Liline, Titi, Mimi et Henri III

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henri III

Henri III donna le triste spectacle d’un roi de France avilissant la majesté royale dans des passe-temps de femme et d’enfant: il employait des journées entières à s’accommoder et à se friser les cheveux, à arranger des diamants sur des colliers ou des habits, à jouer avec des singes, des perroquets et de petits chiens.

« Je me souviendrai toujours, dit Sully, de l’attitude et de l’attirail bizarre où je trouvai ce prince un jour dans son cabinet. Il avait l’épée au côté, une. cape sur les épaules, une petite toque sur la tête, un panier plein de petits chiens pendu à son cou par un large ruban; et il se tenait si immobile qu’en nous parlant il ne remua ni tête, ni pieds, ni mains. »

Ce prince bizarre avait, entre autres, trois petits chiens tout mignons; il les portait dans une corbeille suspendue à son cou; il se promenait ainsi dans ses appartements, et c’était pour lui un grand plaisir de rester seul avec eux.

Liline, Titi et Mimi, venus à grands frais de la ville de Smyrne, étaient d’une gentillesse ravissante; mais leur instinct et leur attachement surpassaient encore leur beauté. On les avait dressés de bonne heure à monter la garde, et ils s’acquittaient à merveille de cet emploi. Placés au chevet du lit de Henri, ils y faisaient sentinelle une partie de la nuit, en tenant deux pattes appuyées sur l’anse du panier qui leur servait de niche. Une pendule, dont ces petits animaux connaissaient très bien le son, servait à régler les heures de garde. Dès que le fonctionnaire entendait le timbre argentin qui lui annonçait l’heureux moment du repos, il mordait l’oreille du camarade endormi, dont le tour de garder était venu. Se réveillant en sursaut, celui-ci prenait le poste pour y installer ensuite son autre camarade. De cette façon, Mimi succédait à Titi, et Titi à Liline, sans interruption jusqu’au matin; et jamais le roi n’eut de garde du corps plus surveillant et plus fidèle.

Le 1er août 1589, un fanatique, nommé Jacques Clément, se rendit à Saint-Cloud où était le roi et obtint une entrevue. Lorsqu’il fut introduit dans la chambre sous prétexte de présenter une lettre au roi, Liline s’élança de son panier contre lui, pressentant en quelque sorte le mauvais dessein du scélérat. Ce petit animal, qui était fort doux et ne faisait jamais de mal à personne, se mit à aboyer tout en colère et voulut mordre.

Le roi, contre sa coutume, fit retirer ses chiens dans une pièce voisine; Liline devint furieuse et aboya plus fortement encore. Alors Henri III reçut deux coups de couteau et tomba baigné dans son sang. Peut-être, dit un auteur, que cette petite bête, toujours pendue au cou du roi, eût déconcerté l’assassin par ses aboiements si on ne l’avait point écartée, car on voit tous les jours de très petites causes influer sur de grands événements.

Mlle Clarisse Juranville, Librairie de J. Lefort, Lille, 1884.

4 réflexions au sujet de « Liline, Titi, Mimi et Henri III »

    Éric G. Delfosse a dit:
    mars 7, 2015 à 4:51

    De nos jours, la coutume des chiens n’a apparemment pas beaucoup été modifiée, chez les rois de France…

    Aimé par 2 personnes

    Elisa a dit:
    mars 7, 2015 à 6:39

    Un exemple de plus de la fidélité de ces compagnons merveilleux 🙂

    Aimé par 1 personne

    manugoldstein a dit:
    mars 7, 2015 à 10:11

    A défaut de faire confiance à notre instinc ne devrions nous pas pas écouter se qu’on à nous dire nos amis les animaux…

    Aimé par 1 personne

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