Duel

Publié le Mis à jour le

duel.

Je ne connais guère d’anecdote plus crâne que celle qui arriva au père d’Emile de Girardin.

Il entre un jour dans un tir au pistolet. Un gentleman, qu’il ne connaissait pas, y faisait mouche à tout coup. Quelques spectateurs, admirant la précision de ce tir, ne tarissaient pas d’éloges sur l’adresse de ce gentleman.

En effet, dit assez haut M. de Girardin… monsieur tire parfaitement… mais cela ne prouve pas grand-chose ! Dans un duel, quand on a un homme devant soi au lieu d’un morceau de carton, toutes les conditions sont changées, et le plus habile tireur, qui trouerait une pièce de cent sous à vingt-cinq pas, peut très bien manquer un homme à la même distance.

Le tireur, qui avait entendu ces paroles, se retourne alors vers M. de Girardin :

J’estime que vous vous trompez, monsieur, et je crois pouvoir affirmer que si je vous avais devant moi, je ne vous manquerais pas.

Les assistants voulurent s’interposer devant cette provocation, mais M. de Girardin répondit froidement :

Quand vous voudrez !

Tout de suite ! alors !

Soit !

On choisit des témoins et on alla se battre, avec des pistolets de tir, dans les terrains vagues qui avoisinaient alors le Trocadéro.

On laissa le sort décider qui tirerait le premier. Le gentleman fut favorisé. Il tire sur M. de Girardin… et le manque.

Puis, comme M. de Girardin ne faisait pas mine de se servir de son arme, un témoin lui cria :

A vous, monsieur. Tirez donc !

Pourquoi cela ? dit froidement M. de Girardin… Je n’ai aucune raison pour tuer monsieur. J’ai prétendu que le meilleur tireur pouvait manquer un homme à vingt pas… Monsieur a soutenu le contraire… Il doit être convaincu maintenant qu’il avait tort… Je ne puis lui en vouloir pour cela.

Et, s’inclinant devant son adversaire :

— J’ai bien l’honneur de vous saluer, monsieur.

Eugène Gugenheim, Paris, 1887.

9 réflexions au sujet de « Duel »

    Gilles Labruyère a dit:
    novembre 19, 2015 à 11:26

    de la logique, du bon sens, du fairplay … et du courage !

    Aimé par 3 personnes

      gavroche a répondu:
      novembre 19, 2015 à 11:35

      Les pistolets utilisés à l’époque n’avaient, pour la plupart, pas de canon rayé : difficile même de toucher un bovin à 10 mètres… Mais bon, je n’irai pousser la plaisanterie jusqu’à vérifier 🙄

      Aimé par 3 personnes

        Gilles Labruyère a dit:
        novembre 19, 2015 à 11:52

        Certes ! Mais le gentleman en question « faisait mouche à tout coup ». Ce n’est donc pas le pistolet mais la différence entre une cible en carton et une cible en chair, perçue par le tireur. M. de Girardin avait raison. Je me demande comment savait il ?

        Aimé par 2 personnes

          carnetsparesseux a dit:
          novembre 19, 2015 à 12:07

          « Comment savait-il ?
          c’est sans doute un peu macabre d’évoquer ça ces jours ci, mais pendant la guerre de Sécession, les armées ont été dotées de fusils précis, sans que le « taux de réussite » des tirs progresse en proportion : les soldats n’arrivant pas à viser « pour tuer » sur les gus d’en face (sauf feu de salve au « petit bonheur »).
          visiblement, on a fait des « progrès » depuis 😦

          Aimé par 3 personnes

          gavroche a répondu:
          novembre 19, 2015 à 12:46

          A préciser que l’on n’utilisait pas les mêmes armes pour le tir de précision et le duel…
          M. de Girardin supposait peut-être qu’il fallait avoir les nerfs bien solides pour tirer froidement sur un être humain…

          Aimé par 3 personnes

    carnetsparesseux a dit:
    novembre 19, 2015 à 11:27

    ouais… faut quand même avoir plus de rognon que de neurone pour ce genre de pari.

    Aimé par 2 personnes

    fanfan la rêveuse a dit:
    novembre 20, 2015 à 7:59

    Bonne journée Gavroche !
    🙂

    Aimé par 1 personne

    jmcideas a dit:
    novembre 21, 2015 à 3:45

    Evidemment, j’ajoute mon grain de sel
    Dans les stands de tir, ceux de l’Armée, il s’y présente des champions–avec leur arme personnelle-
    ET, quand tous les bidasses ont raté leur cible (trop éloignée pour faire mouche), un gentleman, colonel à la retraite est intervenu pour nous épater–on plaça donc 2 ‘boîtes de conserve’ à la même distance–puis de son étui il sortit un Desert Eagle et il fut fier de n’expédier, sur deux tirs, qu’une seule boîte !
    Gros PB, car nous avions le devoir de ramasser TOUTES les douilles du tir–sauf que la 2ième douille de Mr le colonel, ne fut jamais retrouvée !! sic
    (Mon entraînement au tir, à la base de Balard)

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