La marmite et le curé

Publié le Mis à jour le

curé-marmiteUn ministre protestant du Lanarkshire, mort il y a fort peu de temps, était extrêmement friand, non seulement de bons morceaux, mais encore d’une infinité de choses qui, d’ordinaire, ne sont pas dignes d’exciter la convoitise humaine.

Un jour que le susdit ministre était allé visiter une de ses paroissiennes, pauvre veuve qui vivait retirée dans une partie marécageuse et éloignée du pays , il se prit d’une belle fantaisie pour une petite marmite de fonte , dans laquelle la bonne vieille faisait cuire ses pommes de terre et qui se trouvait en ce moment sur le feu.

Je n’ai jamais rien vu de si joli, dit le ministre, quel amour de marmite ! c’est un vrai bijou; il n’y a point de marmite en terre qui l’égale en grâce et en proportion: vraiment c’est une petite perfection !

Miséricorde ! répondit la veuve toute ébahie, si elle vous plaît tant, permettez-moi de l’envoyer demain au presbytère par mon petit Jansie en allant à l’école.

Puisque vous avez la bonté de me donner cette marmite, reprit le curé, je vais la prendre avec moi.

Comme il vous plaira.

Et le curé se retira avec son petit cadeau culinaire, tantôt le portant à sa main et tantôt sous son bras. Malheureusement il faisait chaud et la course était longue; le ministre, fort gras fut bientôt fatigué de sa charge. Dans l’embarras de sa position, il lui vint à l’idée de placer la marmite sur sa tête; en effet, il ôte son chapeau, se couvre l’occiput d’un mouchoir et de la marmite en manière de chapeau.

Le pédant se trouva d’abord plus à l’aise et fut fort satisfait de son nouvel expédient, mais s’étant engagé dans un sentier détourné, il trouve le chemin coupé par un large fossé plein d’eau. Il n’hésite pas à le franchir en sautant, mais le choc produit par l’élan fit glisser sur le visage du ministre protestant la fatale marmite dont les bords s’arrêtèrent sur le cou et s’y fixèrent de manière que la tête du pauvre homme se trouva complètement emprisonnée. Le plus terrible de la chose c’est que le nez, qui n’avait point arrêté la marmite dans sa descente rapide, devint un obstacle insurmontable pour se débarrasser de ce casque d’un nouveau genre.

Que faire dans cette perplexité ? le lieu était écarté, le chemin difficile et dangereux, toute assistance éloignée, le pauvre curé éprouva bientôt une grande difficulté à respirer. La chaleur du soleil qui venait frapper sur sa coiffure métallique et l’introduction répétée d’un air brûlant dans les poumons mirent ses jours en danger.

Enfin, notre ministre en-marmité, privé de la faculté de voir, agit par instinct et marcha, le chapeau à la main, jusqu’au village voisin en buttant, glissant et se heurtant sans cesse contre les haies ou dans les fossés.

Nous laissons au lecteur à se faire une idée de la surprise et des éclats de rire du serrurier et de ses cyclopes, à la vue du ministre protestant épuisé, harassé, crotté, mouillé, déchiré et aveuglé. Bref, le curé expliqua par des signes plus que par des paroles la cause de sa mésaventure, le maître forgeron le conduisit près d’une enclume où la foule était réunie.

Frapperai-je ferme le bord de la marmite, mon révérend, s’écria- t’il ?

Comme vous voudrez, répondit le curé, j’aime mieux une fente au poêlon que de mourir suffoqué.

Le coup fut si heureusement appliqué par le forgeron qu’il fit voler la marmite en éclats, sans effleurer la tête du pauvre homme. Un air pur, respiré pendant quelques minutes, et un verre de bon wiskey rendirent à la vie le ministre protestant du comté du Lanarkshire.

« L’Indépendant. »  M. de Murville, Paris, 20 janvier 1830.

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10 réflexions au sujet de « La marmite et le curé »

    Éric G. Delfosse a dit:
    décembre 20, 2014 à 7:07

    Pauvre marmite !
    Au prix que ça coûte…

    Aimé par 3 personnes

    sarah a dit:
    décembre 21, 2014 à 8:53

    😉 hummmmhumm , quand le désir s’agite, quel qu’il soit, il nous emmène à diverses situations, et complications des plus critiques aux plus fantastiques à devoir parfois le regretter ..mais surtout en Rire…:). lol…

    Aimé par 1 personne

    fanfan la rêveuse a dit:
    décembre 21, 2014 à 10:12

    Que le bon dieu me pardonne, mdr !

    Aimé par 1 personne

    gavroche60 a répondu:
    décembre 21, 2014 à 10:29
      Éric G. Delfosse a dit:
      décembre 21, 2014 à 1:55

      Tu chantes des « carols » ??? 😯
      J’adore celui-ci.. Tu le chantes avec moi ?

      ♫ Santa Claus is Pagan too ♪ Just like all the rest ♫
      ♪ and if you are a merry witch, ♫ he’ll bring you all the best ♪

      Aimé par 1 personne

    jmcideas a dit:
    décembre 21, 2014 à 8:18

    Un autre coup du mauvais sort
    Alors que la table avait été joliment dressée, pour ce soir de noël, et que la fête battait son plein , un convive soudain s’arrêta tout net de chanter, son allure présentait les signes d’un terrible malheur -il se tordait visiblement de douleur; l’empressement fut général à coucher le malheureux, sans qu’ils leur soit possible d’en savoir la cause, puisqu’il ne pouvait ajouter un mot dans ses efforts à rendre sa bile. Aucun médecin ne s’avéra enclin, (en ce moment festif), à venir prodiguer des soins; Seul un Ambulancier (probablement sans famille) prit en charge le malade pour l’ hôpital, à bonne distance de 35 kms sur une route neigeuse. C’est tard dans la nuit qu’il fut déterminé la cause: ‘Néphrétique’ s’est-on entendu dire.
    La conséquence du meilleur remède immédiat fut la prise de quelques litres d’eau! puis un lendemain désenchanteur pour le patient -mis sous morphine-
    Je puis vous dire que son esprit a vagabondé dans une farandole d’étoiles autour de traîneaux féeriques et fous, attelés à des créatures sans nom -CAR ce malade c’était MOI-
    NB: il n’y a bien que cette dernière phrase qui puisse intéresser le lecteur …et je m’en excuse, Gavroche.

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