Les boiteux

Publié le

Thomas-Faed

Le siècle actuel semble appartenir aux boiteux avec toutes ses gloires. La tragédie que préférait l’Empereur était Hector, de Luce de Lancival. La meilleure comédie du temps était l’ Avocat, par M. Roger; Eh bien ! M. Roger et M. Luce de Lancival, ces deux représentants de l’art dramatique, étaient boiteux.

Lord Byron fut proclamé le premier poète de l’époque; Walter Scott, le premier romancier. Personne ne leur disputa la palme. Ils étaient boiteux l’un et l’autre. En France, pendant que la politique tournait toutes les têtes, les partis se dessinèrent, et chacun se choisit un chef. Les libéraux modérés et constitutionnels se rallièrent sous le drapeau de Benjamin Constant. Il était boiteux. Enfin, les hommes positifs, dédaignant les théories, se rangèrent sous le patronage du premier talent financier de notre époque, M. le baron Louis. Il est boiteux.

Depuis la révolution de juillet, l’opposition avait reconnu pour chef M. de La Fayette. Il est boiteux. Le gouvernement se fit représenter à l’extérieur par M. de Talleyrand, bien plus boiteux encore. Le parti royaliste appela alors à son secours l’illustre Châteaubriand. A peine rentré dans la carrière politique, il se sentit pris de douleurs rhumatismales, et il est boiteux, comme il convient à un illustre du siècle où nous vivons.

« Echo de la frontière. » paris, 1833. 
Illustration : « Sir Walter Scott et ses amis littéraires à Abbotsford. » de Thomas Faed.
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4 réflexions au sujet de « Les boiteux »

    carnetsparesseux a dit:
    février 23, 2016 à 12:16

    C’est le moment pour les courtisans de suivre l’excellent conseil de George Brassens et de boiter des deux pieds 🙂

    Aimé par 5 personnes

      gavroche a répondu:
      février 23, 2016 à 12:37

      ♪ On vit bientôt le bénéfice
      Que cette mode rapportait;
      Et de l’antichambre à l’office,
      Tout le monde boitait,boitait. ♫

      Aimé par 1 personne

    francefougere a dit:
    avril 20, 2016 à 1:05

    De nos jours, peut-être Lord Byron et Talleyrand seraient-ils opérés de leurs pieds bots.
    Walter Scott fut atteint par la poliomyélite comme de nos jours Francis Ford Coppola
    Mais Chateaubriand souffrit – tard dans sa vie – de rhumatismes, tandis que l’amie Récamier devenait aveugle.
    Madame de Chateaubriand, restée svelte et active ( pas comme Mme Récamier ) mangeait du chocolat qu’elle vendait aussi pour ses bonnes oeuvres

    Aimé par 1 personne

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