« Au diable vert »

Ruines du château de Vauvert.
Ruines du château de Vauvert.

Le diable de Vauvert habitait le château de Vauvert ou Val vert (vallis viridis), qui a disparu de nos jours pour faire place à l’allée qui conduit du Luxembourg à l’Observatoire. Philippe-Auguste, excommunié par le Souverain-Pontife pour avoir, sans motif réel, répudié la princesse Ingelburge, sa femme légitime,en faveur d’Agnès de Méranie, se retira au château de Vauvert.

Sans doute les alarmes de sa conscience et les terreurs populaires qui venaient jusqu’à lui peuplèrent cette habitation royale d’esprits de ténèbres. On prétendait que le diable y était entré et s’y était établi; car le peuple de ce temps, bien que partagé entre la souveraine autorité de l’Eglise et un roi tendrement aimé, tout en n’osant maudire ce cher coupable, ne subissait qu’en gémissant la réprobation sainte qui du trône retombait sur lui. L’excommunication, c’était bien réellement le deuil pour notre belle France catholique. La juste colère de l’Eglise couvrait de ténèbres ses splendeurs. La conscience publique grondait sourdement et accusait tout bas l’auteur de tous ces maux.

On crut entendre depuis ce temps tous les bruits de l’enfer dans cette demeure royale. Il s’y faisait, disait-on, un épouvantable tapage, et cette tradition, qu’elle fut fondée ou non, avait cours encore parmi le peuple au XVIIe siècle. Si bien que le diable de Vauvert était la plus parfaite expression de Satan, ainsi qu’on lit dans d’Assoucy :

Bref, tant en esté qu’en hyver,
On fait le diable de Vauvert.

Il faut croire aussi que le vent, s’engouffrant dans les nombreuses carrières qui existaient près  de ce vieil édifice, n’était peut-être pas pour rien dans ces bruits étranges qui faisaient la terreur de Paris et des environs.

Toujours est-il qu’on se débarrassa du château de Vauvert en 1257 ou 1258. Saint Louis le donna aux Chartreux à cette époque; mais la tradition dit que les bruits n’en continuèrent pas moins.

Maintenant, ni le diable ni le château ne sont plus là. On a démoli le manoir royal. La locution à laquelle il donnait lieu n’a pas disparu tout à fait; mais elle est du moins bien altérée. On ne dit guère plus, Envoyer quelqu’un au diable de Vauvert, mais au diable vert (au diable Vauvert, de nos jours). Or, comme Vauvert était très éloigné du vieux Paris, on se sert de cette expression pour indiquer la plus grande distance possible. Envoyer quoiqu’un au diable vert, c’est l’envoyer promener bien loin.

« Les proverbes : histoire anecdotique et morale des proverbes et dictons français. » Joséphine Amory de Langerack, Lille, 1883.

 

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