La fête des fous et de l’âne

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Saint Augustin, qui avait pourtant quelques peccadilles sur la conscience, s’indignait quand on parlait devant lui de la Fête des Fous, et il voulait qu’on châtiât avec rigueur tous ceux qui se rendaient coupables de ce qu’il était bien près de considérer comme une impiété.

Le Concile de Tolède, tenu en l’an 633, était également opposé à ces saturnales, renouvelées des orgies païennes. Mais, de même que, chez les Latins, l’esclave jouissait pendant un jour de toute liberté en souvenir du règne de Saturne, l’Eglise voulut de même consacrer le triomphe éphémère de ceux qui, durant toute l’année, se prosternaient humblement au pied de ses autels. Aussi, dans la Fête des Fous, l’office était-il célébré par le bas clergé qui entonnait le choeur de circonstance : Deposuit potentes de sede

Ni les plaintes de l’évêque Eudes, au XIIe siècle, ni les protestations de Gerson, ni les bulles pontificales d’Innocent III ne réussirent à porter atteinte à ces traditions du paganisme, qui furent d’autant plus vivaces qu’elles étaient plus persécutées. Elles persistèrent néanmoins jusqu’au milieu du XVIIe siècle, célébrées avec plus ou moins d’éclat selon les endroits.

C’est à Sens que la cérémonie avait le plus d’apparat, mais dans d’autres villes existaient des coutumes, dont originalité n’était pas le moindre charme.

A Beauvais, par exemple l’âne portait sur son dos, jusqu’à la porte une jeune et jolie fille, qui figurait la Vierge Marie, tenant le petit Jésus entre ses bras. On couvrait le modeste animal d’une belle chape, depuis l’église cathédrale jusqu’à Saint-Etienne. On faisait entrer la jeune fille dans le sanctuaire, et on la plaçait avec son âne du côté de l’Evangile. On commençait ensuite la messe solennelle et après l’épître, on entonnait la célèbre prose qui a été publiée tant de fois et toujours avec des variantes, parce qu’elle se chantait différemment dans les églises de France. 

A Autun, on recouvrait un âne d’un drap tissé d’or dont les principaux chanoines portaient les quatre coins ; le reste du chapitre escortait en grande pompe maître Aliboron.

A Besançon, la fête des fous présentait cette particularité qu’elle était suivie de plusieurs cavalcades qui s’accablaient d’injures mutuellement, et poussaient parfois si loin la ressemblance avec la réalité que les parties adverses en venaient aux mains.

A Amiens, la fête des fous était célébrée après Noël, par quatre danses auxquelles on se livrait dans l’intérieur de l’église : la première troupe de danseurs était composée de diacres ; la seconde, de prêtres ; la troisième, d’enfants de choeur, et la quatrième de sous-diacres. Après les divertissements chorégraphiques venait la saturnale, ce qui fit donner à la fête le nom de fête des saouls-diacres ou diacres saouls.  

La Fête des Innocents, qui se rapproche beaucoup de la Fête des Fous et constitue, avec celle-ci, ce qu’on a appelé le carnaval religieux, était encore célébrée en 1648, à Sens. Voici à la suite de quelles citconstances elle fut définitivement abolie ; le récit est emprunté à l’auteur des Fêtes populaires de l’Ancienne France :

En 1648, la jeune fille qui représentait la Vierge fut prise subitement d’un pressant besoin de s’isoler ; les apôtres la cachèrent derrière un puits et firent bravement face aux plaisanteries de la foule mise en gaieté.

La fête faillit être interrompue, mais, grâce à la diplomatie de saint Pierre et de saint Paul la jeune fille consentit à remonter sur l’âne. Par malheur, dans la soirée, saint Jean qui avait trop caressé la bouteille « rossa » sa femme en rentrant chez lui. La malheureuse courut tout en larmes s’informer si les coups faisaient partie du cérémonial !…

Les Sénonais pensèrent mourir de rire, mais la fête ne s’en releva pas.

« Fête des fous et de l’âne. »  Dr Cabanes, Paris, 1898.

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4 réflexions au sujet de « La fête des fous et de l’âne »

    jmcideas a dit:
    novembre 2, 2015 à 7:48

    La « fête des fous et l’âne »: je l’ai connue-en août- dans les Monts Cantabriques (Esp) quand dans les lacets montagneux et étroits, quelques inconscients du volant ont pris tous les risques dans leur insistance à dépasser, coûte-que-coûte, un âne tranquille remontant sa route, au beau milieu.

    Aimé par 1 personne

      jmcideas a dit:
      novembre 22, 2015 à 12:37

      Merci Gavroche, à mon effort de rimes, sur l’Âne
      …..je l’ai connu, en août
      ….coûte-que-coûte
      ….remontant sa route
      > au beau milieu.

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    Maître Renard a dit:
    mars 12, 2017 à 8:02

    A reblogué ceci sur Maître Renard.

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    […] Source : La fête des fous et de l’âne […]

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