout à coup toutes les voix de ces mots:

Vingt-cinq guinées !

Ce prix passait de beaucoup les espérances de Van de Velde, lorsque lord Clarendon, voyant que les enchères s’élevaient toujours, et craignant de ne pouvoir acquérir le tableau, même en le couvrant d’or, s’écria:

Je donne l’original pour cette copie.

Au mot de copie, chacun fut saisi d’étonnement. Le peintre se lève furieux, et demande au lord s’il est connaisseur pour parier de la sorte.

Je suis si connaisseur, dit milord, que, je le répète, je donne l’original pour la copie.
Milord, vous êtes dans l’erreur
Je sais très bien, ajoute Clarendon, que Van de Velde est seul auteur de ce tableau, et pour la troisième fois je lui offre l’original pour la copie.

Alors le peintre comprit le lord, et il retira son tableau de la vente.

En sortant, ils allèrent passer l’acte d’échange devant un notaire. Depuis ce temps, Adrien Van de Velde habita souvent cette maison de campagne, qui lui rappelait le souvenir d’un marché si heureux et si singulier.

Les mille et une anecdotes comiques, calembours, jeux de mots, énigmes, charades …  Passard, Paris, 1854.

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2 réflexions au sujet de « La copie »

    Éric G. Delfosse a dit:
    décembre 10, 2014 à 2:47

    À ce prix-là, j’aurais vite vendu moi aussi…
    Mais, bon, si c’est dans la région d’Antwerpen, ‘faut parler couramment le Néerlandais, et je suis un peu « limité » en la matière…
    N’empêche… 🙄

    Aimé par 1 personne

    fanfan la rêveuse a dit:
    décembre 11, 2014 à 7:49

    Belle affaire pour le peintre !

    Aimé par 1 personne

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