Le diable comme il s’en trouve

diable

Un habitant d’un petit village, à quelques lieues d’Aubusson, département de la Creuse, avait acheté la maison presbytérale. Il tomba malade: aussitôt le curé du lieu se présente pour le confesser, et lui offre l’absolution, à la condition, par lui mourant, de léguer sa maison à la cure. Il refuse, le curé insiste, sous peine de damnation éternelle; mais, hélas ! le malheureux persiste dans son refus; il meurt sans confession, et son âme devient sans doute la proie des flammes, auxquelles on l’avait dévolue. Le bruit s’en répand: toutes les femmes en sont alarmées, et la crainte de voir Satan en personne venir s’en emparer, ne permet pas à une seule de veiller auprès du cadavre.

Cependant un gendarme, neveu du défunt, bravant les propos de femmes, et les menaces du curé, se décide à passer la nuit auprès de son oncle. Sur le minuit (car c’est toujours à cette heure que le diable fait ses tours), sur le minuit donc, trois anges cornus, aussi laids que nous les peint Milton, et aussi noirs qu’ils étaient diables, se présentent pour enlever le corps avec des chaînes, et tout l’attribut de la diablerie. Le gendarme s’y oppose; il fait le moulinet avec son sabre, et écarte les assaillants. Ce ne sont point des corps fantastiques qui s’offrent à ses coups, mais bien des composés de chairs et d’os. Un des assaillants voit d’abord tomber son poignet. Il n’en est point ému, et de l’autre main saisit le mort; alors même il voit ou il sent une tête rejoindre sa main. Ce terrible coup ne laisse plus aux deux autres diables d’espoir que dans la fuite; et le gendarme, resté seul possesseur de son oncle et du presbytère, reçoit les félicitations de toutes les bonnes femmes qui s’attendaient à ne plus le trouver en vie.

Mais admirez jusqu’où le diable poussa la ruse et la méchanceté ! quand le jour vint éclairer la scène, on reconnut que l’infâme avait, pour cette expédition, pris les traits et la figure du curé; et ce qu’il y a de plus fâcheux dans tout cela, c’est que, pour rendre l’illusion durable, il a si bien caché ce pauvre curé, que, depuis lors, on ne l’a plus revu.

« Infernalia.. » Charles Nodier, Sanson, Paris, 1822.

Montage-illustration: Gavroche

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12 réflexions sur “Le diable comme il s’en trouve

  1. Le diable est dans les détails, et ce Charles Nodier est un infernal calomninateur de notre bonne église 🙂
    plus sérieusement, vu que le texte est écrit en 1822, l’histoire se passe sans doute pendant la Révolution ou l’Empire : le presbytère a du être vendu comme bien national ;
    donc confisqué à un curé non concordataire…
    donc un curé royaliste….
    donc une sombre affaire
    🙂

    Aimé par 3 people

  2. Le diable
    = Une espèce de figure qui n’apparaît que chez les croyants (et encore)
    Sauf… que je l’invoque lorsque je me mets un coup de marteau sur les doigts
    Alors je peste> putain de diable !!
    HiHi > sombre dernière phrase du texte > à lire et à relire (pour bien saisir)

    Aimé par 1 personne

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