Une histoire de terme

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corot

Corot, le peintre fameux, était copropriétaire, avec sa soeur, d’une maison située faubourg Poissonnière. Un jour, un de ses locataires (un tailleur)  vient le trouver : il ne pouvait pas payer son terme.

Que voulez-vous que je fasse pour vous ? demanda Corot. Je ne peux pas intercéder auprès de ma sœur, cela ne servirait à rien, je suis si mal vu de ma famille !

En effet, si extraordinaire que cela puisse paraître, le grand homme passait auprès des siens, pour « celui qui n a pas réussi ».

Tenez, ajouta le père Corot, voici de  l’argent, quatre cents francs. Mais, surtout, n’en dites rien ; Je me ferais agoniser de sottises.

L’indiscret tailleur, sous un prétexte ou un autre, prit l’habitude de revenir, chaque avant-veille du terme, toucher ses quatre quatre cents francs.

Et Corot avait ce mot exquis :

J’ai l’air d’être généreux, mais, en somme, j’y gagne, puisque sur ces quatre cents francs il m’en revient la moitié.

« Touche à tout : magazine des magazines. »  Arthème Fayard, Paris, 1909.
Illustration : Centre.France. Larep.fr

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16 réflexions au sujet de « Une histoire de terme »

    Gilles Labruyère a dit:
    janvier 17, 2016 à 8:07

    Corot ne fait pas partie de mes favoris … un peu plus aujourd’hui ! Merci bien, Hervé !

    Aimé par 2 personnes

    Éric G. Delfosse a dit:
    janvier 17, 2016 à 8:48

    400FF ?
    Dis donc, ça fait cher le loyer…

    J'aime

      gavroche a répondu:
      janvier 17, 2016 à 10:25

      Depuis 1er janvier 1960 nous sommes passés aux nouveaux francs :un « nouveau franc » équivaut à 100 « anciens francs ».
      A la première moitié du 19ème siècle, ce n’était pas franchement donné mais ça me semble correspondre aux prix pratiqués à l’époque à Paris.

      J'aime

        Éric G. Delfosse a dit:
        janvier 17, 2016 à 10:30

        Oui, je connais les anciens et les nouveaux francs (j’ai même remarqué en 2015 certains de vos compatriotes qui comptaient encore en … anciens francs !).
        justement, ça me semble assez cher pour l’époque…
        Bah, c’était pô ma bourse qui déboursait, alors, ma foi … 😉

        Aimé par 1 personne

          gavroche a répondu:
          janvier 18, 2016 à 12:08

          On a eu beaucoup de mal à s’y faire aux nouveaux francs : je suis né en 59, quasiment en même temps que le changement ( je n’ai donc pas connu les anciens francs), et pourtant j’ai moi-même, durant ma jeunesse, eu du mal à m’y faire, tellement mes parents étaient encore empreints de l’ancien système ! A côté, le passage à l’euro a été une belle rigolade 🙂

          Aimé par 3 personnes

    brindille33 a dit:
    janvier 17, 2016 à 10:18

    Haha ! Il ne se mêlait pas les pinceaux au niveau budget. Pour un artiste c’est rare. 🙂

    Aimé par 2 personnes

    fanfan la rêveuse a dit:
    janvier 18, 2016 à 7:50

    Bonne journée Gavroche !
    🙂

    Aimé par 1 personne

    isoptech a dit:
    janvier 18, 2016 à 9:03

    bien joué l’artiste

    Aimé par 2 personnes

    agnesb62 a dit:
    janvier 18, 2016 à 11:36

    Ah Corot, j’en parle dans mon premier polar, « Méfiez-vous des contrefaçons »…
    extrait :
    Victoire hausse les épaules.
    — C’est un héritage. Et il m’a fallu sacrifier un Corot pour le conserver.
    Gustav la fixe avec des yeux ronds.
    — Tu plaisantes, j’espère ?
    — À ton avis, comment ai-je payé les dettes du vieux ?
    Le ton narquois trahit sa jubilation à le mettre au supplice.
    — C’était un hédoniste – continue-t-elle presque tendrement – Il aimait trop le jeu et les femmes pour rester riche bien longtemps. Le choix a été ardu : bazarder la rue Théodule Ribot ou sacrifier le barbouillage.
    — Et le manoir ? Il était à ton nom, tu aurais pu le vendre.
    — Tout était hypothéqué, rigolo ! – singe-t-elle – souviens-toi, et l’État ne m’a pas fait cadeau des droits de succession.
    — Alors tu as choisi l’appartement…
    — Entre me rincer l’œil sous les ponts de Paris ou survivre au chaud avec Nicolas comme seule compagnie artistique, le choix a été vite fait.
    — Un Corot Seigneur, un Corot !
    Gustav semble réellement atterré. Alors Victoire se fait un devoir d’en rajouter, un rien perverse, histoire de bien aviver son désespoir.
    — Oui, un ravissant paysage romain.
    Elle éclate de rire.
    — Et qui n’avait rien à voir avec l’horreur qu’est devenue la capitale italienne, tu peux me croire. Sans scooters ni graffitis, et toutes les façades des maisons étaient joliment déclinées en ocre et jaune. Un pur chef-d’œuvre !
    — Il fallait me le dire, je l’aurais racheter.
    — Auguste t’avait déshériter, te le céder aurait été comme le trahir.
    — Je te déteste, conclut-il. »
    😀

    Aimé par 3 personnes

    jmcideas a dit:
    janvier 18, 2016 à 3:58

    Je me suis fait une joie, jadis, de payer mon loyer ‘ en COROT’
    > Soit un portrait, signé du peintre, auquel je n’avais plus d’intérêt > à mon bailleur !
    > Convertissez le COROT en Euros, et vous saisirez la somme que je lui devais !

    J'aime

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