La Dame blanche (14)

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Plusieurs heures s’écoulèrent ainsi; puis, la bougie arriva à sa fin, et le prisonnier se trouva environné de profondes ténèbres. Une autre torture plus affreuse encore fit bientôt sentir ses approches : la faim, l’inexorable faim, arriva avec tout son cortège de pensées et de tableaux lugubres.

Allons ! se dit de Coislan, un dernier effort avant que mes forces soient épuisées.

Il se leva et il recommença à frapper avec violence du pommeau de son épée, non sur la porte par laquelle il était entré, mais sur celle qui lui faisait face, et qui, d’après toutes les probabilités, devait être la plus voisine d’une issue quelconque.

Trente heures s’étaient écoulées, trente heures qui n’avaient été pour le malheureux mousquetaire qu’une longue et douloureuse nuit. Gabrielle, selon sa coutume, venait, à son lever, d’entrer chez la bonne abbesse; on lui avait apporté son fils, et toutes deux le couvraient de caresses.

Qu’entends-je donc ? dit tout à coup la jeune mère; ces cris étouffés viennent-ils du dehors ?

J’ai cru entendre un bruit semblable avant qu’il fit jour, dit Jeanne; mais je l’ai attribué aux cris des oiseaux de nuit.

— Non, non, ce n’est pas cela, chère sœur; écoutez !… Aux cris se mêlent des coups sourds et redoublés.

Toutes deux prêtèrent attentivement l’oreille. 

Mon Dieu ! s’écria Jeanne en se levant éperdue, on dirait que cela vient de la chambre voûtée qui précède le couloir souterrain; des malfaiteurs auraient-ils, ma chère sœur, découvert la piste de vos richesses ?… Venez, venez, Gabrielle; la porte est munie d’un étroit guichet que nous pourrons ouvrir sans danger.

Et, sans attendre de réponse, elle courut vers l’ouverture du passage secret qui aboutissait dans la pièce voûtée où se trouvait enfermé le mousquetaire, et qui communiquait avec la chambre même de l’abbesse par une ouverture parfaitement dissimulée, après laquelle se rencontrait la porte sur laquelle Henri de Coislan frappait en ce moment avec toute la force que donne le désespoir.

Jeanne ouvrit le guichet.

Qui est là ? demanda-t-elle à haute voix.

Un homme qui s’est égaré dans ce labyrinthe, répondit Henri d’une voix faible, et qui sera mort dans quelques instants, si vous n’avez pitié de lui.

Et comme, en parlant ainsi, il s’était approché du guichet au point que son visage se trouvait encadré dans la pénombre de cette ouverture, Jeanne et Gabrielle poussèrent à la fois un cri de terreur et d’effroi en reconnaissant M. de Coislan.

Monsieur, lui dit l’abbesse, qui se remit promptement, votre conduite est inqualifiable.

De grâce, madame, interrompit le mousquetaire, donnez-moi à manger, si vous voulez qu’il me soit possible de vous entendre.

Jeanne lui fit passer par le guichet des gâteaux et des confitures dont il y avait toujours provision chez elle; puis elle voulut que le mousquetaire lui racontât comment il avait pénétré en ce lieu, ce qu’il fit d’assez bonne grâce.

Nous pourrions vous mettre dans l’impossibilité de divulguer le secret que vous avez surpris, dit ensuite l’abbesse : il nous suffirait de vous laisser dans cette prison; mais nous ne voulons pas la mort du pécheur. Vous allez jurer sur l’Évangile de ne jamais rien révéler de ce que vous avez vu et entendu ici.

Elle fit un signe à Gabrielle, qui alla lui chercher le livre saint, sur lequel Henri prêta aussitôt le serment. Jeanne exigea en outre que ce serment fût écrit tout entier et signé par le mousquetaire, ce que de Coislan n’eut garde de refuser, trop heureux de se tirer à si peu de frais du guêpier où il s’était fourré.

Maintenant, lui dit encore l’abbesse, il faut vous résigner à rester où vous êtes, jusqu’à ce que la nuit, étant venue, me permette de vous faire sortir par le jardin.

Ce fut le soir seulement, en effet, que de Coislan, à la faveur des ténèbres, put être conduit à une des portes du jardin par Jeanne et Gabrielle.

Songez, monsieur, lui dit cette dernière, que nous avons pour garantie de votre discrétion votre parole de gentilhomme, votre serment et votre engagement écrit.

Je serai fidèle à tout cela, répondit-il, et soyez sûre, en outre, que jamais dame blanche ne me reprendra au piège.

La leçon fut fructueuse, en effet, à ce point que M. de Coislan ne se sentit pas le courage de rentrer à Kerkoët, et que, malgré la nuit et son apparente faiblesse, il prit pédestrement le chemin de son château de Coislan.

A suivre…

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