Une erreur qu’on lit partout

navire

On a pu lire dans nos journaux grands et petits que le paquebot Lusitania avait fait une magnifique traversée de l’océan en cinq jours et quelques heures et que sa vitesse avait atteint à certains moments « 25 nœuds à l’heure », ce qui était le record de la vitesse. Et chacun de s’extasier sur celte rapidité : Pensez-donc, cher monsieur, 25 noeuds à l’heure c’est formidable, et le cher monsieur de renchérir.

Or, 25 nœuds à l’heure font tout simplement 385 mètres à l’heure; vous jugez si avec une telle vitesse, on pourrait faire la traversée d’Europe en Amérique en cinq jours. Qui trompe-t-on donc ici ?

Personne, mais les rédacteurs à tout faire des grands quotidiens emploient des expressions qu’ils ne connaissent pas. Les marins, pour apprécier la vitesse de leur navire, jettent à la mer une planchette attachée à une corde portant des noeuds tous les 15 m. 40 (nous verrons pourquoi, dans un instant), c’est la ligne de loch : un marin laisse filer cette ligne et compte combien il lui passe de noeuds entre les mains pendant une demi-minute, c’est le résultat, qui détermine la vitesse du navire. On devrait donc dire ce navire file 25 noeuds a la demi-minute, ce qui n’est pas précisément ce que l’on écrit.

ligne-de-loch

Maintenant pourquoi ces 15 m.40 ? 

On sait que les méridiens imaginaires, qui divisent le globe, ont 40.000 kilomètres de circonférence; chaque méridien est divisé on 360 degrés, le degré a donc la 360ème partie de 40.000 kilomètres, soit 111.111 mètres; le degré est divisé en soixante minutes, chaque minute vaut 1.852 mètres, longueur unitaire adopté, dans la marine, et connue sous le nom de mille géographique. Les marins apprécient les distances en milles géographiques.

Or le nombre de noeuds comptés pendant le filage du loch en une demi-minute, correspond à la 120ème partie de l’heure, c’est pourquoi on a donné à l’écartement des noeuds la 120ème partie du mille géométrique, soit 15 m.40; chaque noeud parcouru en une demi-minute correspond donc au nombre de milles dévorés pendant une heure.

On doit donc dire pour ce Lusitania : il marche à raison de 25 noeuds ou à raison de 25 milles géographiques à l’heure.

« Touche à tout. » Paul Morand, Paris 1908. 

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9 réflexions sur “Une erreur qu’on lit partout

  1. Autre erreur courante (même si on en parlait peu à l’époque), c’est de mélanger des mesures de distance avec des mesures de temps…
    Combien de fois ne lit-on pas, par exemple, que … pour arriver à faire le trajet de la Terre à l’étoile la plus proche … il faudrait naviguer « quatre années lumières »…
    Le « journaliste » veut dire qu’il faudrait quatre ans à la vitesse de la lumière, mais une année-lumière, c’est une mesure de distance correspondant à la distance que parcourt la lumière en un an, et pas à une vitesse…

    Bon, je vous laisse, je vois mon plat de salade de fruits qui se trouve à 1/9.461.000 milliardième d’AL de moi, et j’ai faim !

    Aimé par 2 people

    1. Tout à fait d’accord !
      Et venant souvent de journalistes se voulant « vulgarisateurs » l’erreur en est d’autant moins acceptable 😦
      Je songe également au mot « race » utilisé à tors et à travers pour désigner certaine catégorie d’êtres humains… Quand comprendra-t-on que même le mot « racisme » ne veut absolument rien dire ?
      Tiens ! il me semble que tu as rédigé un billet en ce sens il y a plusieurs mois.. 🙂
      Bon app’ ! 😀

      Aimé par 1 personne

      1. Il paraît (mais on lui attribue tellement de citations que je finis par me demander si plus de 2% d’entre elles sont réelles) que mister Einstein (Albert, pas Franck) aurait répondu à son arrivée aux USA, à la question « Race ? » par « Humaine »…

        Aimé par 2 people

  2. La belle théorie de la pratique de la planchette est inexacte quant à la vitesse d’un bateau -puisqu’il faut y inclure la ‘vitesse du courant’
    > Soit un bateau remontant une rivière et vous constatez que la planchette défile à la surface de l’eau même si le bateau est à l’arrêt ! -en mer, il en est de même-
    D’où la différenciation des marins entre la vitesse/surface et la vitesse/fond.> soit la mesure indiquée par le lochmètre et celle du GPS.
    Quant à la vitesse moyenne respective de 2 bateaux sur la distance….il faudrait qu’ils aient suivi la même et exacte ligne d’orthodoxie pour la comparaison

    HiHi: et si le vent est contraire, le bateau recule.(vitesse négative)….. 😀

    Aimé par 1 personne

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