Procès de bêtes

Publié le Mis à jour le

proces-animauxLe Petit Parisien passe en revue quelques-unes des superstitions d’autrefois. Il rappelle que les paysans avaient l’habitude de faire des procès aux bêtes malfaisantes qui dévastaient leurs propriétés :

C’est ainsi que les habitants de Constance, au quatorzième siècle, dirigèrent des poursuites contre de gros vers qui ravageaient les campagnes. Ils pensèrent que les autorités ecclésiastiques pouvaient seules avoir les moyens de les en débarrasser en les excommuniant ! L’évêque de Lausanne, en effet, prononça très gravement contre eux la formule consacrée, mais non avant qu’on eût constitué d’office, pour les vers, un avocat et un procureur.

Il y eut donc un vrai débat. L’avocat plaida avec une belle ardeur, mais il ne put gagner la cause.

En 1545, les sauterelles ayant fait irruption en Savoie, un commencement d’instruction judiciaire eut lieu et deux plaidoyers furent prononcés devant l’official de Saint Jean-de-Maurienne, l’un pour les habitants, l’autre en faveur des insectes, auxquels on avait donné un avocat. Tout cela semble de la comédie, mais rien n’était plus gravement poursuivi alors.

Comme, malgré les anathèmes de l’Eglise, les sauterelles continuaient à dévaster la région, on imagina de transiger avec elles, et, par acte officiel, on leur fit offrir un vaste terrain pour s’y retrancher. Mais leur avocat déclara ne pouvoir accepter, au nom de ses « clients », l’offre qui leur avait été faite, parce que la localité abandonnée était stérile et ne produisait rien. Des experts furent nommés !

Fort ignorantes de tout l’appareil juridique qu’elles mettaient en mouvement, les sauterelles restèrent dans le pays, le ravageant, jusqu’à ce qu’elles se dirigeassent ailleurs.

Les tribunaux, impuissants à sévir efficacement contre les insectes et les autres bêtes nuisibles à la terre, punissaient, en revanche, avec la plus grande, rigueur, les animaux coupables sur lesquels ils pouvaient mettre la main. Même au temps de Voltaire, il y avait encore de ces étranges procès. On sommait les animaux délinquants de comparaître, en n’épargnant aucun grimoire.

Un des plus singuliers de ces procès est celui qui eut lieu, jadis, à Meulan, contre une truie qui avait dévoré un enfant. On procéda vis-à-vis de cette bête absolument comme on eût procédé vis-à-vis d’un être humain. Son avocat, seulement, répondit pour elle. Il fit valoir toutes sortes de raisons, auxquelles les juges faillirent s’arrêter. Mais il ne put cependant la sauver. Elle fut condamnée à être étranglée sur la place publique.

En attendant le moment du supplice, la truie fut emprisonnée. Comme il n’y avait pas de bourreau à Meulan, on fit venir celui de Paris, et les archives de la ville gardent encore les comptes rendus du procès. Le bourreau eut, pour sa peine, 54 sols. Les cordes avec lesquelles on lia la truie, pour être conduite jusqu’à l’échafaud, revinrent à deux sols huit deniers, la course dans la charrette fut estimée à six sols.

Le bailli et le procureur du roi assistèrent au supplice et en dressèrent le procès-verbal.

Même, quelques années avant la Révolution, le Parlement de Poitou sévissait encore de la même façon contre une vache ! Encore une fois, tous ces procès sont attestés par des documents authentiques, par une foule de pièces parfaitement en règle.

« La Revue des journaux et des livres. »  Paris, 1887.

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7 réflexions au sujet de « Procès de bêtes »

    carnetsparesseux a dit:
    décembre 28, 2015 à 6:12

    Décidément, tout est bon dans la plaidoirie (pour le juge et ses assesseurs, au moins) ! mais attention, il y eut quand même un cochon régicide : http://www.seuil.com/livre-9782021035285.htm

    Aimé par 3 personnes

    Éric G. Delfosse a dit:
    décembre 28, 2015 à 6:19

    Et de temps en temps, de nos jours, on tente de faire condamner un âne ou l’autre devant un tribunal, mais la plupart du temps, ils s’en sortent sans trop d’ennuis…

    Aimé par 5 personnes

      carnetsparesseux a dit:
      décembre 28, 2015 à 6:23

      et des fois, un requin, un rapace ou un vautour, et même -parfois – un maquereau doublé d’un cochon… mais oui, ils ont appris à avoir les bons avocats 🙂

      Aimé par 4 personnes

    gavroche a répondu:
    décembre 28, 2015 à 6:53

    N’oublions pas les végétaux : les meilleurs avocats sont aussi pour les grosses légumes 🙂

    Aimé par 3 personnes

    karouge a dit:
    décembre 28, 2015 à 7:15

    les notaires ont depuis remplacé les juges et consorts, les animaux étant devenus des héritiers…
    http://www.lefigaro.fr/argent/2015/02/26/05010-20150226ARTFIG00128-ces-animaux-qui-heritent-de-millions-d-euros.php

    Aimé par 2 personnes

    jmcideas a dit:
    décembre 30, 2015 à 7:49

    « la truie fut emprisonnée »
    Il faudrait être sage
    Tous les animaux sont contraires à nos façons humaines de vivre
    > la fiente des tourterelles sur mon mûr, ne m’autorise pas à les conduire en justice !

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    Maître Renard a dit:
    mai 7, 2016 à 6:38

    A reblogué ceci sur Maître Renard.

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