L’auberge aux revenants

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marechal-saxe

Le fameux maréchal de Saxe passant dans un village en Pologne, entendit parler d’une auberge ou il y avait dit-on, des revenants qui étouffaient tous ceux qui avaient le malheur d y coucher. L’aubergiste avait été plusieurs fois traduit en justice pour cette raison, mais comme il n’y avait point de preuves suffisantes, les juges ne s’étaient pas même permis de lui faire fermer sa maison.

Le vainqueur de Fontenoy n’était pas susceptible de terreurs superstitieuses, et il eût affronté sans crainte une légion de revenants. Il eût la curiosité de vouloir passer une nuit dans cette auberge, et dans la chambre même où s’étaient passées tant de tragiques aventures. Il se munit de ses pistolets, et se faisant suivre de son domestique, il lui ordonna de rester auprès de la cheminée, et de veiller pendant son sommeil jusqu’à ce qu’il éprouvât lui même le besoin de prendre du repos. Il devait alors céder son lit à son domestique, et faire sentinelle à sa place. Après ces précautions, le maréchal se coucha, et ne tarda guère à tomber dans un profond sommeil. Le valet veillait pour son maître.

Onze heures, minuit sonnent, et rien ne paraît. Enfin, à une heure du matin, le domestique sentant ses yeux s’appesantir s’approche de son maître pour le réveiller. Il l’appelle et n’obtient point de réponse, il le croit profondement assoupi, le secoue doucement, puis Ie frappe plus fortement sur l’épaule sans que le maréchal se réveille. Effrayé de son insensibilité, il prend son flambeau et soulève sa couverture. Quel est son effroi ! le maréchal est baigné dans son sang. Il ne tarde pas à découvrir l’auteur de tout le mal. Une arraignée, d’une grosseur monstreuse, appliquée sur le sein gauche du maréchal, lui suçait le sang.

Il court promptement à la cheminée, et, s’armant des pincettes pour combattre cette ennemie d’un nouveau genre, il la saisit, sans qu’elle bougeât, et la jeta dans le feu. Ce ne fût qu’après un long assoupissement que le maréchal reprit ses sens. Ce grand homme qu’avaient respecté dans tant de combats la flamme et le fer de nos ennemis, faillit périr de la morsure d’une araignée.

« Spectriana. »   Paris, 1817.
Montage-illustration: Gavroche.
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