Le spectre du chiffonnier

Publié le Mis à jour le

spectre

Un individu se présentait à la police, hier soir, et sollicitait instamment son incarcération, ayant, dit-il, assassiné un homme. Invité à s’expliquer, il le fit en ces termes :

« Je m’appelle Piétro Jacobini et j’ai 64 ans. En 1891, je fus expulsé de France à la suite d’une condamnation pour homicide. Ce n’est pas pour ce crime que je suis ici, car son souvenir ne me gêne nullement.

« Venu à Livourne, j’habitai chez un chiffonnier, Giovanni Colomba, avec qui je ne m’entendais guère. Un jour j’acquis la certitude qu’il voulait me supprimer en m’empoisonnant, et la colère que me causa cette découverte me donna le désir de me venger. Après avoir fait dissoudre le phosphore d’un paquet d’allumettes, je le versai dans la soupe de Colomba. Il succomba après avoir enduré d’horribles souffrances. On ne m’inquiéta pas, car les médecins supposèrent qu’il avait absorbé quelque aliment avarié trouvé parmi les détritus qu’il recueillait.

« Pendant longtemps, je ne fus troublé par aucun remords, mais depuis trois jour, il m’est impossible de dormir et je crois voir, la nuit, le spectre de Colomba m’apparaître, hideux et menaçant. Je n’ose plus rentrer chez moi. Alors, je viens me livrer à la justice. C’est le seul moyen, peut-être, de retrouver le sommeil. »

Une enquête rapide ayant établi l’exactitude des déclarations de Jacobini, il fut fait droit à sa demande. Le plus curieux est que le criminel, ainsi qu’il le souhaitait, a dormi paisiblement toute la nuit, dans la prison où il est écroué.

Livourne, 25 février.

« Petit journal. » 26 février 1908.

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Une réflexion au sujet de « Le spectre du chiffonnier »

    jmcideas a dit:
    mai 31, 2015 à 1:07

    « Le plus curieux est que le criminel, ainsi qu’il le souhaitait, a dormi paisiblement toute la nuit, dans la prison où il est écroué. »
    > Transposition d’une manigance entendue:
    Il peut-être subtile de s’accuser à la place d’un autre- si son innocence doit-être reconnue par les justiciers – sans permettre tout soupçon de repentance à l’encontre de l’auteur véritable-.
    Il y a supercherie, dont la quiétude ne peut être soupçonnée.
    On ne saurais mieux qualifier ‘ l’homme de paille’ dans les affaires politico-judiciaires du moment!
    [Affaires Sarkosy & cas Coppé & etc.]

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