Histoire d’un ongle

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Aux premiers temps de la Restauration, le secrétaire du maréchal Macdonald, alors grand chancelier de la Légion d’honneur, vit un jour entrer dans son cabinet un individu assez pauvrement vêtu. Comme il était porteur d’une recommandation de l’aide de camp d’un prince du sang, le secrétaire lui fit pourtant bon accueil.

Monsieur, dit le solliciteur, je viens vous exposer mes titres à recevoir la décoration de la Légion d’honneur; après m’avoir entendu, je ne doute pas que vous ne fassiez droit à ma demande.

Je vous écoute, dit le secrétaire.

L’autre, avant de parler, retira alors de sa poche une petite boîte en chagrin, doublée en velours noir, et en sortit un objet enveloppé d’un papier de soie : il déploya le papier avec précaution, saisit délicatement entre le pouce et l’index l’objet qui y était enfermé et le présenta.

Le fonctionnaire s’attendait à voir un diamant, une pierre précieuse d’un grand prix.

Mais, monsieur, finit-il par dire, au comble de l’étonnement, ce que vous me montrez là est un ongle, si je ne me trompe. Cela ressemble furieusement, permettez-moi de vous le dire, à une plaisanterie ou à une mystification.

Monsieur, répondit le solliciteur, ce n’est ni une plaisanterie ni une mystification.

Et il raconta l’histoire de cet ongle.

C’était en août 1793. La Convention venait d’ordonner l’ouverture des tombeaux de Saint-Denis. Le quémandeur de croix avait alors suivi la foule, et, s’étant approché du cercueil de Louis XIV, avait dérobé l’ongle du gros orteil du pied droit du « grand roi». Il l’avait conservé et gardé…  jusqu’au moment où il pourrait faire valoir cet acte de « dévouement», comme il disait.

Le secrétaire était fort embarrassé. Intérieurement, il avait grande envie de rire, mais ne pas tenir compte de cette action « méritoire », c’était peut-être s’exposer à ne pas attacher assez d’importance aux souvenirs de la dynastie ! Et l’on sait si, en ce temps-là, les royalistes faisaient preuve de zèle !  Il prit le parti le plus sage : celui d’en référer à son supérieur. 

Celui-ci, qui, malgré son royalisme, était demeuré un soldat et estimait que l’ongle de Louis XlV n’était qu’un ongle comme les autres, se trouva très perplexe à son tour.

Louis XVIII fut consulté et n’hésita pas à déclarer que le fait d’avoir sauvé du désastre une pareille épave méritait les plus grands honneurs. Notre homme fut donc fait chevalier, comme il le désirait ! Le précieux ongle lui fut, en outre, acheté très cher.

Mais on n’osa jamais approfondir si l’on n’avait pas eu affaire à un simple farceur… très ingénieux, du reste.

« La Revue des journaux et des livres. » Paris, 1885.

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5 réflexions au sujet de « Histoire d’un ongle »

    Pimpf a dit:
    juin 23, 2015 à 11:44

    effectivement difficile de savoir, au moins il a osé et il a peut être reçu un retour pour avoir conservé ainsi cette « relique » 🙂

    Aimé par 1 personne

    Le petit blog avisé?? a dit:
    juin 23, 2015 à 12:26

    Il fût récompensé et payé rubis sur l’ongle …..

    Aimé par 2 personnes

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