Justice picturale

Publié le Mis à jour le

Charles-François-Daubigny

Je ne sais pas ce que l’avocat de Jean-Charles Millet a l’intention de raconter aux juges le jour de l’audience pour la défense de son client, mais il semble que, si j’étais à sa place, je n’hésiterais pas.

 Messieurs, dirais-je, l’homme que vous avez devant vous n’est pas l’escroc vulgaire que l’on a tenté de représenter, c’est un justicier ! En contrefaisant les toiles de son illustre grand-père, il cherche non pas à réaliser un profit pécuniaire, mais à satisfaire un besoin autrement noble, autrement élevé. Il a voulu venger le grand peintre que l’ignorance des amateurs, la cupidité des marchands condamnèrent jadis à la misère !…

— Savez-vous, Messieurs, combien M. Millet vendit l’Angélus, cette toile célèbre dans le monde entier et qui, aujourd’hui, se vendrait au moins une dizaine de millions ?… Huit cents francs, Messieurs, huit cents francs, en tout et pour tout ! Aussi mourut-il dans un état voisin du dénuement, après avoir peint pendant plus de quarante ans des centaines, des milliers de toiles dont la moindre vaut à présent une fortune…

 Mon client, Messieurs, a compris la leçon que comportait une telle aventure. Artiste de valeur, lui aussi, il aurait pu sans doute peindre des tableaux, des vrais, qui eussent fait, dans quelques années, la fortune des marchands. Il a préféré en vendre de faux, et récupérer de la sorte l’héritage de son aïeul.

Voilà ce que je dirais, étant avocat, pour défendre le faussaire J.-C. Millet. Mais peut-être serait-il condamné tout de même. Pour peu que. le Président du tribunal soit amateur de peinture et ait, dans sa collection, quelques Millet fabriqués par Paul Cazot…

« Le Quotidien de Montmartre : journal hebdomadaire. » Paris, 1930.

Illustration : Charles-François Daubigny.

3 réflexions au sujet de « Justice picturale »

    Libre jugement - Libres propos a dit:
    mars 12, 2016 à 3:08

    Il y a un monde entre l’auteur d’une œuvre pictural et la spéculation, c’est malheureusement la spéculation qui gagne le plus souvent.

    Aimé par 2 personnes

    jmcideas a dit:
    mars 16, 2016 à 9:20

    Peintres & reproducteurs….
    [La reproduction de la nature d’un paysage ou une oeuvre morte, n’est qu’une reproduction illustrée, somme toute approchante de la réalité ]
    Philo: Où est la copie ?

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      Libre jugement - Libres propos a dit:
      mars 16, 2016 à 2:23

      A non, il ne saurait y avoir amalgame entre une interprétation picturale d’un élément quel soit-il, et une copie. Récusons le mot reproduction dans se cas … un nue pictural n’est pas une copie de la personne posant, mais une interprétation plus ou moins ressemblante.
      Votre phrase sous entendrait-elle qu’une œuvre picturale n’a pas de valeur, qu’il est vain de lui accorder quelques euros, mais alors pourquoi payer une place de théâtre alors que les acteurs ne font que copier l’auteur ?

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