Un aventurier précoce

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Grant-Wood

L’Amérique endigue sévèrement l’immigration. Les enfants n’en savent rien. Hantés par les lectures de ces vieux romans d’aventure où l’on voyait les pépites surgir sous les pas des explorateurs, et pervertis par les conversations des aînés qui leur représentent le nouveau monde comme le réceptacle de tout l’or monnayé du vieux continent, ils rêvent de plus en plus de s’expatrier vers le pays fabuleux où, théoriquement, la vie devrait être dorée sur tranche comme un livre de Noël.

Et c’est ainsi que le petit apprenti tisseur de 13 ans Charles Marc quitta la maison paternelle du 52, rue de Turenne, à Calais, et vint tout d’abord à Paris se familiariser avec l’atmosphère des grandes villes avant de s’embarquer au Havre à destination de New York. Ne doutant point de son étoile, comme tous les aventuriers de race, il ne s’était muni, pour tout viatique, que de la somme de 8 francs et d’une boite de sardines. Mais il s’était armé d’importance. Pensez donc !… un vieux pistolet, une fronde et un piège à moineaux, tout ce qu’il faut pour affronter les pirates de la savane et les grands fauves.

Errant, la nuit dernière, rue de Chabrol, le conquistador en herbe fut abordé par un agent de ronde qui souffla fort paternellement sur son rêve et le confia à M. Garnier, commissaire de police de la Porte Saint-Denis. Et Charles Marc, déjà revenu de l’aventure, attend au Dépôt que ses parents viennent le reprendre et le rendre à son métier.

Restez en France, petits gars aventureux, car c’est l’élan de vos forces neuves qui lui restituera, tôt ou tard, tout son bel or exilé !

« Le Matin : derniers télégrammes de la nuit. »  Paris, 1925.
Illustration (extrait) : Grant Wood. 

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9 réflexions au sujet de « Un aventurier précoce »

    karouge a dit:
    janvier 18, 2016 à 1:37

    pour l’anecdote, un souvenir personnel : à environ 20 ans, ma compagne et moi avons pris le ferry Aberdeen -Lerwick (îles Shetland, au nord de l’Ecosse). Nous avons débarqué au petit matin, il nous restait 15 livres sterling, pas de quoi reprendre le bateau. Mais dans la matinée nous avons trouvé du boulot (dépiauter les coquilles saint jacques, pour moi détailler les filets d’églefin, qui repartaient à l’export en France), dans une petite usine à trente miles de Lerwick, la « capitale ». Payé une livre de l’heure, avec 33% de prélèvement social plus la part logement (dans des caravanes sommaires), plus les tournées dans le pub situé à 3 km où tout le personnel (environ 15 personnes) se rendait le vendredi soir en longeant la mer, chacun payant sa tournée…et on regagnait nos caravanes bon an mal an, vers onze heures…comme du bon whisky écossais, ce souvenir a quarante ans d’âge, mais il fleure bon dans ma mémoire…

    Aimé par 6 personnes

    coquelicotetcompagnie a dit:
    janvier 18, 2016 à 5:23

    Un gavroche qui rêvait d’Amérique!

    Aimé par 2 personnes

      gavroche a répondu:
      janvier 19, 2016 à 7:43

      ♪ Arrêté dans la rue Chabrol ♫
      ♪ C’est la faute à pas de bol ! ♪.
      ♫ Pourra pas se faire la paire
      C’est la faute à Voltaire ♪

      Aimé par 2 personnes

    jmcideas a dit:
    janvier 18, 2016 à 7:25

    Conquistadors, il est dit…..Seraient-ils ceux qui s’aventurent au CES 2016 de Las Vegas ?
    140 exposants français…combien en reviendront les bourses pleines ?
    0,1% quand on constate la puissance US, à endiguer toute immigration d’affaires!
    [Les espoirs de start-up s’avèrent très difficile dans un contexte de Groupes omnipotents]
    CàD: Laissez faire la naissance des initiatives jusqu’ à San Fransisco et saisir le potentiel à Wall street!
    Le rayonnement français, implanté comme tel, se niche dans les commerces artisanaux -non moins synonymes de rentabilité florissante!
    Des contre-remarques ?…..

    Aimé par 2 personnes

      karouge a dit:
      janvier 18, 2016 à 10:14

      et ce n’est pas Trump pépétes de la renommée qui arrangera les affaires des géniaux frenchies. C’est désespérant, ces multi millionnaires qui font de la politique spectacle. Dire que c’est (c’était?) la première puissance mondiale en dit long sur l’avenir, avenir qui va finir par rentrer chez lui, dans une vieille cabane de l’Arkansas, à chasser le grizzly et pécher le saumon. God bless America !

      Aimé par 1 personne

    fanfan la rêveuse a dit:
    janvier 19, 2016 à 7:53

    Rêve d’enfant… 🙂

    Aimé par 1 personne

    Maître Renard a dit:
    mai 17, 2016 à 8:23

    A reblogué ceci sur Maître Renard.

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