Une histoire merveilleuse

chevalier

L’avidité avec laquelle on s’occupe en ce moment de sciences occultes, de magnétisme, d’évocations, fera lire avec quelque intérêt peut-être une histoire étrange, incroyable, que nous raconte le chroniqueur du Courrier de Paris :

« Une dame, Mme de X…, appartenant à la haute société, avait loué, à quelques lieues de Paris, un château pour y passer la belle saison. Cette dame et sa fille, jeune personne de seize ans, belle, sympathique, très grande et très formée pour son âge, étaient parties la semaine dernière avec quelques parents et leur maison qui est nombreuse.

Dès la première nuit, Mlle de X… est éveillée par un bruit étrange. Il lui semble entendre un pas lourd qui s’avance lentement dans une longue galerie qui précède sa chambre à coucher. Tout à coup, Mlle de X… aperçoit un chevalier revêtu d’une armure de fer, qui semble avoir passé au travers de la porte sans l’ouvrir. Le chevalier tout couvert de fer s’avance vers le lit de la jeune personne glacée de terreur. La visière du spectre est levée, sa tête est une tête de mort; seulement ses yeux phosphorescents lancent de leurs orbites vides un regard de l’autre monde. Le spectre passe devant le lit de la jeune personne, tourne lentement son sinistre regard et disparaît dans la muraille.

La jeune personne se hâte de raconter à sa mère cette effrayante apparition. La mère inquiète fait appeler un médecin; celui-ci augmente les inquiétudes de la mère, il la fait douter de la raison de sa fille.

Avant de suivre les conseils du médecin, la mère a l’idée de passer la nuit suivante auprès de sa fille. Elle se couche, en effet, dans le même lit. A la même heure, on entend le même bruit de pas; le chevalier, couvert de son manteau, se montre de la même manière, traverse la chambre, tourne ses regards sur les deux femmes, et disparaît comme la veille. Mme de X… s’élance courageusement du lit, se précipite vers la fenêtre pour appeler. Elie voit le chevalier monter un cheval noir qui s’élance et vole sur les prairies sans courber l’herbe sous ses sabots phosphorescents. Les morts vont si vite.

La mère ne peut plus croire à une folie de sa fille, ni à une hallucination. Elle raconte cette aventure à son frère, officier de cavalerie, qui, ne croyant pas du tout aux apparitions, soupçonne quelque mauvais tour d’un mystificateur ou d’un malfaiteur. Il promet de se cacher la nuit suivante dans la chambre de la jeune personne et d’attendre l’apparition, si elle ose se montrer.

En effet, la nuit suivante, les deux femmes s’étant mises au lit, le frère de Mme X… s’assied au pied du lit, se cache sous le rideau avec son sabre sous le bras et attend.

A la même heure, les mêmes phénomènes se manifestent; le chevalier se montre et traverse la chambre. Le frère de Mme X… sort de sa cachette et s’avance vers le fantôme en lui ordonnant de s’arrêter. Le chevalier semble ne pas avoir entendu cet ordre ni vu celui qui le lui adresse; il s’avance toujours vers le lit. L’officier alors lève son sabre et porte au chevalier un coup terrible. L’armure de fer, frappée par le sabre, ne rend aucun bruit; le sabre passe au travers du fantôme sans que celui-ci ait l’air de s’en douter. L’officier, stupéfait, laisse tomber son sabre inutile, le fantôme passe devant le lit et s’évanouit comme la veille dans la muraille.

Voilà le fait. Je le raconte sans y croire. Je ne songe pas à expliquer cette hallucination partagée par trois personnes dignes de foi. Ce qui est vrai dans tout ceci, et ce que je me borne à constater, c’est que Mme de X… a loué un château aux environs de Paris; qu’elle est allée l’habiter avec sa famille; qu’elle, sa fille et son frère sont convaincus qu’ils ont réellement vu ce que je viens de raconter, et qu’a la suite de cette triple apparition, après trois jours passés au château de Mme de X…, qui l’a loué pour toute la saison, est précipitamment revenue à Paris avec sa famille.

Elle ne retournera plus au château, et partira dans quelques jours pour Baden. »

« Le Journal monstre : courrier et bulletin des familles. »  Léo Lespès, Paris 1857. 

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6 réflexions sur “Une histoire merveilleuse

  1. Oh! on sort effrayé de cette histoire comme si on s’éveillait d’un mauvais rêve
    (il faut avoir 6 ans pour avoir eu peur)
    Maintenant je peux vous suggérer des rêves cruels, bien plus atroces:
    ‘ l’égorgement de son grand-père, après l’avoir sorti de sa tombe’
    ou encore:
    Rien, j’ose pas.

    Aimé par 1 personne

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