L’homme qui savait tout

Publié le

bastille

II faut rendre hommage à la mémoire de ce grand méconnu : Nicolas Fréret, qui naissait à Paris le 15 février 1688, et qui tombé dans un injuste oubli, n’en fut pas moins le savant le plus universel, l’érudit le plus fécond et le plus prodigieux qu’ait jamais possédé le monde intellectuel.

Fréret avait tout appris, tout retenu, tout assimilé, l’histoire, la philosophie, la géographie, l’archéologie, les littératures, les langues et les religions anciennes et modernes, la philologie, la grammaire, l’ethnographie, etc., emmagasinait dans son puissant cerveau, grâce à une mémoire positivement miraculeuse, le total des connaissances humaines. C’était une encyclopédie vivante, un phénomène sans pareil.

Nicolas Fréret vécut toujours en véritable anachorète, seul avec ses bouquins et les 1357 cartes géographiques qu’il avait dessinées lui-même, entre son chat, compagnon silencieux, et les familles de rats qui venaient grignoter ses souliers pendant qu’il travaillait. Son existence de bénédictin paraissait devoir être absolument dénuée d’aventures; mais il lui en arriva pourtant une fameuse.

Il avait soumis à son académie le manuscrit d’un traité sur L’Origine des Français et de leur établissement dans les Gaules, qui fut dénoncé comme subversif par un de ses collègues, l’abbé Vertot. Un beau matin, une escouade de police cerna la maison de Fréret, l’arrêta au nom du roi et le mena en prison : ce dangereux « criminel » était accusé d’avoir irrespectueusement falsifié la vérité historique en formulant des hypothèses neuves qui bousculaient les vieilles routines. Enfermé à la Bastille, il prit la chose très philosophiquement. D’un ton presque joyeux, il dit à son guichetier :

Savez-vous ce que je vais faire ? Non ?… Je vais faire une grammaire chinoise.
— Hein ?.. une grammaire ?…
— Chinoise, oui !… Je vais profiter de la tranquillité qui m’est offerte ici pour composer cet ouvrage dont j’ai depuis longtemps l’idée. Cela tombe à merveille.

Et lorsqu’il sortit de la Bastille, quelques mois après, sa grammaire terminée fut envoyée à Pékin… pour apprendre aux Chinois à parler correctement !

« Ric et Rac : grand hebdomadaire pour tous. » Clermont-Ferrand/Paris, 1938.

4 réflexions au sujet de « L’homme qui savait tout »

    LouisEtLouiseDeFrance a dit:
    janvier 23, 2016 à 9:21

    Bonsoir, gavroche! Pendant mes recherches au sujet de mon livre, j’ai trouvé quelques histoires quant à monsieur Fréret. Pendant sa présentation de « sur l’origine des Francs », il mît la légitimation de la Royauté française en doute. Cela apporta de l’eau au moulin de l’Empereur allemand qui était en train de continuer la guerre de la succession d’Allemagne. La décision du Roy de l’arrêter est plus que compréhensible, je trouve – ses phrases étaient un danger politique…

    Aimé par 1 personne

    Maître Renard a dit:
    octobre 13, 2016 à 11:11

    A reblogué ceci sur Maître Renard.

    J'aime

Répondre

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.