Un singulier phénomène

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Le bruit courait cette semaine en ville qu’un phénomène extraordinaire s’était produit. Renseignements pris, nous nous sommes rendus sur les lieux et nous relatons ici les choses telles que nous les avons apprises.

Au n° 25 du chemin du Congo, habite le nommé Margo Théophile, gardien de prison. La famille se compose des époux et de plusieurs enfants.

L’ainée des enfants, une fillette de quatorze à quinze ans, est maladive depuis quelques temps et son état nécessite l’intervention d’un médecin et des soins constants. Or, dans la nuit de lundi à mardi, la seconde fillette, répondant au nom de Gabrielle, âgée de onze ans, se plaignait de douleurs violentes au pied droit.

Le mardi matin, on fit prendre à l’enfant des bains de pied avec du son, mais à peine avait-elle plongé le pied dans l’eau qu’elle ne put supporter les douleurs. La mère examinant le pied pour voir ce qui pouvait occasionner le mal, vit comme un éclat de bois qui sortait du talon. Voilà la cause du mal, se disait la femme, et elle en retirait le morceau de bois qui avait la forme d’une allumette et une longueur d’environ 4 centimètres.

L’enfant remit le pied dans l’eau et quelques minutes après… même scène… encore un morceau de bois, d’une longueur double, sort du talon ! Cette fois il avait la forme d’une allumette avec bout rosé. Dans la journée, cette scène se renouvelle tant de fois, qu’à la soirée plus de quarante morceaux de bois étaient sortis du pied !

Les parents ne comprennent rien à ces faits extraordinaires, et, croyant leur enfant ensorcelée, consultèrent les voisins qui leur dirent qu’ils étaient le jouet de quelque mauvais esprit.

Le mercredi, la scène se répétait plus fréquemment encore que la veille: plus de quatre-vingts morceaux de bois étaient déjà sortis du talon et du creux du pied. Ils avaient tous une forme différente: les uns n’étaient que des copeaux enroulés; les autres avaient un diamètre variant de un à trois centimètres. On nous a même rapporté que des bouts de fil étaient sortis de ce pied phénoménal.

Bientôt cette nouvelle se répandit par toute la ville. Plusieurs personnes digne de foi ont été témoins des faits que nous venons de relater.

Voilà les faits vraiment extraordinaires que nous avons appris et que nous rapportons tels que nous les ont racontés les parents de l’enfant, sans y ajouter le moindre commentaire.

Ajoutons néanmoins pour finir, que la sortie de ces morceaux de bois ne laissaient aucune trace sur le pied. Pas de blessure, pas de sang, pas de suppuration… rien.

Que faut-il conclure de tout cela ?

Un rédacteur du Journal de Roubaix a été faire une enquête à Courtrai à propos du récit ci-dessus. Il le confirme entièrement, cite des témoins et ajoute ces détails:

D’après nos renseignements, c’est au cours d’une promenade en ville que l’enfant ressentit une douleur au talon droit. Rentrée chez elle, son père la fit mettre au lit en disant: « Nous verrons demain matin si ton pied te fait encore mal. »

Le lendemain, la douleur s’accentuant, le père examina le pied et découvrit, au milieu du talon, un petit morceau de bois piqué dans la chair. Il le retira et gronda la fillette pour avoir couru nu-pieds malgré sa défense. L’enfant protesta, assurant qu’elle gardait toujours ses bottines.

Gabrielle Margo est une jolie petite fille dont le minois intelligent est plein de douceur calme. A voir ses grands yeux, aux regards bien francs, il semble qu’elle ne peut pas mentir.

La pauvre enfant ne paraît pas trop étonnée des nombreuses visites qu’elle reçoit depuis plusieurs jours, ni des interrogatoires auxquels on la soumet.

Les parents sont des personnes honnêtes, aimées et respectées par tous ceux qui les connaissent. Ils occupent une petite maison d’ouvriers, à l’ameublement bien simple, presque pauvre.

Tous les membres de la famille Margo paraissent très gênés de ce qui se passe; le père est devenu malade.

Ajoutons, pour compléter le récit qu’on vient de lire, que les morceaux de bois ont cessé de sortir du talon de la petite fille depuis jeudi soir.

« Journal de Courtrai. » Décembre 1897.
« L’Echo du merveilleux. »  Gaston Mery, Paris, 1898.

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Une réflexion au sujet de « Un singulier phénomène »

    jmcideas a dit:
    avril 29, 2015 à 1:54

    Saluons le reporter du ‘journal de Roubaix’
    Son article ne fut pas des plus simple: « Etrange épine de bois »
    Mon neveu, éditorialiste au Parisien, eut peine à partir avec un phénomène aussi étrange:
    Son édito
    -Mort d’un syndicaliste à Massy-Palaiseau –
    : ~~L’arrivage de bois en gare, destiné à l’Entreprise XX, bloqué par les grévistes de cette Entreprise a dégénéré en raison du manque de personnel chargé de l’opération – Reste à déplorer le décès de Mr xx, courageux leader du mouvement dans son blocus de livraison, une épine de bois est venu lui transpercer la nuque -on ne sait si l’attentat était prémédité~~
    > mon neveu, Joël Chevreau, n’appartient plus au Parisien !.

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