Balzac versus Dumas

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Ceux qui ont vécu dans l’intimité de M. H. de Balzac affirment que l’illustre romancier n’a songé à écrire pour le théâtre que par le fait d’une boutade, à la suite d’une querelle avec M. Alexandre Dumas. Cela se passait en 1840.

Il en est un peu des gens de lettres d’aujourd’hui comme de ceux du dix-huitième siècle; en d’autres termes, ils se détestent cordialement, ils s’abhorrent d’une façon cardinale, comme disait Mercier. L’auteur du Père Goriot ne pouvait pas sentir l’auteur d’Antony, et vice versa.

Un jour, M. de Balzac débattait avec M. Louis Perrée, directeur du Siècle, le prix d’un roman-feuilleton. Il s’agissait d’Albert Savarus. L’écrivain entendait qu’on le payât sur le pied d’un franc la ligne.

Mon cher grand homme, lui répliquait le marchand de papier, pour en finir, tenez, nous vous paierons cinquante centimes; c’est le prix que nous donnons à Alexandre Dumas.

Ici le romancier se redressa brusquement comme un homme qui aurait mis, par mégarde, le pied sur la tête d’un serpent.

Alexandre Dumas, monsieur, s’écria-t-il. Du moment que vous me comparez à ce nègre-là, nous ne pouvons plus rien avoir de commun.

En parlant ainsi, il prenait son chapeau, ses gants, sa canne, et sortait, à la manière d’un ouragan, sans saluer personne.

A quelques jours de là, il se trouvait au foyer de la Porte-Saint-Martin, au milieu d’un groupe de journalistes. Survient l’auteur de la Tour de Nesle. On parla de la littérature contemporaine. M. Alexandre Dumas, qui est l’un des hommes les plus habiles à manier l’ironie, se mit à persiffler celui qu’on appelait alors le plus fécond  de nos romanciers. Dès lors le dialogue devint vif.

Monsieur Dumas, quand je serai usé, je ferai des drames. 

M. de Balzac, commencez donc de suite.

Si je commence demain, vous serez oublié demain soir.

On mit le holà. Il ne fut pas donné suite à cette rixe. Seulement M. de Balzac se riva sur l’heure au travail. Il composa coup sur coup les Ressources de Quinola, comédie qui fut jouée à l’Odéon; Vautrin, qui n’eut qu’une représentation à la Porte-Saint-Martin; un gros mélodrame assez insignifiant, donné à la Gaîté, et Mercadet le Faiseur, cette étude de mœurs parisiennes qui, quoique remaniée a obtenu un grand succès au théâtre du Gymnase.

« Le Journal monstre : courrier et bulletin des familles. » Léo Lespès, Paris, 1857.

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3 réflexions au sujet de « Balzac versus Dumas »

    fanfan la rêveuse a dit:
    juin 20, 2015 à 4:46

    Bonne journée Gavroche !
    🙂

    Aimé par 1 personne

    francefougere a dit:
    décembre 12, 2015 à 7:33

    Mais Dumas – le Généreux ! – a eu le dernier mot -en voulant faire ériger une statue sur la tombe de Balzac :  » Devant la mort, je m’incline « . Madame Balzac ( in extremis ) s’y est opposée.

    Aimé par 1 personne

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