Les trois Racan

Honorat_de_Bueil_de_RacanDeux amis du marquis de Racan apprirent qu’il avait un rendez-vous avec Mlle de Gournay, désireuse de faire sa connaissance. Elle venait de Gascogne, un peu emportée de son naturel, au demeurant une femme intelligente, intéressée par l’œuvre de Racan.

L’un des amis devança d’une heure le rendez-vous et se fit annoncer sous le nom de Racan, Il s’entretint avec Mlle de Gournay des ouvrages qu’elle avait fait imprimer et qu’il avait étudiés à l’avance. Il partit un quart d’heure plus tard, laissant son interlocutrice extrêmement satisfaite de la visite.

Cinq minutes après on vint lui annoncer un autre M. de Racan. Elle pensa tout d’abord que c’était le premier qui avait oublié quelque chose; mais ce fut un autre. Elle crut qu’il était le véritable et lui fit le récit de la mystification. Il en fut fort irrité et jura qu’il se vengerait du plaisantin. Un paisible entretien avec l’hôtesse l’apaisa et ils se quittèrent enchantés.

Deux secondes après son départ, M. de Racan, l’authentique cette fois, demanda à parler à Mlle de Gournay. Sitôt qu’elle le sut, elle perdit patience, mais le fit tout de même entrer et lui demanda avec hauteur s’il venait pour l’insulter. M. de Racan, assez timide, et s’attendant à un accueil bien différent, resta littéralement sans voix; ce que voyant, Mlle de Gournay, assurée que ce n’était qu’un malandrin, ôta sa pantoufle et précipita à coups de mule la retraite du pauvre invité.

Lorsqu’on interrogeait Racan au sujet de cette aventure que l’on cria sur les toits, il répondait avec toute la franchise qu’il lui était possible de manifester: « Oui-da, il en est quelque chose de vrai ! »

« Lisez-moi Historique. » J. Tallandier, Paris, 1936.

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4 réflexions sur “Les trois Racan

  1. Enormément intéressé par ce post, j’ai, bien-évidemment, suivi le lien ‘marquis de Racan’ pour revoir finalement un Pays que je connais parfaitement bien -puisque j’y suis né et vécu sur les bords du Loir nombres d’années! Un petit ruisseau passait à notre porte: Le Gruau, qui en le suivant, nous emmenait à Aubigné-Racan. Mes aïeuls ont habité Neuvy-Le-Roi où RACAN, lui-même fût inhumé.
    Merci Gavroche.

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