Confraternité

Publié le Mis à jour le

avocats

Nous avons assisté à un débat entre deux avocats, qui, nous devons le dire, semblerait démentir les craintes que nous avons souvent manifestées sur l’affaiblissement et sur la mort prochaine de la politesse en France.

Il s’agissait d’un procès qui dure depuis plusieurs années, et qui tient deux familles dans une cruelle anxiété. Des deux familles, quand la question en litige sera décidée, l’une sera très riche, et l’autre sera complètement ruinée. Après de longues remises, des délais interminables, l’affaire allait être appelée.

Maître trois étoiles s’approcha de maître quatre étoiles, son confrère, et lui demanda :

Est-ce que vous êtes prêt à plaider ?
— Oui, et vous ?
— Moi ! pas le moins du monde. Je n’ai pas encore lu les pièces.
— Diable !
— Voulez-vous m’accorder une remise ?
— Comment donc ! avec grand plaisir. C’est un devoir entre confrères qui s’estiment comme vous et moi.
— Eh bien, à quinzaine.
— A quinzaine, soit… Ah ! mais… attendez un peu.

Et maître quatre étoiles feuillette et consulte son carnet…

A quinzaine, je ne pourrai pas. je plaide en appel. Remettons à trois semaines.
— A trois semaines… impossible, j’ai un parricide à Bourges, je dois aller plaider des circonstances atténuantes. A un mois ?

Non, je vais à la campagne, la noce d’un de mes cousins. Mais à six semaines, si vous voulez.
— Eh bien, va pour six semaines.

On appelle l’affaire : maître trois étoiles demande une remise à six semaines. maître quatre étoiles répond qu’il ne s’y oppose pas, et tous deux quittent le tribunal, en se demandant pourquoi tout le monde ne suit-il pas ces exemples de bonne confraternité.

« Le Journal monstre : courrier et bulletin des familles. » Léo Lespès. Paris, 1857.
Illustration : Daumier.

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4 réflexions au sujet de « Confraternité »

    La revue de Claire a dit:
    avril 8, 2016 à 3:09

    C’était déjà tout un débat la politesse au 19e siècle

    Aimé par 1 personne

    Un petit blog avisé?? a dit:
    avril 17, 2016 à 7:31

    Ah les renvois, entendus entre confrères, pour 3 queues de cerises ! Cela
    existe toujours avec cette même « politesse » de confraternité et souvent ils exagèrent à mort ces bourriques de bavards grrrr! 😦 C’est une plaie de notre justice ces fameux renvois : 1 fois ça va, deux fois passe encore, mais 3 fois( …10 fois) t’as vu les dégâts 😉

    Aimé par 1 personne

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