Humilité

alexis-piron

Alexis Piron se reposait sur un banc qui tenait à un des piliers de la porte de la Conférence. Une vieille femme survient, qui se jette à se genoux, les mains jointes. Le poète, ne sachant ce qu’elle lui veut :

Relevez-vous, lui dit-il, bonne femme, relevez-vous. Vous me traitez en faiseur de poèmes épiques ou de tragédies; vous vous trompez, je n’ai pas, encore cet honneur-là. Je n’ai fait parler jusqu’à présent que des marionnettes.

La vieille restait toujours à genoux, sans l’écouter. Il croit s’apercevoir qu’elle remue les lèvres. Il se penche, prête l’oreille et entend, en effet, qu’elle marmotte un ave, adressé à une image de la Vierge placée directement au-dessus du banc.

Voilà bien les poètes ! monologue Piron en s’en allant. Ils croient que toute la terre les contemple où qu’elle est à leurs pieds, quand on ne songe seulement pas qu’ils existent.

Paris, 1934.

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