L’ophicléide

ophicléide
Au sujet de l’affaire Vigneau, on a raconté beaucoup d’histoires étranges attribuées à des juges d’instruction; en voici une qui ne le cède en rien aux autres comme originalité. Il y a quelques jours, un individu arrêté pour vol d’un ophicléide est amené dans le cabinet d’un magistrat instructeur du Parquet de la Seine. Le juge, après avoir pris connaissance des pièces, demande à son greffier où est le corps du délit.

Au greffe, monsieur le juge, répond le scribe.
Veuillez aller le chercher.

En possession de l’instrument, le magistrat le remet à l’inculpé, en lui disant:

Donnez-moi un échantillon de votre talent.
Mais, monsieur, je ne suis pas musicien, et je n’ai jamais soufflé dans aucun instrument.

Comment, comment, vous ne savez pas réellement en jouer ?

Je vous l’affirme.

Satisfait de cette réponse, le juge se retourne vers son greffier et lui dicte l’ordonnance suivante :

« Attendu que l’inculpé, arrêté pour vol d’un ophicléide, ne sait pas jouer de cet instrument. Que par suite, il n’avait aucun intérêt à commettre ce vol. Estimons qu’il n’y a pas lieu de poursuivre. »

Et, séance tenante, il rend la liberté au détenu tout ahuri de cette singulière façon de comprendre la justice.

En revanche, l’ophicléide a été réintégré au greffe.

« La Grande revue. Journal de variétés … » Paris, 1888.

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